Le christianisme n’est pas une compétition de froncement de sourcils

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On attribue généralement à G. K. Chesterton la formule : « Jésus a promis à ses disciples trois choses : qu’ils allaient être totalement sans crainte, heureux de manière absurde et vivre dans des difficultés constantes. » On peut dire que bien des chrétiens occidentaux ne sont l’exemple d’aucune de ces trois choses – et surtout la dernière « heureux de manière absurde. »

Dans le monde d’aujourd’hui, le christianisme est perçu comme consistant en une tradition et dans la moralité, mais pas le bonheur. J’ai enseigné en premier cycle universitaire des cours sur l’éthique biblique et je ne présentais aucune excuse parce que je défendais la moralité. Il est certain que les chrétiens sont souvent impopulaires ou calomniés parce qu’ils se déclarent pour Christ et tiennent bon pour la vérité biblique.

Mais il y a des raisons valables pour lesquelles les incroyants craignent que devenir chrétiens aura pour résultat de les priver du bonheur. Ils ont connu – comme nous aussi, qui allons à l’église, les ont connus – des chrétiens professants qui semblaient faire tout leur possible pour exsuder la souffrance et non la joie.

Sommes-nous chroniquement malheureux ?

J’ai vu des personnes croyant en la Bible, centrées sur Christ, poster leurs pensées sur un blog ou sur un média social et qui ne recevaient pour retour qu’une série de réponses hypercritiques de la part de personnes qui ne se servaient des versets des Écritures que comme des pioches, condamnant promptement tout point de vue qu’elles considéraient comme suspect. Ces personnes qui répondaient prenaient la pire interprétation, ne donnant en aucun cas le bénéfice du doute, s’engageant plutôt dans un assassinat du style fusillade. Si j’avais été un incroyant lisant de telles réponses, je n’aurais certainement pas été attiré à la foi chrétienne.

D’autres croyants se concentrent sur les nouvelles négatives et les enjeux politiques au point que les bonnes nouvelles ne sont même pas prises en considération dans leurs pensées ou leurs conversations. Je vois trop de chrétiens à la mine allongée qui semblent continuellement en colère, désillusionnés et sur la défensive en ce qui concerne les affaires politiques et les atteintes à leurs droits.

De nombreux non-chrétiens voient ceux qui suivent Jésus comme des « hypocrites », des « gens insensibles, » et « animés d’une motivation de jugement. » Tous ces mots ne font que décrire des personnes qui ne sont pas heureuses. (Si le monde doit nous juger, qu’il en soit ainsi, mais il ne faudrait pas que ce soit parce que nous sommes chroniquement malheureux.)

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, bien entendu. Presque chaque communauté comprend des personnes qui ont une paisible confiance en Christ et qui sont extraordinairement aimantes, bonnes, prêtes à aider et joyeuses. Malheureusement de nombreux non-croyants les considèrent comme une exception rare. Combien cela est tragique, puisque le bonheur en Christ est l’un de nos plus puissants outils d’évangélisation.

Le bonheur en Christ est l’un de nos plus puissants outils d’évangélisation.

Un Évangile qui rend heureux

Considérez Ésaïe 52:7 : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie la paix, qui apporte de bonnes nouvelles de bonheur, qui publie le salut . . . qui dit à Sion : ‘Ton Dieu règne.’ » Deux des traductions les plus littérales – la NASB et la ESV — rendent l’hébreu comme « de bonnes nouvelles de bonheur. » Le contexte immédiat de Ésaïe 52–53 tourne autour du Messie, et cette bonne nouvelle de bonheur est exactement la même que la « bonne nouvelle d’une grande joie » que les anges ont annoncée aux bergers après la naissance de Jésus (Luc 2:10).

La vérité est que la bonne nouvelle devrait se déverser dans tous les compartiments de nos vies, même si nous ne sommes pas consciemment en train de parler de Dieu ou de rendre témoignage à quelqu’un. Chaque fois que nous méditons l’évangile, que nous vivons par lui, que nous le partageons et que nous anticipons sa pleine réalisation dans un monde sans le péché et la mort, « la bonne nouvelle du bonheur » devrait s’infuser dans nos vies avec, eh bien, le bonheur.

C’est exactement ce qui arriva quand Paul et Barnabas portèrent l’évangile aux Gentils. Paul disait : « Nous vous apportons la bonne nouvelle [joyeuses nouvelles (KJV)]. . . . Et quand les Gentils entendirent ceci, ils commencèrent à se réjouir [les Gentils furent heureux d’entendre cela (CJB)]. . . . Les disciples furent remplis de joie et du Saint-Esprit [Les disciples débordèrent de bonheur (CEB)] » (Actes 13:32, 48, 52).

