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En discutant avec de jeunes pasteurs et des étudiants en théologie, je perçois un désir profond d’intégrer d’anciennes pratiques liturgiques issues des traditions plus « liturgiques » dans des églises baptistes ou non dénominationnelles, généralement connues pour leur culte plus informel.

Une part de ce mouvement naît d’un besoin d’enracinement : montrer, et non simplement affirmer, que nous appartenons à l’Église à travers les âges. D’autres comprennent que toute communauté finit par développer un certain rythme liturgique, qu’elle en ait conscience ou non ; alors, pourquoi ne pas s’assurer que ce rythme soit solide et réfléchi ? D’autres encore réagissent contre un culte qu’ils jugent superficiel, centré sur l’expérience émotionnelle du fidèle plutôt que sur la vérité de Dieu. Il n’est donc guère surprenant de voir renaître un intérêt pour la récitation des anciens credo, ainsi que pour l’intégration des vérités doctrinales au cœur des chants et des prières.

Parallèlement à cette tendance, on observe une recrudescence des recueils de dévotions personnelles et des guides de prière — des ressources qui intègrent des professions de foi, des confessions de péché et des prières rédigées par nos prédécesseurs. Depuis plus de vingt ans, j’ai tiré profit de ces ouvrages, et, avec ma série 30 Days, j’ai à mon tour cherché à y apporter une contribution utile.

Il n’est guère surprenant de voir renaître un intérêt pour la récitation des anciens credo, ainsi que pour l’intégration des vérités doctrinales au cœur des chants et des prières.

La tentation d’en faire trop

Dans l’ensemble, ce renouveau m’encourage. Toutefois, j’y décèle également un écueil récurrent. Lorsque des pasteurs, des responsables de louange ou des auteurs de recueils de dévotion entreprennent de réintroduire ces éléments historiques, leur visée pédagogique peut facilement devenir si prépondérante qu’elle en vient à occulter les autres objectifs. L’aspect didactique des mots que nous choisissons prend alors une place démesurée, et bientôt le but se déplace : il s’agit d’entasser autant de théologie que possible dans chaque forme — comme quelqu’un qui ajouterait toujours plus de poudre protéinée à son shaker. Les nutriments sont là, mais le goût est gâché.

Les Églises qui s’engagent dans cette direction — de même que les recueils de dévotion élaborés selon ce modèle — donnent souvent une impression de lourdeur. C’est un peu trop. Beaucoup trop. Des prières qui devraient élever le cœur se retrouvent saturées de détails théologiques, au point d’en alourdir l’âme. À force de vouloir embrasser chaque doctrine, les mots finissent par perdre leur pouvoir d’éveiller l’affection. La douceur — cette rencontre avec Dieu qui nous fait goûter et voir combien il est bon — s’efface peu à peu. Le culte reste nourrissant, certes, mais il devient sec et insipide. On mâche de la viande séchée au lieu de savourer le miel qui coule du rayon.

Le mieux est l’ennemi du bien

L’été dernier, alors que je travaillais à la rédaction d’une liturgie quotidienne pour une année entière, j’ai moi aussi ressenti cette tension. En sélectionnant les lectures, les prières, les confessions et les cantiques, je devais me le rappeler sans cesse : le mieux est l’ennemi du bien. Les éléments liturgiques ont certes une fonction formatrice, mais surtout lorsqu’ils éveillent notre cœur à Dieu, plutôt que lorsqu’ils se limitent à instruire notre esprit.

Les meilleures prières s’adressent d’abord aux affections. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Book of Common Prayer de Thomas Cranmer a traversé les siècles. Lors d’une conférence en 2024 à la Beeson Divinity School, Simeon Zahl a décrit l’œuvre de Cranmer comme une « technologie affective » sophistiquée — richement biblique, mais délibérément conçue pour susciter la repentance, la confiance et la consolation en Christ. À titre d’exemple, Zahl a cité la confession du péché de 1552 rédigée par Cranmer :

Dieu tout-puissant et très miséricordieux,
Nous nous sommes trompés et nous nous sommes égarés loin de tes voies, comme des brebis perdues.
Nous avons trop suivi
les machinations et les désirs de nos propres cœurs.
Nous avons offensé tes saintes lois.
Nous avons laissé inachevées les choses que nous aurions dû faire,
et nous avons fait celles que nous n’aurions pas dû faire,
et il n’y a en nous aucune santé :
Mais toi, Seigneur, prends pitié de nous, pauvres pécheurs.
Épargne, ô Dieu, ceux qui reconnaissent leurs fautes.
Relève ceux qui se repentent,
selon les promesses que tu as faites aux hommes
en Christ Jésus notre Seigneur.
Et accorde-nous, ô Père miséricordieux, pour l’amour de Christ,
de mener désormais une vie pieuse, juste et sobre,
à la gloire de ton saint nom. Amen.

