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Les disciples de Jésus lui ont posé bon nombre de mauvaises questions pendant leur séjour avec Lui : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu du ciel de descendre et de les consumer ? » (Luc 9.54). Mais ils ont parfois posé de bonnes questions : « Enseigne-nous à prier, » ont-ils demandé une fois (Luc 11.1). Notre Seigneur a dû rayonner de joie à l’idée de pouvoir enseigner à ses amis bien-aimés comment jouir de la communion avec le Père.

Ainsi, alors qu’il se trouvait avec ses disciples et une foule impatiente de l’entendre sur le flanc de la montagne un certain après-midi, Jésus leur a enseigné à prier. Les paroles qui allaient suivre dans Luc 11.2–4 sont parmi les plus célèbres jamais prononcées : « Notre Père qui es aux cieux ? …  »

Les paroles sont courtes et un enfant peut les réciter facilement, mais ne nous laissons pas tromper par la concision ou par le caractère familier de cette prière. La prière du Notre Père est considérée à juste titre comme la prière la plus importante pour les Chrétiens, mais elle est plus que cela. J. I. Packer cite Tertullien, qui parlait de cette prière comme d’un « résumé de l’évangile » ainsi que Thomas Watson, qui la considérait comme un « concentré de divinité ». Packer lui-même a dit que la prière du Notre Père est une « clef pour tout ce qui concerne la vie », ajoutant : « Ce que signifie être un Chrétien n’est expliqué nulle part ailleurs plus clairement qu’ici. »

Le Notre Père n’est pas juste une prière ; c’est une vision de ce qu’est la vie dans le royaume incorruptible de Christ. C’est une reconnaissance de l’injustice, de la faim et du mal de ce monde brisé. C’est une déclaration de foi, un appel à l’adoration et un cri de guerre. C’est un plaidoyer audacieux pour la gloire divine, pour le renouveau social et la transformation céleste s’opérant sur terre.

Le Notre Père n’est pas juste une prière ; c’est une vision de ce qu’est la vie dans le royaume incorruptible de Christ.

De ce fait, la prière du Notre Père n’est pas censée être juste prononcée ; elle doit être vécue.

Si nous prononçons cette prière avec honnêteté, nous allons être conduits à devenir de petits enfants dépendants, à adorer de tout notre cœur, à nous aimer les uns les autres et à nous investir dans le champ de mission divin.

Notre posture : la dépendance d’un enfant

Dans le récit de Matthieu 6, Jésus ne commence pas par expliquer comment prier, mais par expliquer comment ne pas prier. Jésus oppose deux manières d’aborder la prière. La première est celle de la posture de ­ performance spirituelle – faire des activités religieuses pour être remarqué par Dieu et les autres. La seconde est celle de la dépendance de l’enfant –­ reconnaître notre totale dépendance à l’égard de notre Père Céleste.

En effet, le Notre Père n’a de sens que dans le cadre d’une foi et d’une dépendance enfantines. Nous reconnaissons que c’est dans le royaume de Dieu que nous vivons, pas dans le nôtre. Nous demandons humblement notre pain quotidien, sachant que nous ne pouvons assurer notre propre survie et notre épanouissement en dehors de lui. Nous implorons le pardon, la protection et la délivrance, tout comme un jeune enfant demande aide et sécurité le soir avant de s’endormir.

Il n’y a pas d’autre façon de vivre honnêtement le Notre Père que de réaliser que nous sommes des enfants affamés, démunis, assis aux pieds d’un Père bon et aimant.

Notre but : une adoration sincère

La prière du Notre Père est le psaume de Jésus. Elle suit la structure et le flux de nombreux psaumes avec notamment des éléments de louange, de lamentation, de supplication (prier pour nos propres besoins) et d’intercession (prier pour les autres). Elle nous invite à sortir de notre nombrilisme et à entrer dans une vie d’adoration sans réserve.

Le fait de prier « Que ton nom soit sanctifié » revient à nous approcher de Dieu pas seulement en tant que Père, mais aussi en tant que Seigneur et Roi. Jésus nous invite à prier et à vivre dans une attitude d’adoration sans réserve, à marcher devant Dieu avec authenticité, constamment, et avec des cœurs entiers. Une adoration sans réserve (Ps. 86.11) est l’antidote à l’idolâtrie (Ex. 34.11–17), à la cupidité (Matt. 6.19–21) et au fait d’abandonner notre premier amour (Apo. 2.4).

