Connaissez-vous la « Zone 51 » ? Il s’agit d’un des lieux les plus inaccessibles au monde : une base militaire américaine de 155 km2 dans le Nevada, ultra-sécurisée et dans laquelle il est impossible d’entrer. Il existe un lieu encore plus inaccessible : le ciel, le lieu où habite Dieu. Et pourtant, en tant que chrétiens, nous y avons une libre entrée. Mieux : nous avons accès au « maître de ce lieu » qui, pour nous, n’est pas « seulement » Dieu, mais notre Dieu et notre Père. Comment accède-t-on à lui ? Par la prière.
Un des plus grands privilèges du croyant
Dans cette série d’articles, nous méditons sur la beauté de la prière. Trop souvent parent pauvre de notre vie chrétienne, la prière est pourtant l’un des plus grands privilèges du croyant. Comment donc progresser à l’école de la prière ? Comment grandir dans notre désir de prier ? Dans cet article, nous allons voir que le fait d’avoir un Dieu trinitaire est le fondement de notre vie de prière : nous prions Dieu le Père, grâce à Dieu le Fils et avec l’aide du Saint-Esprit. Chacune de ces trois vérités est en soi exceptionnelle et stimulante !
Le rencontre d’un fils avec son Père
Dieu est notre Père ! Voilà une réalité dont toute une vie ne suffit pas à saisir le côté glorieux. Dieu est notre Père et il nous accueille en sa présence. La prière, c’est la rencontre d’un fils ou d’une fille avec son Père. L’apôtre Paul s’exclame : « Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit sont fils de Dieu. Et vous n’avez pas reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! »(Romains 8,14-15).
Avant d’être chrétiens, nous vivions dans la servitude. Mais Jésus-Christ s’est comme présenté sur le « marché aux esclaves » et a racheté ceux qu’il avait choisis de toute éternité. Mais il ne nous a pas libérés pour nous renvoyer ensuite « dans la nature » : il nous a libérés pour faire de nous ses frères et les enfants adoptifs de son propre Père. Son Père devient notre Père, et nous sommes aimés du même amour que le Père a pour son Fils. Grâce à l’Esprit qui réside en lui, le chrétien sait avec certitude qu’il est enfant de Dieu : l’Esprit de Dieu en rend témoignage à son esprit (Romains 8,16).
Un accès illimité à Dieu : en profitons-nous ?
Les implications sont nombreuses, mais nous ne nous arrêterons ici que sur celles qui touchent à la vie de prière : oui, nous avons bel et bien accès à Dieu notre Père par la prière ! Il y a fort à parier que si nous avions un « pass » gratuit et illimité à certains endroits ou à certaines personnes, nous en profiterions sans mesure. Notre accès au Père est illimité : est-ce que nous jouissons de ce privilège ?
Notre accès au Père est illimité : est-ce que nous jouissons de ce privilège ?
Venir comme des petits enfants
L’apôtre Paul explique que le chrétien, ainsi adopté, n’est plus dans la crainte. Il est, au contraire, attiré par son Père, poussé par l’Esprit à s’écrier : « Abba ! Père ! ». Nous avons confiance en Dieu et le savons accueillant. Que fait un enfant qui aime son papa et qui lui fait confiance ? Il se réjouit quand son papa le prend dans ses bras ; il lui raconte sa journée ; il va vers lui pour lui exprimer ses inquiétudes ; il se laisse consoler par lui. A combien plus forte raison devrait-il en être ainsi avec notre Père céleste, lui qui, contrairement aux pères terrestres, n’a jamais la tête ailleurs lorsque son enfant lui parle, ne se montre jamais impatient ou peu compatissant. Dieu notre Père a toujours les bras et le cœur ouverts pour accueillir ceux qui le prient.
Paul Miller, dans son livre « Une vie en prière », encourage les chrétiens qui prient à venir comme des petits enfants, pleins d’espoir et de confiance, plutôt qu’avec le cynisme et la désillusion qui, trop souvent, caractérisent des adultes désabusés.
Nous avons un grand-prêtre
Comment est-il donc possible de s’approcher ainsi de Dieu et de l’appeler Père ? Il a fallu que la deuxième personne de la Trinité, Dieu le Fils, nous ouvre cet accès lui. Sans un intermédiaire et un médiateur, Dieu le Père resterait inaccessible. Or, en tant que chrétiens, nous avons un médiateur : Jésus-Christ ! Et cette deuxième vérité capitale vient ajouter encore au sentiment que la prière est un cadeau remarquable.
L’auteur de l’épître aux Hébreux écrit : « Puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus le Fils de Dieu, tenons fermement la confession de notre foi. Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur incapable de compatir à nos faiblesses ; mais il a été tenté comme nous à tous égards, sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, en vue d’un secours opportun » (Hébreux 4,14-16). L’auteur que nous dit que nous « avons » un grand-prêtre. Nous avons beaucoup de choses dans notre vie terrestre : des enfants, de l’argent, une voiture, un appartement… Eh bien, notre passage nous apprend que nous avons un grand-prêtre. Et pas n’importe lequel : « Jésus le Fils de Dieu », c’est-à-dire une personne pleinement humaine et pleinement divine, condition sine qua non pour que sa mission de sauvetage ait pu réussir. Une fois son sacrifice accompli, il a traversé les cieux et est entré dans le lieu très saint : le ciel.
