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Bof. C’est la réponse la plus tragique que je pense avoir entendue. Dieu, la foi, Christ ? « Bof. Ni pour, ni contre. » Ce n’est pas une opposition franche. C’est une attention polie, voire quelque chose qui tient de la curiosité. Mais quand vient le moment de se poser sérieusement la question de l’identité de Christ… de contempler la présence du Dieu vivant, il n’y a qu’un regard blanc. Ce n’est plus de l’intérêt qui se manifeste, c’est de l’indifférence.

Et c’est cela que je crains le plus, en tant qu’apologète. Ce qui me fait froid dans le dos, ce n’est pas les oppositions vociférantes d’un Richard Dawkins ou d’un Michel Onfray. C’est le « bof » de celui pour qui la question de Christ lui passe simplement au-dessus de la tête. Cette attitude a toujours existé, elle n’est pas nouvelle. Elle a peut-être été moins présente, souvent associée à l’athéisme, mais elle n’est pas nouvelle. Dans les vingt dernières années, cette attitude a reçu un nom : l’apathéisme.

L’apathie

L’a-quoi ?

L’apathéisme, ce n’est tout d’abord pas l’athéisme, ni même l’agnosticisme. Simplement définie, cette attitude, c’est « une attitude générale d’apathie ou d’indifférence quant à la façon dont nous répondons [aux questions sur l’existence de Dieu] »[1]. Nous pourrions distinguer les trois attitudes assez brièvement.

Ainsi, un athée dirait : « Dieu, en fait, n’existe pas. »

Un agnostique dirait : « Nous ne pouvons tout simplement pas savoir que Dieu existe. »

Un apathéiste dirait : « Nous ne devrions pas nous préoccuper à ce point de savoir si Dieu existe ou non. »

Un apathéiste ne devrait donc pas s’inquiéter de la question de Dieu. Derrière cette affirmation, il y a bien sûr tout un monde. C’est un monde dans lequel Dieu n’existe pas, puisqu’en fin de compte la réponse ne peut qu’être la présence ou l’absence de Dieu. Si l’apathéisme n’est pas la même attitude que l’athéisme ou l’agnosticisme, le positionnement spirituel est identique : c’est l’absence de Dieu.

La responsabilité du témoignage

Le même article continue avec une phrase que nous devrions lire plusieurs fois : « Mais je pense que vous pouvez aussi être soit athée soit théiste et rester indifférent à ces questions générales. Vous pouvez croire en Dieu, vous pouvez être religieux dans un certain sens, mais vous pouvez vous dire : ‘En fin de compte, si j’en arrivais à penser que Dieu n’existe pas, cela n’aurait pas un grand impact sur ma vie.’ » [2] Avez-vous lu la même chose que moi ? Pour cet auteur, nous pourrions être chrétien et être tout à fait indifférent aux questions d’avenir éternel, d’exigences de Dieu dans notre vie, etc.

Bien sûr, notre réaction immédiate est de dire que nous n’avons pas la même définition de Dieu. Il n’est pas pour lui un Dieu personnel qui désire la communion avec nous, et qui désire ainsi notre allégeance. C’est le dieu du déisme : créateur, peut-être, mais tellement étranger aux considérations de notre vie !

L’apathéisme est compatible avec la foi chrétienne quand Dieu cesse d’être celui de l’Écriture. Peut-être que l’une des raisons, tragique, est que les chrétiens ont reflété l’image d’un Dieu qui demande leur adhésion personnelle, la confession de leurs lèvres… c’est tout. Nous voyons dans l’apathéisme notre propre responsabilité. Nous avons peint l’image d’un Dieu qui ne demande qu’à être rencontré « dans notre cœur », mais il n’a pas d’impact sur notre vie. Pire même : nous pouvons donner parfois l’impression qu’il n’a rien à demander. Or, Dieu réclame tout notre être. Si Christ règne sur moi, il le fait en toute chose et il réclame tout de moi : toute ma vie lui appartient.

Mais si ce n’est pas le cas, si Dieu ne se soucie pas de ce que je fais de ma vie, s’il s’agit simplement d’une question intellectuelle, alors pourquoi m’en soucier ? Que j’aie la « bonne » ou la « mauvaise » réponse, cela n’aura de toute façon aucun impact.

L’apathéisme questionne aussi notre témoignage chrétien. Le premier auteur qui a utilisé le terme « apathéiste » a écrit quelque chose qui remet aussi en cause notre témoignage : « J’ai des amis chrétiens qui organisent leur vie autour d’une relation intense et personnelle avec Dieu, mais qui ne manifestent aucune attention au fait que je sois un homosexuel, juif, athée, sans repentir. »[3] Vivons-nous avec des amis, des collègues de travail, avec qui nous discutons quotidiennement, avec lesquels nous sommes proches, sans que nous n’ayons manifesté le moindre intérêt quant à la direction qu’ils donnent à leur vie ?

Si c’est le cas, nous nourrissons l’apathéisme. Parce que si les chrétiens ne se sentent pas trop concernés par leur propre vie non chrétienne, c’est que cela ne doit pas être trop grave. Peut-être que Dieu sauvera tout le monde, ou tout simplement qu’il n’existe pas. Dans tous les cas, notre témoignage a été absent.

Que répondre ?

Que faire de l’apathéisme ? Quelle attitude adopter ? L’apathéisme est une attitude nourrie par le manque d’attrait visible de la foi. Par « attrait », je ne veux pas dire ce mouvement qui chercherait à rendre « tendance » la foi chrétienne. C’est plutôt un manque « d’affect », un manque de rayonnement. L’absence de lumière – qui, elle, attire à Christ – nourrit l’apathéisme. La meilleure réponse apologétique à cette attitude d’indifférence, c’est de vivre de manière à ce que l’indifférence soit impossible. Nous devrions faire désirer Christ. Nous devons vivre l’impossibilité de l’absence de Dieu. C’est vivre l’amour, la grâce, la compassion et le pardon, et le vivre y en mettant un nom : Jésus-Christ.

[1]  Trevor Hedberg et Jordan Huzarevich, « Appraising Objections to Practical Apatheism », Philosophia, 2016, 1–20.

[2] Sean Phipps, « Apatheism : Should we care whether God exists ? », Nooga.com, 7 novembre 2013.

[3] Jonathan Rauch, « Let It Be », mai 2003, The Atlantic, www.theatlantic.com, consulté le 19 février 2021.

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