Une Théologie Biblique du Chant
Définition
L’histoire biblique révèle le dessein, la fonction et l’avenir du chant dans la vie du peuple de Dieu.
Résumé
Bob Kauflin affirme que « le cœur de Dieu pour mettre des mots en musique est évident même à une lecture superficielle des Psaumes »[1]. Le chant est mentionné plus de 400 fois dans la Bible, et l’on y trouve plus de 50 commandements directs à chanter. Le plus grand livre de la Bible est une collection de chants. Il semble donc clair que le chant est très important pour Dieu, et historiquement, le peuple de Dieu a toujours été un peuple qui chante. Mais que dit la Bible au sujet du chant ? Nous chantons chaque dimanche, nous choisissons des chants pour nos assemblées, nous débattons parfois de styles musicaux… mais prenons‑nous le temps de comprendre pourquoi Dieu veut que son peuple chante ? Des rives de la mer Rouge aux chœurs de l’Apocalypse, l’Écriture présente le chant comme un élément essentiel de la vie du peuple racheté. Explorer cette dimension biblique nous aide à mieux orienter notre adoration, à former nos assemblées et à servir nos Églises avec conviction et clarté.
Nous avons été créés pour chanter
L’être humain chante parce que Dieu l’a voulu ainsi. Keith et Kristyn Getty, compositeurs de plusieurs chants chrétiens (« En Jésus Seul », par exemple) nous disent que « Nous sommes un peuple qui chante parce que c’est ainsi que Dieu nous a créés. C’est ce que nous faisons. »[2] Bien qu’aucun verset ne dise explicitement : « Le Seigneur ton Dieu t’a créé pour chanter », j’essaierai de montrer, par l’Écriture et par quelques éléments culturels, que Dieu a bel et bien créél’homme avec le chant en vue.
Le Psaume 139 nous rappelle que l’homme est conçu selon les spécifications du Créateur : « C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. » (Ps 139. 13–14)
Lorsque nous observons le corps humain, nous constatons qu’il est équipé de tout ce qui est nécessaire pour chanter : des poumons pour inspirer et expirer l’air, des cordes vocales permettant différentes hauteurs et divers timbres, une bouche capable d’articuler et un cerveau capable de distinguer les sons. De plus, il est généralement admis que toutes les cultures du monde, à travers l’histoire, possèdent une forme de musique. L’ethnomusicologue Catherine Faulk le confirme : « Toute culture sur la planète possède une forme de communication que nous qualifierions de musicale. »[3]
Il y a quelque chose d’inné dans l’être humain qui le pousse à chanter et à faire de la musique avec des instruments. « Chanter est inscrit dans notre ADN humain ; cela fait partie du dessein de Dieu. Notre désir de fabriquer des instruments pour accompagner notre chant est aussi ancien que notre désir de fabriquer des outils pour notre travail quotidien (Gn 4.21–22). »[4]
Nous ne sommes pas seulement créés, mais créés à l’image de Dieu lui-même (Gn 1.27), et Dieu chante. Le prophète Sophonie s’adresse au peuple de Dieu et leur commande de chanter ses louanges (v. 14), puis, juste après, au verset 17, nous lisons « Il (Dieu) sera transporté de joie à ton sujet et il te renouvellera dans son amour pour toi. Oui, il sera dans l’allégresse à ton sujet et poussera des cris de joie. »
Le mot hébreu utilisé ici pour « crier de joie » (ranan) est également interprété comme « chanter de joie ». Il est intéressant de noter que la plupart des traductions anglaises utilisent le mot « chanter », tandis que la plupart des traductions françaises optent pour « crier ». On peut donc affirmer à juste titre que Dieu chante de joie pour son peuple.
Jésus, dans la chambre haute, a chanté les psaumes traditionnels de la Pâque (les psaumes du Hallel : 114–118). Ces psaumes sont messianiques et responsoriaux (des parties chantées par un leader, avec des réponses du groupe). Ainsi, Jésus, avec ses disciples, la nuit précédant son arrestation, aurait presque certainement chanté :
« Je ne mourrai pas, je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur. Le Seigneur m’a châtié, mais il ne m’a pas livré àla mort. » (Ps 118.17–18)
Ce à quoi les disciples auraient répondu : « Car sa fidélité dure à toujours. »
Nous sommes faits à l’image d’un Dieu qui chante.
Ephésiens 5.19 nous rappelle que c’est le Saint-Esprit qui nous inspire à nous encourager les uns les autres par le chant.
Lorsque Dieu nous a créés, il nous a faits chanteurs.
Le péché a changé notre manière de chanter
Si nous sommes créés pour chanter, la question devient : que chantons‑nous ? Jésus rappelle que « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Mt 12.34). Nous chantons ce que nous aimons. Or, depuis la chute, nos affections sont déformées.