Toujours les bienvenus dans la salle du trône
Qu’est-ce que ça change ? « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce », s’exclame l’auteur des Hébreux. Cette image du trône de la grâce est phénoménale ! Dans la Bible, le trône est le lieu où Dieu règne, le lieu duquel il envoie ses jugements, le lieu devant lequel comparaîtront tous les hommes pour être jugés. Mais pour nous, chrétiens, c’est un trône de grâce !
Nous n’avons pas besoin de lettres de recommandation. Pas besoin d’être particulièrement bien habillés. Pas besoin d’avoir fait nos preuves. Nous venons comme des fils qui viennent rencontrer leur Père, grâce à l’œuvre de Christ, qui nous en a ouvert l’accès.
Cela signifie que nous sommes toujours les bienvenus dans la salle du trône, dans la salle du roi. Nous n’avons pas besoin de lettres de recommandation. Pas besoin d’être particulièrement bien habillés. Pas besoin d’avoir fait nos preuves en ne péchant pas pendant trois jours d’affilée. Nous venons comme des fils qui viennent rencontrer leur Père, grâce à l’œuvre de Christ, qui nous en a ouvert l’accès. Et nous y venons donc par la prière, tout simplement ! Notre passage nous dit que nous pouvons nous approcher (c’est-à-dire venir tout près !) avec assurance, c’est-à-dire avec liberté, joie et confiance.
Un cœur ému de compassion envers nous
Les riches et les puissants de ce monde peuvent avoir tendance à regarder les plus petits avec condescendance. Il n’en est pas ainsi de Dieu. Puisque Christ a été un homme comme nous, il nous regarde avec compassion : « Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur incapable de compatir à nos faiblesses ; mais il a été tenté comme nous à tous égards, sans commettre de péché » (verset 15). Christ voit nos faiblesses : il voit nos souffrances, nos combats intérieurs, nos tentations et même nos chutes. Sa réaction n’est pas d’avoir du dégoût, mais de la compassion. Comment est-ce possible ? C’est possible parce qu’il a été tenté comme nous à tous égards… mais sans commettre de péché. Autrement dit, il connaît la condition humaine pour l’avoir partagée. Il a vu des hommes pleurer, être malades, lutter et pécher. Son cœur était ému de compassion. Désormais installé dans le ciel, il n’a pas perdu cette compassion.
Par la prière, nous puisons dans la grâce
Devant le trône de la grâce, nous obtenons miséricorde et grâce. Miséricorde lorsque nous avons péché : nous venons avec l’assurance d’être pardonnés, encore et encore. Nous nous approchons aussi de ce trône pour trouver la grâce nécessaire en toute circonstance. Il n’y a pas un seul jour où nous puissions nous passer de cette grâce pour être consolés dans nos chagrins, fortifiés pour affronter nos défis de la journée, remplis de paix pour faire face à ce qui nous inquiète… Par la prière, nous puisons dans la grâce.
Il n’y a pas un seul jour où nous puissions nous passer de cette grâce pour être consolés dans nos chagrins, fortifiés pour affronter nos défis de la journée, remplis de paix pour faire face à ce qui nous inquiète.
Nous prions donc Dieu le Père, grâce à Jésus-Christ. C’est ce qui explique la formule « au nom de Jésus », qui termine souvent nos prières et qui, sans être magique, indique simplement une vérité théologique : nos prières s’adressent normalement non pas à Jésus, mais au Père, grâce à l’œuvre de Jésus-Christ. Il nous reste à parler courtement de la troisième personne de la Trinité, le Saint-Esprit : il est celui qui nous aide à prier.
Impossible de prier sans l’Esprit
C’est le sens de Romains 8,26-27 : « De même aussi l’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables. Et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints ». L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, il vient comme porter avec nous notre fardeau. Calvin expliquait que jamais un homme ne pourrait en lui-même concevoir une prière sainte et bonne. Alors l’Esprit nous est donné pour nous aider.
Timothy Keller, dans son livre « La prière », commente : « Même lorsque vous ne savez pas comment prier, l’Esprit connaît l’intention profonde de votre demande et la formule comme vous devriez le faire devant le trône ». L’Esprit nous aide à demander les bonnes choses, il nous donne les justes sentiments envers Dieu, il inspire nos prières et les « amène » à Dieu ». John Bunyan le résume ainsi dans son livre « La prière » : « Pour que l’âme prie vraiment il lui faut prier en Esprit et avec l’aide de sa puissance, car il n’est pas possible à un homme de s’exprimer en prière sans l’Esprit. O, pauvreté de la prière qui ne va pas plus loin que les mots ! ».

