Gérer les accusations portées contre un ancien

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L’église locale est une merveille : les membres et les anciens y servent ensemble. Ils s’enrichissent mutuellement et unissent leurs forces pour que l’Evangile prospère.

Mais nous avons tous été dans des églises où les membres formulaient des critiques à l’encontre d’un des anciens. Il s’agit souvent de problèmes liés à :

  • Ses compétences relationnelles (comme le fait d’être trop distant ou trop familier)
  • Sa manière de prêcher (trop théorique ou trop pauvre)
  • Sa famille (ses enfants sont trop turbulents ou son épouse ne participe pas aux rencontres d’église)

Ces objections ne remettent pas en cause son ministère, mais elles l’empêchent de bien servir et peuvent provoquer des discordes ou des commérages au sein de l’église.

Par l’intermédiaire de Timothée, Paul fait cette recommandation aux Éphésiens : « Que les anciens qui dirigent bien soient jugés dignes d’un double honneur, surtout ceux qui travaillent à la prédication et à l’enseignement. » (1 Tim 5.17, LSG). Mais pour Paul, le respect qui est dû aux anciens ne doit pas se résume pas à une attitude de considération à leur égard. Il ajoute, en référence à Deutéronome 17.6 : « Ne reçois point d’accusation contre un ancien, si ce n’est sur la déposition de deux ou trois témoins. » (1 Tim 5.19).

Pourquoi ajoute-t-il cet avertissement ? Parce qu’il sait que les anciens, étant eux-mêmes des « pécheurs pardonnés », seront inévitablement l’objet de critiques de la part des membres de l’assemblée. Comment alors gérer ces critiques ?

Du fait de leur fonction, les responsables sont exposés à la visibilité — et donc à la calomnie. Le verset de 1 Timothée 5.19 (« Ne reçois point d’accusation contre un ancien ») met clairement en garde contre toute calomnie, et ce à l’égard de quiconque mais surtout vis-à-vis d’un serviteur de Dieu.

Comment gérer les accusations justifiées

Que faire lorsque les accusations contre un ancien sont fondées ? Les accusations que je vise ici ne concernent pas les affaires passibles de justice, telles que les abus sexuels ou physiques ; ceux-ci dépassent le cadre de cet article.

Peut-être un ancien s’exprime-t-il systématiquement avec dureté ou avec un vocabulaire contestable. Peut-être réagit-il avec colère, ou cherche-t-il querelle à ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, ou a-t-il un comportement répréhensible. Les anciens sont des pécheurs au même titre que le reste de l’assemblée. Cependant, en raison des responsabilités particulières qu’on leur a confiées, ils doivent veiller à ne tolérer aucun péché qui ternirait leur personnalité. Ils doivent être exemplaires et adopter la repentance comme style de vie. Ils doivent chercher à être « irréprochables » (1 Tim 3.2 ; Tite 1.6).

Mais si malgré les mises en garde un ancien persiste dans le péché, il en va de la responsabilité des membres de l’église de maintenir l’unité et le témoignage de la communauté en suivant la démarche en trois points que Paul nous donne en 1 Timothée 5.19-21 :

1) Vérifier que l’accusation est fondée

Si l’accusation portée s’avère être fausse, le reste de l’assemblée (et non uniquement les autres anciens) doit réprimander celui qui la répand.

Nous nous comprenons souvent si mal. On peut si facilement se méprendre sur des paroles, sur un regard ou un signe de tête, sur un geste ou le ton d’une voix. Or, nous ne devons pas être prompts à nous vexer ou démarrer une crise qui n’existe pas.

Cela dit, les anciens peuvent parfois tomber dans une spirale de péché qui mérite correction. Dans 1 Timothée 5.19, Paul se réfère à Deutéronome 17.6, où Moïse donne des instructions concernant les preuves nécessaires à la validation d’une condamnation à mort en Israël. En disant : « Ne reçois point d’accusation contre un ancien, si ce n’est sur la déposition de deux ou trois témoins », Paul fait écho à Moïse.

Pourquoi Paul réclame-t-il plus d’un témoin ? Supposons que quelqu’un nourrisse une rancune contre un ancien, ou que, frustré de ne pas avoir été lui-même nommé ancien, il cherche à se venger sur l’un d’eux. Un seul témoin ne suffisait pas en Israël pour demander la peine capitale, aussi Paul maintient-il ce principe dans l’Église. Deux témoins ou plus doivent confirmer le péché pour qu’il soit avéré. Une fois celui-ci confirmé, une correction doit s’ensuivre.

