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  • « Comme tous les grands tyrans et conquérants se ressemblent étrangement ; comme les saints sont glorieusement différents ! » Cette phrase tirée de Les fondements du christianisme de C.S. Lewis résonne en moi chaque fois que je me penche sur l’histoire de l’Église et que je constate l’étonnante diversité du peuple de Dieu.
  • À côté de mon banc de prière, chez moi, se trouve une toile ornée des portraits de 33 hommes et femmes de différentes époques, dont le témoignage et les écrits m’ont profondément marqué. Ce qui les unit, c’est leur dévotion à Christ ; ce qui les distingue, c’est la diversité des manifestations de cette dévotion.

Il y a l’inflexible Athanase, qui s’est dressé contre le monde, trois rangs au-dessus de Thomas Cranmer, parfois hésitant, qui a mené la Réforme anglaise avant de mourir sur le bûcher. Il y a François d’Assise, s’émerveillant du monde créé par Dieu, et le moine Bède, y renonçant pour la quiétude du cloître. Il y a la jeune Perpétue, affrontant avec courage les bêtes dans l’amphithéâtre, et la vieille Annie Armstrong, dont la passion pour les missions s’est manifestée par une persévérance sans faille et une profusion de lettres.

Une glorieuse variété de sainteté

Contemplez suffisamment longtemps les figures marquantes de l’histoire de l’Église – cette immense nuée de témoins qui nous entoure – et vous découvrirez une diversité étonnante. Diacres et pasteurs, artistes et musiciens, moines et missionnaires, jeunes et vieux, dirigeants et serviteurs, théologiens et paysans. Tant de manières de porter sa croix. Tant de manières de manifester la vie de l’Esprit. Le fil conducteur est Christ, que nous avons en commun.

Plus je médite sur les diverses expressions de la sainteté à travers les âges, plus je suis reconnaissant de cette même diversité qui se manifeste aujourd’hui dans l’Église. Nul besoin de se tourner vers le passé pour la trouver ; il suffit de regarder autour de soi. Dans chaque culture et sur chaque continent, l’Esprit Saint remplit des personnes aux tempéraments, dons et passions différents, les façonnant à l’image de Christ de manières à la fois familières et surprenantes.

La tentation de l’uniformité

Pourtant, trop souvent, nous portons un regard critique sur les croyants dont la vocation diffère de la nôtre. Nombre des débats les plus virulents d’aujourd’hui portent moins sur la doctrine que sur le tempérament, moins sur la théologie que sur la vocation. Il existe en nous une tendance à préférer l’uniformité, à nous sentir plus en sécurité lorsque la sainteté se manifeste sous une seule et même forme. Nous érigeons en modèle un certain type de chrétien et jugeons discrètement quiconque s’en écarte.

Cette tentation n’est pas nouvelle. Elle se manifeste à maintes reprises dans l’histoire de l’Église, lorsque les disciples de grands réformateurs transforment une source de bénédiction en un lieu de jugement. G.K. Chesterton a un jour fait remarquer combien l’Église avait eu la sagesse d’honorer François d’Assise sans pour autant devenir entièrement franciscaine. Chaque mouvement – ​​les Pères du désert, les Puritains, les prédicateurs du Réveil – a apporté quelque chose de précieux à l’Église, et pourtant aucun n’a épuisé les richesses de l’Esprit. Nous avons besoin de tous. Nous avons besoin les uns des autres. La beauté de la sainteté se révèle non dans l’uniformité, mais dans l’harmonie.

Six voies du témoignage fidèle

C’est l’une des raisons pour lesquelles un livre récent, « Joyful Outsiders » [« Des marginaux heureux »] de Patrick Miller et Keith Simon, a attiré mon attention et mérite d’être davantage connu. Les auteurs y décrivent 6 tempéraments ou approches distinctes de la vie chrétienne, chacune avec son propre rapport à la culture, ses forces et ses faiblesses potentielles. Leur cadre d’analyse nous aide à comprendre les différentes manières dont l’Esprit Saint façonne le caractère de son peuple à l’image de Christ.

L’entraîneur

L’entraîneur aime les disciplines spirituelles et aspire à voir le peuple de Dieu se transformer en une contre-culture sainte reflétant la beauté de Christ. Les entraineurs constatent que chaque cœur humain, enclin au mal, peut être façonné par la grâce, à travers la prière, le jeûne et l’étude des Écritures. Ils croient que l’Église change le monde non par l’imitation, mais par la transformation, en incarnant la sainteté, la justice et la générosité. Ils s’exercent à dire non aux choses futiles pour pouvoir dire oui à Dieu, cultivant ainsi la persévérance et la confiance par une obéissance quotidienne. Pourtant, cette discipline peut parfois se muer en orgueil, et le zèle pour la sainteté en légalisme, créant une distance avec ceux qu’ils désirent tant aider.