Remarquez que cette prière ne se contente pas d’énoncer des vérités bibliques ; elle offre des images bibliques qui vous amènent doucement à adopter une posture où vous ressentez votre péché devant un Dieu saint et votre besoin d’un pardon abondant. Les mots de Cranmer sont imprégnés d’images bibliques, mais leur but n’est pas seulement d’informer. Ils nous font entrer dans l’histoire biblique, inclinant le cœur vers la repentance et la foi. Comme l’a si bien dit Zahl :

Pour Cranmer, la foi n’est pas une abstraction ni un assentiment rationnel à des informations concernant Christ et son œuvre. La foi en Dieu naît dans le contexte de véritables sentiments de son propre péché et de sa propre culpabilité, et son grand signe est de faire l’expérience réelle de la consolation grâce à la conviction que nos péchés sont véritablement pardonnés à cause de Christ, qui pose sur nous un regard si favorable.

C’est cela que devrait viser un ordre de culte ou une trame de prière : nous voulons disposer la vérité de manière à éveiller la foi et l’affection, afin de ressentir la majesté et la bonté de la grâce de Dieu.

Éviter deux réactions excessives

Certains, à force de m’entendre souligner l’importance des affections, pourraient imaginer que la réponse se trouve dans la spontanéité : renoncer aux formes, puisqu’une fraîcheur véritable, croient-ils, naîtrait mieux de l’improvisation. Mais cette voie conduit souvent directement à la superficialité qui caractérise notre époque. La quête de sentiments éphémères est incapable de nous façonner dans la sainteté. Or, une grande partie du culte aujourd’hui se concentre non pas sur la gloire de Dieu, mais sur l’expérience du fidèle.

L’excès inverse constitue aussi une erreur : vouloir trop combattre la superficialité peut rendre les cultes lourdement doctrinaux, les prières trop chargées et les sermons interminables. Ironiquement, cette approche est elle aussi centrée sur le fidèle. Simplement, au lieu de s’adresser aux sentiments, elle s’adresse à l’intellect, comme si informer l’esprit constituait le but ultime du culte.

Les meilleurs schémas évitent ces faux pas. Ils orientent ensemble l’esprit et les affections vers Dieu, conduisant les fidèles dans sa présence afin que la vérité puisse non seulement être connue, mais aussi goûtée.

Une grande partie du culte aujourd’hui se concentre non pas sur la gloire de Dieu, mais sur l’expérience du fidèle. L’excès inverse constitue aussi une erreur : vouloir trop combattre la superficialité peut rendre les cultes lourdement doctrinaux, les prières trop chargées et les sermons interminables.

Élevez vos cœurs

Le but du culte ne peut se réduire à une exaltation émotionnelle ou à un simple flux d’informations intellectuelles. Le but de la prière et du culte est d’élever nos cœurs vers le Seigneur, de faire l’expérience de la communion avec lui. Certes, notre esprit doit être mobilisé, et oui, nos émotions sont sollicitées, mais le culte consiste avant tout à rencontrer Dieu lui-même.

Pour contrer les cultes superficiels et peu doctrinaux, certains amateurs de liturgie vont trop loin : chaque culte ou temps de prière se voit alors chargé de détails théologiques, au point d’entraver l’élévation de l’âme. Au lieu de faire confiance au fait que la vérité de Dieu prendra racine sur des mois et des années, nous essayons de tout condenser en un seul culte ou une seule prière. C’est alors que les prières et les confessions deviennent comme de la glace sur les ailes d’un avion, nous empêchant alors de décoller.

Si nous voulons tirer le meilleur de notre patrimoine chrétien, puiser dans le trésor historique de l’Église — ses structures, ses schémas et ses prières — nous devons toujours garder à l’esprit leur finalité première. Ce n’est pas pour remplir notre esprit, ni pour susciter une émotion passagère. Leur but est de nous placer devant le trône de la grâce, afin que, par l’Esprit, nous nous ouvrions à notre Père et apprenions à demeurer en Christ.

Nous sommes libres d’utiliser toutes les formes — confessions anciennes, prières structurées, chants communautaires — qui élèvent le mieux nos yeux vers le Seigneur. Libres d’adopter une manière de culte qui ne sacrifie ni l’esprit au cœur, ni le cœur à l’esprit

Lorsque nous nous rappelons le but principal, nous sommes libres. Libres d’utiliser toutes les formes — confessions anciennes, prières structurées, chants communautaires — qui élèvent le mieux nos yeux vers le Seigneur. Libres d’adopter une manière de culte qui ne sacrifie ni l’esprit au cœur, ni le cœur à l’esprit. Libres de rencontrer le Dieu vivant, qui se plaît à rencontrer son peuple sur les chemins bien tracés des saints qui nous ont précédés, et à élever nos cœurs vers lui.

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