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Faut-il d’abord s’aimer soi-même avant d’aimer les autres ?

Depuis ma jeunesse, j’ai entendu à plusieurs reprises des chrétiens affirmer la chose suivante : « pour pouvoir bien aimer son prochain, il faut apprendre à s’aimer soi-même. » Après tout, Jésus dit que le deuxième plus grand commandement est d’aimer son prochain comme soi-même (Marc 12.31, Matthieu 22.39 et Luc 10.27). Comment peut-on aimer son prochain comme soi-même si on ne s’aime pas d’abord ? Pendant un bon bout de temps, c’était ma compréhension de ce verset. Mais est-elle juste ?

 

Vous connaissez peut-être le dicton : un texte pris hors contexte est un prétexte. Il me semble que, si on veut bien comprendre ces paroles de Jésus, la meilleure façon de procéder est de les lire dans leur contexte. C’est ce que je propose de faire avec le passage de Matthieu 22.39, en regardant de plus près trois contextes différents : le contexte immédiat, le contexte d’où est tiré la citation de Jésus dans le verset, et le contexte plus large de l’Évangile de Matthieu. Pourquoi ne pas faire ensuite le même exercice vous-même avec Luc 10.27 ou Marc 12.31 ?

 

Le contexte immédiat du verset

« 34Les pharisiens apprirent qu’il [Jésus] avait réduit au silence les sadducéens. Ils se rassemblèrent 35et l’un d’eux, professeur de la loi, lui posa cette question pour le mettre à l’épreuve : 36’Maître, quel est le plus grand commandement de la loi?’ 37Jésus lui répondit: ‘Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. 38C’est le premier commandement et le plus grand. 39Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 40De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes’. »

 

Que veut bien dire Jésus dans ce verset ?

D’abord, il dit que le premier commandement (qui est le plus grand) est d’aimer Dieu partout ce que nous sommes. L’amour du prochain, qui est le deuxième, ressemble au premier. Notre priorité première est Dieu : de lui consacrer notre vie entière. Notre amour pour notre prochain doit donc ressembler à notre amour pour Dieu – un sacrifice de soi – et trouver sa source et sa force dans l’amour que nous avons pour Dieu en réponse à son amour pour nous.

 

Ensuite au verset 40, Jésus dit que le Pentateuque et les prophètes dépendent de ces deux commandements. Donc, si nous voulons comprendre ce que veut dire aimer Dieu, et aimer son prochain, Jésus nous montre par où commencer : l’Ancien Testament. C’est donc là que nous devrions aller chercher dans un premier temps pour voir si nous y trouvons des exhortations pour apprendre à s’aimer soi-même. Et qu’en est-il ? À ma connaissance, on ne trouve pas grand-chose de relatif à l’importance de l’amour de soi. Par contre, beaucoup d’exhortations à aimer les autres par notre attitude et notre conduite sont présentes.

 

Le contexte de la citation faite par Jésus

L’expression « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » n’est pas une phrase inventée par Jésus pour résumer l’Ancien Testament, c’est une citation de Lévitique 19.18. Il convient donc de regarder Lévitique 19.18 et le contexte de ce verset de plus près. Ce verset clôt une section où il est question pour les Israélites :

  • d’aimer les plus démunis en leur laissant la possibilité de glaner dans les champs en ne moissonnant pas jusqu’aux bords des champs, et vendanger en laissant des raisins dans leurs grappes v. 9-10 ;
  • de ne pas voler, de ne pas mentir contre son prochain ou tromper celui-ci v.11 ;
  • de ne pas oppresser les employés et de toujours payer leur salaire en temps et en heure v.13
  • de ne pas profiter de la faiblesse des handicapés v.14
  • de ne pas avoir de parti pris ou de ne pas faire preuve d’injustice devant les tribunaux v.15

Ici nous apprenons ce que veut dire aimer son prochain comme soi-même : ne pas malmener les autres mais leur faire du bien en veillant à ce qu’ils puissent surmonter des moments difficiles. Il s’agit d’agir envers l’autre comme nous agirions envers nous-même, ou que nous voudrions que d’autres agissent envers nous. (Cela vous rappelle peut-être Matthieu 7.12 où Jésus fait un autre résumé de la loi et des prophètes ?) Est-ce que nous voudrions que d’autres nous laissent à manger quand nous n’avons plus rien ? Est-ce que nous voudrions que les autres respectent nos biens et disent toujours la vérité à notre propos ? Donc, faisons cela pour les autres ! Si nous sommes employeur, et si nous veillions toujours à ce que nos revenus soient payés, faisons cela pour nos employés !

 

Le contexte plus large de l’Évangile de Matthieu

Si le verset nous exhortait d’abord à s’aimer soi-même, nous pourrions nous attendre à ce que ce thème important soit repris par Matthieu. Cependant ce que nous voyons dans le reste de l’Évangile n’est pas une exhortation à s’aimer soi-même mais à renoncer à soi-même :

 

« 24Alors Jésus dit à ses disciples: «Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive ! 25En effet, celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la retrouvera. »

(Matthieu 16.24–25).

 

Le problème de l’être humain n’est pas tant qu’il ne s’aime pas assez, mais qu’il s’aime trop, que sa vie tourne autour de lui, avant de s’intéresser à Dieu et aux autres. La vie du disciple est une vie de renoncement à soi pour donner à Dieu la première place, et pour aimer les autres.

En disant cela, je ne veux pas manquer de sensibilité pastorale. Il y a des personnes qui ont une opinion malsaine d’elles-mêmes. Cependant, la solution n’est pas d’apprendre à s’aimer plus, mais plutôt d’avoir une juste vision de notre identité en Christ. Encourageons les personnes qui luttent avec une telle opinion malsaine, à s’ancrer dans cette belle nouvelle identité qu’elles ont en Christ. D’ailleurs, nous avons tous quotidiennement besoin de tels rappels, quelle que soit notre opinion de nous-mêmes. Comme l’a écrit Dane Ortlund dans cet article sur ce site :

« …la grâce profonde de l’Évangile apaise nos cœurs et nous permet de ne plus avoir constamment besoin d’être à la hauteur, puisque Jésus a été à la hauteur à notre place. En Christ, nous avons de l’importance. Vêtus de sa justice, nous sommes acceptés. Ce calme est le terreau dans lequel fleurit la vraie piété. »

 

Si par contre, une opinion malsaine empêche quelqu’un d’aimer les autres, il pourrait s’agir d’un orgueil démesuré. Si vous voyez cela dans votre vie, je vous encourage à demander à Dieu de vous révéler la vraie attitude de votre coeur, et d’en parler avec votre pasteur ou un autre chrétien de confiance. Si vous pensez voir cela dans la vie de quelqu’un d’autre, priez que Dieu puisse ouvrir ses yeux pour le voir, et qu’Il puisse utiliser d’autres personnes (peut-être même vous) pour aller de l’avant.

 

Marcher à la suite de notre Sauveur

En renonçant à nous-mêmes, nous suivons notre Maître qui s’est lui-même chargé de sa croix pour notre rédemption. L’Apôtre Paul dans son Épître aux Philippiens nous exhorte à avoir une attitude identique :

 

« 6lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, 7mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, 8il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix. »

(Philippiens 2:6–8)

 

Que Dieu nous donne la force afin de nous oublier nous-mêmes et d’aimer les autres, tout comme lui nous a aimés le premier !

 


Une rubrique qui désire encourager les femmes individuellement et communautairement à creuser davantage la Parole de Dieu pour en faire une boussole qui oriente les réflexions et qui conforte toutes les décisions de la vie. Retrouvez ici tous nos articles.
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