L’Écriture montre comment le chant peut devenir idolâtre. Israël chante autour du veau d’or (Ex 32). Les femmes d’Israël chantent les louanges de Saül et de David plutôt que celles de Dieu (1 S 18.6–7). Aujourd’hui encore, les chants populaires reflètent les idoles de notre culture : amour romantique, réussite, plaisir, identité, pouvoir. Pour citer Dan Strange :
« Si nous ne regardons pas le monde à travers l’histoire biblique, il existe beaucoup d’autres “grandes histoires” prêtes à nous tromper. »[5]
Le péché n’a pas supprimé notre impulsion à chanter ; il l’a détournée. Nos voix s’élèvent toujours, mais souvent vers de faux dieux.
Le salut a donné au peuple de Dieu un chant à entonner
Le premier chant de la Bible, en Exode 15, surgit immédiatement après la délivrance d’Israël. C’est un chant de louange. Moïse et le peuple proclament : « Je chanterai à l’Éternel, car il a fait éclater sa gloire ; il a précipité dans la mer le cheval et son cavalier. L’Éternel est ma force et mon chant, il est devenu mon salut. » (Ex 15.1–2). Le chant nous est introduit dans la Bible comme une réponse à ce que Dieu a fait.
Nous verrons plus loin plusieurs nuances du chant, mais c’est le salut de Dieu qui donne un chant à son peuple. Le chant est une réponse naturelle que Dieu a donnée à l’humanité pour exprimer ce qui remplit son cœur face à son Sauveur.
Le Psaume 95 en est un exemple magnifique :
« Venez, chantons avec allégresse à l’Éternel ; poussons des cris de joie vers le rocher de notre salut… Car l’Éternel est un grand Dieu. » (v. 1–3)
Il y a aussi un aspect formateur dans le chant, présent dès ce premier cantique biblique. Israël ne chante pas seulement à Dieu, mais affirme collectivement que c’est Dieu qui a accompli ces choses. Le salut ne nous rend pas seulement capables de chanter : il nous donne un nouveau chant.
Les Psaumes
Il serait impensable d’élaborer une théologie biblique du chant sans se tourner vers les Psaumes. Si le plus grand livre de la Bible est une collection de chants, alors comprendre le psautier est essentiel pour comprendre la perspective biblique sur le chant.
Cette anthologie contient 150 chants individuels, sélectionnés et organisés au fil du temps, de manière intentionnelle.[6] La plupart des éléments portés à notre connaissance montrent que les psaumes étaient utilisés dans le culte public.[7] Bien que le titre hébreu Tehillim signifie « louanges », les psaumes couvrent en réalité une grande variété de thèmes : lamentation, louange, prophétie, sagesse, instruction, etc.
Les psaumes donnent au peuple de Dieu des mots qui lui permettent d’exprimer son ressenti à Dieu— gratitude, émerveillement, peur, frustration. La diversité des sujets et l’intensité émotionnelle de ces chants nous offrent des paroles pour toutes les circonstances, tout en nous enseignant qui est Dieu. D.A. Carson résume le livre des Psaumes ainsi : « Voici le Dieu qui fait chanter son peuple dans l’action de grâce, la contrition, la supplication, la lamentation et la méditation. Ensemble, ces psaumes indiquent le type de relation que Dieu désire avec son peuple : profondément authentique. »[8]
Les psaumes nous montrent que le chant biblique est multifacette. Il nous permet d’offrir une louange authentique à Dieu, mais aussi de nous former en chantant la vérité.
Nous voyons dans le Nouveau Testament de nombreux exemples de l’usage des psaumes pour l’instruction :
— L’épître aux Hébreux cite les Psaumes à plusieurs reprises (Ps 97.7 en Hé 1.6 ; Ps 104.4 en Hé 1.7 ; Ps 45.6–7 en Hé1.8–9 ; Ps 102.25–27 en Hé 1.10–12 ; Ps 110.1 en Hé 1.13).
— Pierre enseigne également à partir des Psaumes (1 Pi 2.7 cite Ps 118.22 ; 1 Pi 3.10 cite Ps 34.12–16).
Le fait que les psaumes (et les autres chants de la Bible) fussent le plus souvent chantés en chœur lorsque le peuple de Dieu se rassemblait nous donne une idée de l’importance de chanter (et d’adorer) ensemble en tant que communauté.
Spécialiste de l’Ancien Testament, Gordon Wenham suggère que « chanter un psaume ou un hymne, c’est comme prêter serment : nous nous engageons de manière contraignante envers un ensemble de croyances et un mode de vie. »[9]
Les Psaumes nous apprennent que le chant biblique est :
- authentique — il exprime la réalité de nos cœurs devant Dieu
- formateur — il façonne notre théologie et nos affections
- communautaire — il est destiné au peuple rassemblé
- centré sur Dieu — il proclame sa personne et ses œuvres.