Le conseiller

Le conseiller comprend que l’influence s’exerce souvent par le biais des institutions et s’efforce d’y insuffler sagesse et intégrité. Il (ou elle) sait que la proximité avec le pouvoir, lorsqu’elle est exercée avec fidélité, peut servir le bien commun. Les conseillers œuvrent discrètement mais stratégiquement, guidant les dirigeants vers la justice et la miséricorde par le biais de leur caractère et de leur excellence. Leur force réside dans leur discernement face aux zones morales grises, car ils savent que même une bonté partielle est préférable au mal. Pourtant, cette proximité avec le pouvoir comporte parfois un danger : la tentation de confondre accès et fidélité, de privilégier sa position plutôt que de dire la vérité.

L’artiste

L’artiste perçoit la lumière là où d’autres ne voient que ténèbres et utilise la beauté pour révéler des aperçus du royaume. Les personnes dotées de ce tempérament comprennent que Dieu a doté l’âme humaine d’une soif insatiable de beauté et que la véritable beauté peut guérir les blessures causées par le mal. Les artistes sont davantage reconnus pour leur engagement culturel que pour leur esprit de contestation, utilisant leur créativité pour éveiller le désir et affronter le désespoir. Ils vivent entre joie et tristesse, compatissant à la souffrance du monde tout en imaginant de nouvelles perspectives grâce à une vision empreinte d’espoir. Pourtant, leur sensibilité peut parfois les isoler ; incompris ou découragés, il arrive qu’ils sombrent dans le désespoir ou le cynisme, oubliant la Beauté qui les a d’abord appelés à créer.

L’ambassadeur

L’ambassadeur se réjouit de partager la bonne nouvelle : il bâtit des ponts, se fait des amis et guide les gens vers Jésus, une conversation à la fois. Ces évangélistes croient que chaque cœur soupire après Dieu et que seul l’Évangile peut combler ce vide. Leur attitude est relationnelle et accueillante, moins axée sur la victoire dans les débats que sur la conquête des cœurs. Les ambassadeurs veillent sur leur conduite afin que leur vie soit en accord avec le message qu’ils proclament. Cependant, leur zèle pour les conversions peut parfois les amener à traiter les gens comme des projets ou à minimiser les aspects les plus difficiles de l’Évangile, oubliant que la véritable évangélisation ne conduit pas seulement à des décisions, mais à un cheminement plus profond dans la vie du disciple.

Le manifestant

Le manifestant brûle d’un feu sacré pour la justice, ressentant la douleur de Dieu face à l’oppression et son appel à la combattre. Ce type d’activiste croit que le cours moral de l’univers tend vers la justice divine et que les croyants sont appelés à se joindre à y contribuer. Les manifestants s’opposent au mal, ralliant les autres par leurs paroles et leurs actions. Enracinés dans l’éthique biblique et le témoignage non violent de Christ, ils font preuve d’un espoir courageux, convaincus que la vérité dite avec amour change encore les cœurs. Pourtant, il arrive que la protestation se mue en spectacle. Lorsque l’indignation l’emporte sur l’humilité, la cause éclipse le royaume de Dieu et la colère, pourtant légitime, se transforme en fureur moralisatrice.

Le bâtisseur

Le bâtisseur aime créer des choses qui durent : des institutions, des organisations ou des communautés qui incarnent le bien commun. Les bâtisseurs résistent à l’individualisme de notre culture en créant des lieux où la vertu et le sentiment d’appartenance s’enracinent. Ils travaillent à la réalisation du rêve de Jésus plutôt qu’à celle du rêve américain, en créant des structures qui servent les autres et reflètent l’ordre et la beauté divines. Mais parfois, la soif de résultats du bâtisseur peut se transformer en besoin de contrôle. Lorsque l’efficacité l’emporte sur la grâce et que la fin justifie les moyens, ce qui a commencé comme une œuvre pour le Royaume peut se transformer en empire personnel.

Symphonie de grâce

Nous avons besoin de tous ces types, de tous ces tempéraments. L’Église, dans sa meilleure expression, bénira les entraîneurs et les artistes, les manifestants et les bâtisseurs, les ambassadeurs et les conseillers, car chacun reflète une facette du caractère de Christ et apporte une contribution indispensable au corps de Christ. Dans sa pire expression, l’Église se repliera sur elle-même en une posture unique puis lancera des grenades sur ses frères et sœurs des autres camps.

Le monde célèbre peut-être l’uniformité, mais l’Esprit se réjouit de la sainte différence. Jésus ne crée pas de clones ; il rachète les personnalités. Entre ses mains, nos tempéraments variés ne sont pas effacés, mais restaurés, renouvelés et adaptés à ses desseins. Ensemble, nous devenons une symphonie de grâce, harmonisant nos vocations distinctes en un seul chant de gloire. Et lorsque le chant sera terminé, le monde s’émerveillera non pas de notre uniformité, mais du Sauveur dont la gloire se manifestera à travers la splendeur multiforme de la sainteté de son peuple.

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