Bien que chaque église ait probablement une approche spécifique en la matière, il vaut mieux qu’il y ait deux ou trois témoins accompagnés d’autres anciens pour rencontrer celui qui est mis en cause. Si le péché en question ne le disqualifie pas de l’exercice d’un ministère — ce qui serait le cas s’il y a détournement de fonds, immoralité sexuelle, ou tout autre péché exigeant l’intervention de la justice (par exemple, des violences physiques ou sexuelles) —, il faut chercher les moyens de « restaurer » l’ancien. La confrontation peut être, en soi, une forme simple de correction. Celle-ci peut être plus conséquente en relevant l’incriminé de ses responsabilités pour la durée du processus de réparation.

Mais que faire si l’ancien refuse de se laisser reprendre par ce petit groupe, comme dans Matt 18.15-20 ? Voilà qui nous conduit au point suivant.

2) Reprendre publiquement l’ancien impénitent

Le langage de Paul est sans compromis : « Ceux qui persistent dans le péché, reprends-les devant tous afin que les autres aussi éprouvent de la crainte » (1 Tim 5.20). « La persistance dans le péché »souligne une volonté délibérée de continuer. Ce n’est que si l’ancien refuse de se repentir, après une confrontation privée, qu’on peut être amené à le réprimander publiquement. « Devant tous »implique que l’église entende le reproche, de sorte que « les autres éprouvent de la crainte ». « Les autres »désigne plus directement les autres anciens, mais cela s’adresse aussi à la conscience de toute l’assemblée.

Paul ne parle pas de renvoyer l’ancien sur la base d’une réprimande publique. Le pasteur américain Bill Mounce suggère que le « reproche » ou la « réprimande » doit être motivé par la finalité de la restauration : le but est de conduire l’ancien à une pleine restauration dans sa communion avec Christ et avec l’église. Mais imaginons maintenant que son attitude impénitente le pousse à se considérer « au-dessus de tout reproche » (1 Tim 3.2). Tant qu’il en reste là, il se disqualifie lui-même. L’ancien doit alors être démis de ses fonctions.

Il est évident que les sentiments et les liens d’amitié peuvent nous rendre hésitant à redresser correctement un ancien qui refuse de se repentir. C’est pourquoi le troisième point est d’une importance capitale.

3) Ne fais rien par favoritisme

« Je t’en supplie devant Dieu, devant Jésus-Christ et devant les anges élus : suis ces instructions sans préjugé et ne fais rien par favoritisme » (1 Tim 5.21). Voici la double application que nous pouvons tirer de ce verset : ne court-circuitez pas le processus de correction ni par un « préjugé », ni « par favoritisme ».

Lorsqu’une église ignore les trois recommandations de Paul à Timothée concernant la discipline au sein de l’Église — à savoir 1) vérifier l’accusation, 2) reprendre publiquement le responsable s’il refuse de se repentir, et 3) ne pas faire de favoritisme —, elle tombe dans un laxisme envers le péché et dans une complaisance envers la personne. Elle le fait au détriment de la réputation et de la gloire de Christ.

L’amour véritable corrige

N’importe quel ancien est un pécheur qui a besoin de la grâce de Dieu et de la mise en pratique de l’Évangile dans sa vie. Ses paroles et ses actions peuvent parfois choquer, même si l’intention n’y est pas. Si la situation se reproduit de nouveau, il se peut tout simplement qu’il ne s’en rende pas compte. Il aura alors besoin de l’amour de toute l’église pour se confronter directement à son péché, servant ainsi d’exemple devant l’église réunie et le monde qui l’observe.

Mais si l’assemblée ne l’aide pas, elle devient négligente et le péché y trouve une porte d’entrée. C’est un prix trop grand à payer et qui est aux dépens de ceux qui ont été rachetés par le sang de Christ.

La position de l’ancien ne le place pas au-dessus de la réprimande. L’assemblée doit toutefois faire preuve de respect envers ceux qui sont désignés comme anciens et ce n’est qu’avec beaucoup d’humilité, de prudence et de tact qu’elle peut être amenée à reprendre l’un d’entre eux. Les membres et les anciens d’une église sont appelés à se servir les uns les autres avec fidélité et transparence.

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