Dieu a montré son amour sans limite quand il a envoyé son fils unique pour mourir à notre place de façon à ce que ceux qui croient en lui puissent avoir la vie éternelle (Jean 3:16). Dieu est pour nous et même la mort ne pourra jamais nous séparer de son amour (Rom. 8:31–39). Si nous croyons réellement ces vérités, nous ne pouvons nous empêcher d’expérimenter un profond bonheur.

Maintenant cela veut-il dire que nous n’avons pas à nous battre avec les difficultés de la vie ou que nous devons prétendre qu’elles n’existent pas, particulièrement devant les incroyants ? Non, bien entendu. L’appel biblique à nous réjouir toujours dans le Seigneur (Phil. 4:4) ne nous demande pas d’arborer un sourire forcé quand nous avons des peines. Cela consiste dans la découverte d’un bonheur en Christ raisonnable, atteignable et plein de satisfaction qui transcende les circonstances difficiles. En fait, notre choix de nous accrocher à lui, de nous confier en lui et de nous réjouir en lui pendant les épreuves (Hab. 3:17–18) rend témoignage au pouvoir extraordinaire de l’évangile.

Notre opportunité

Croyons-nous réellement que Dieu aime que ses enfants soient heureux? Si c’est le cas, comment notre vie quotidienne, nos familles et nos églises reflètent-elles cette vérité pour que tous la voient ?

Les paroles de J. C. Ryle sont toujours aussi vraies aujourd’hui qu’au moment où il les écrivait dans les années 1800 :

C’est positivement un malheur pour le christianisme quand un chrétien ne peut sourire. Un cœur content et une disposition à prendre part à toute gaieté innocente sont des dons d’une valeur inestimable. Ils font beaucoup pour apaiser les préjugés, pour ôter de la voie les pierres d’achoppement et pour préparer les gens pour Christ et l’évangile.

Imaginez si le peuple de Dieu se tenait debout dans les magasins, les lieux de travail, les écoles et même sur les médias sociaux pour toutes les bonnes raisons. Et dans ce cas, sans faire nos excuses pour la vérité biblique, que nous fassions « connaître à chacun notre sagesse » (Phil. 4:5) et, « en tant que peuple choisi par Dieu, saint et bien aimé, » que nous nous revêtions « de compassion, de bonté, d’humilité, de gentillesse et de patience » (Col. 3:12) ? Les personnes sont attirées à Jésus quand elles voient ses qualités propres dans les vies des autres. Quand elles les observent, elles vont les relever et voudront connaître la source de ces qualités.

Le bonheur dans nos églises

L’un des grands défis de l’église est de réintroduire et cultiver l’esprit du bonheur qui devrait caractériser le peuple de Dieu. Nous avons nos fêtes nationales, c’est certain, mais quand cela se peut, les croyants pourraient y intégrer davantage d’aspects bibliques et centrés sur Christ. Par exemple la célébration de la naissance et de la résurrection ont été accaparées par notre culture et éloignées de leurs significations bibliques. Plutôt que d’abandonner ces fêtes, nous pouvons y infuser leur signification biblique.

Nous pouvons aussi célébrer d’autres « saints et heureux jours » que notre culture ne reconnaît pas et, de ce fait, ne peut déformer. De nombreuses églises évangéliques sans dénomination, la mienne incluse, n’ont pas le bienfait d’une longue tradition d’église. Peut-être pourrions-nous rétablir des jours nettement chrétiens comme la Fête de Tous les Saints, le Jour de l’Ascension, l’Épiphanie, ou la Pentecôte, ou célébrer des versions modifiées de la Pâque juive ou du Yom Kippour.

Que dire si l’église était connue comme l’endroit où l’on célèbre plus que dans le monde et non moins ?

Le théologien Robert Hotchkins écrivait :

Les chrétiens devraient célébrer constamment. Nous devrions être préoccupés de fêtes, de banquets, de festivités et de réjouissance. Nous devrions nous adonner à des célébrations de joie parce que nous avons été libérés de la crainte de la vie et de celle de la mort. Nous devrions attirer les gens à l’église presque littéralement par le plaisir pur qu’il y a à être un chrétien.

Que dire si l’église était connue comme l’endroit où l’on célèbre plus que dans le monde et non moins ? La récompense ultime serait de rétablir l’image des personnes qui suivent Jésus comme celle de gens profondément heureux, prompts à célébrer le bonheur personnel de Dieu et sa grâce.

Si l’église pratiquait davantage ce type de célébration et si le peuple de Dieu, dans ses individus, démontrait à quoi cela ressemble d’aimer Dieu joyeusement ainsi que ses voisins, il est certain que bien moins d’incroyants tomberaient dans le mensonge mortel de l’ennemi – selon lequel ils doivent chercher le bonheur ailleurs qu’en Jésus.

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