Nos chants concernent non seulement Dieu, mais aussi les autres croyants — et même les non-croyants.
Le verset peut-être le plus instructif du Nouveau Testament sur le chant est Colossiens 3.16. Paul y enseigne clairement que le chant est un moyen par lequel la parole du Christ peut « habiter richement » en nous. Nous nous exhortons et nous nous avertissons mutuellement en chantant des vérités bibliques ensemble.
Au sujet des non-croyants, Paul part du principe qu’ils seront présents lors des rassemblements chrétiens. (1 Co 14. 24-25) et le psaume 96 nous rappelle que par nos chants, nous racontons « sa gloire parmi les nations, ses merveilles parmi tous les peuples ! » (Ps 96.3) « Lorsque nous chantons, nous témoignons à ceux qui, même s’ils fréquent notre Église, ne croient pas encore : l’époux incroyant, l’adolescente cynique, l’ami curieux. Nous témoignons à celui du dehors qui entre dans l’église… Nos chants sont le manifeste public de ce que nous croyons. » [10]
Cela confirme la continuité entre les Psaumes et le Nouveau Testament : notre chant a une dimension verticale (vers Dieu) et horizontale (vers les autres).
Nous chanterons dans la nouvelle création
On reconnaît généralement 15 (voire plus) chants ou fragments de chants dans le livre de l’Apocalypse.[11] Le dernier livre de la Bible est littéralement traversé de chants. Craig R. Koester conclut dans son commentaire : « La musique joue un rôle plus important dans l’Apocalypse que dans tout autre livre du Nouveau Testament, et peu de livres de l’Écriture ont inspiré autant d’hymnes chantés dans le culte chrétien aujourd’hui. »[12]
Que nous révèlent ces chants sur ce que nous chanterons dans la nouvelle création ?
D’abord, l’implication évidente : nous chanterons dans la nouvelle création.
Le chœur céleste s’élargit progressivement : êtres vivants, anciens, anges, puis les rachetés de toutes nations. Enfin, une « grande multitude » proclame : « Alléluia ! Car le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant, a établi son règne. » (Ap 19.6)
Ainsi, un jour, tous les rachetés chanteront ensemble.
Il est notable que, comme ailleurs dans l’Écriture, les avertissements contenus dans ces hymnes sont chantés non seulement à Dieu, mais aussi pour le bien du peuple de Dieu — et des non-croyants. Ces chants proclament à la fois le salut pour les serviteurs de Dieu et la destruction pour ses ennemis. En Apocalypse 14.6–7, un message est proclamé « à ceux qui habitent sur la terre, à toute nation, tribu, langue et peuple » : « Craignez Dieu et donnez-lui gloire, car l’heure de son jugement est venue. »
L’histoire qui commence par un chant de délivrance en Exode s’achève dans un chant éternel de victoire.
Implications pour l’Église aujourd’hui
1. Chanter est un commandement, pas une option.
Ne pas chanter, c’est désobéir. Le peuple de Dieu a toujours chanté et chantera dans la nouvelle création. Le chant fait partie de la vie chrétienne normale
2. Nous sommes appelés à chanter ensemble.
De l’Exode à l’Apocalypse, les commandements à chanter sont presque toujours au pluriel.
Le chant est un acte communautaire qui unit l’Église et exprime notre identité commune en Christ.
3. Chanter, c’est faire des disciples.
Nos chants enseignent, exhortent et forment. Ils façonnent notre vision de Dieu, notre espérance et notre persévérance. Ils prêchent à nos prochains — et à nos propres cœurs.
4. Chanter, c’est évangéliser.
Du Psaume 96 (« Annoncez son salut de jour en jour ») aux hymnes de l’Apocalypse, lorsque le peuple de Dieu chante, il témoigne. Lorsque l’Église chante, elle proclame l’Évangile. Les non‑croyants entendent une communauté qui confesse ensemble la grandeur de Dieu.
5. Le contenu de nos chants compte.
Parce que le chant nous forme, nos paroles doivent être bibliquement solides. La musique est importante, mais les paroles façonnent l’âme. La vérité doit guider nos choix.
Conclusion
Le chant est un don de Dieu, enraciné dans la création, déformé par le péché, restauré par le salut et accompli dans la nouvelle création. Il est bien plus qu’une question de style ou de préférence. Le chant est un moyen divin de louange, de formation, d’unité et de témoignage. Lorsque nous chantons, nous rejoignons le peuple ancien, l’Église mondiale et la multitude future qui chantera un jour devant le trône.
Nous avons été créés pour chanter.
Nous sommes appelés à chanter.
Nous chanterons pour toujours.
Que nos Églises élèvent donc la voix avec reconnaissance, conviction et joie — pour la gloire de Celui qui nous a donné un chant.