Le fait de prier « Que ton nom soit sanctifié » revient à centrer nos vies sur Jésus et son royaume éternel. C’est aussi renoncer à une vie qui cherche à recevoir la louange des hommes. C’est rejeter le besoin d’être populaire ou de faire de grandes choses pour devenir célèbres. C’est consacrer notre être entier à Dieu et découvrir la vraie joie et la vraie paix qui découlent d’une soumission totale à sa personne.

Nos relations : s’aimer les uns les autres

C’est une dimension belle mais méconnue de la Prière du Notre Père qu’il ne soit fait usage d’aucun pronom personnel singulier. On n’y trouve aucun « Je » ou « moi ». Au contraire, Jésus nous invite à prier avec les pronoms pluriels : « nous » et « notre ».

La Prière du Notre Père réoriente notre schéma individualiste et nous aide à admettre et à savourer à quel point nous sommes interconnectés dans l’Église. En décalant nos prières du singulier vers le collectif, Jésus nous rappelle le second grand commandement, celui d’aimer notre prochain comme nous-mêmes (Matt. 22.39), et celui qu’il a nommé « commandement nouveau » de nous aimer les uns les autres (Jean 13.34–35).

La Prière du Notre Père réoriente notre schéma individualiste et nous aide à admettre et à savourer à quel point nous sommes interconnectés dans l’Église.

Prier la Prière du Notre Père nous pousse à porter notre attention sur les besoins pratiques de nos frères et sœurs. Prier pour notre pain quotidien, c’est s’identifier à tous les frères et sœurs qui manquent de ressources, de paix et d’espoir. Prier pour le pardon, c’est admettre que nous nous maltraitons souvent les uns les autres et que nous devons revenir les uns vers les autres, encore et encore, pour nous pardonner et arracher les hideuses mauvaises herbes de l’amertume.

Prier la Prière du Notre Père avec sincérité, c’est être poussés à nous aimer les uns les autres promptement et entièrement.

Notre mission : la participation à l’œuvre de Dieu

Finalement, nous ne pouvons prier la Prière du Notre Père sans nous engager en tant que disciples de Jésus dans notre monde brisé. La Prière du Notre Père nous habilite à participer à l’œuvre de Jésus et à accomplir la mission de Dieu pour le monde. Nous ne prions pas seulement pour que le nom de Dieu soit sanctifié ou que son royaume vienne seulement dans l’Église mais « sur la terre comme au ciel ». Tout comme ces mots nous amènent à nous aimer les uns les autres dans l’Église, ils nous appellent aussi à partager l’amour de Christ avec ceux qui sont en dehors de l’Église.

Prier : « donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », c’est nous identifier à la faim (physique et spirituelle) des habitants du monde entier, nous mettre en marche pour nourrir l’affamé et combattre la pauvreté mondiale. Prier pour le pardon (« pardonne-nous nos offenses ») et à partir de ce pardon (« comme nous aussi nous avons pardonné à nos débiteurs ») signifie que nous devrons souvent rechercher le pardon que nous accordons à nos voisins et nos collègues de travail. Prier « délivre-nous du mal » nous pousse à travailler pour délivrer les autres des projets cruels et iniques du Malin.

Prier et vivre la Prière du Notre Père, c’est accomplir la mission pour laquelle Christ a prié lors du dernier repas : « Tout comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai moi aussi envoyés dans le monde » (Jean 17.18).

Comme l’a souligné Frederick Buechner :

« Nous faisons bien de ne pas prier la Prière du Notre Père à la légère. Il faut avoir du cran pour la prononcer dans son intégralité. Dire ces mots, c’est inviter le tigre à sortir de sa cage, c’est libérer une puissance qui fait passer l’énergie atomique pour une brise légère. »

Buechner nous rappelle que la Prière du Notre Père est un chant d’espoir qui s’accomplira un jour. Un jour, il en sera sur la terre comme au ciel. Tout sera bien. En attendant, nous prions.

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