Comment favoriser l’épanouissement d’un pasteur à fibre évangéliste ?
La réponse à cette question n’est pas simple. À vrai dire, chaque pasteur est différent. Et je dirai même que chaque pasteur à fibre évangéliste est différent.
Adaptez le cahier des charges au profil de votre pasteur L’idéal serait que le cahier des charges de votre pasteur soit adapté à ses dons, à ses affinités et aux activités qui le ressourcent. Certains trouvent leur énergie dans les relations, tandis que d’autres en ressortent épuisés. Certains jubilent à l’idée de partager l’Évangile avec des non-croyants dans la rue, alors que d’autres préfèrent approfondir la relation avant d’aborder les questions spirituelles.
Certains s’épanouissent en étudiant la Bible des heures durant, alors que d’autres ont besoin d’action pour ne pas s’endormir devant leur écran.
Pasteur et heureux de l’être
Philippe Viguier & Jérémie Déglon
Pasteur et heureux de l’être
Philippe Viguier & Jérémie Déglon
Le ministère pastoral est un « métier étrange ». Il n’est pas sans défi ce qui peut dissuader de s’engager dans cette voie ou étouffer la motivation de le faire. Et pourtant, c’est un service magnifique rempli de joies à vivre et à partager !
Philippe Viguier et Jérémie Déglon ont invité 17 pasteurs et épouses de pasteurs à partager leur joie d’être dans le ministère que le Seigneur leur a confié. Dans notre contexte francophone où le besoin de pasteurs est criant, ce livre vise à susciter des vocations ainsi qu’à encourager ceux qui sont déjà dans un tel service.
Les auteurs nous invitent chacun à les suivre dans le parcours qui les a conduits à s’engager dans le ministère pastoral. Nous découvrons ainsi comment ils se sont convertis, ont répondu à l’appel de Dieu et sont entrés dans le service à temps plein.
Comme je l’ai déjà souligné, mon épanouissement passe par des relations profondes et significatives. J’aime découvrir les gens et leur faire découvrir Jésus. C’est vital pour moi. Pour ceux qui partagent cette sensibilité, il est crucial de trouver un équilibre entre le travail pastoral et l’évangélisation. Cet équilibre n’est jamais facile à trouver – Jésus lui-même s’est parfois laissé absorber par le ministère au point de ne plus avoir le temps de manger (Marc 6.31). C’est pourquoi il est important de bien se connaître, de prendre le temps de réfléchir, d’échanger avec des personnes qui nous connaissent bien (idéalement notre conjoint), pour identifier ce qui nous épuise et ce qui nous ressource. Un ministère durable et épanouissant repose aussi sur cette lucidité.
Un aménagement du temps de travail pastoral est donc crucial pour la longévité du pasteur. Aujourd’hui, mon Église locale ne peut m’employer qu’à 80 %. Même si devoir chercher un soutien extérieur est contraignant, cela s’avère être une bénédiction dans mon cas. En effet, je peux consacrer 20 % de mon temps à l’évangélisation sans culpabiliser ou être accusé de négliger mon troupeau. Ces 20 % incluent non seulement du temps passé avec des non-chrétiens, mais aussi l’encouragement et la formation des croyants à l’évangélisation. D’après ma compréhension – et en l’absence d’une définition précise du ministère d’évangéliste dans la Bible –, celui qui a reçu ce don doit contribuer au perfectionnement des saints (Éphésiens 4.11-13). Cela concerne les chrétiens de mon Église locale, mais je crois que, pour certains, cet appel est plus large et s’étend à l’ensemble du corps de Christ.
C’est pourquoi je me déplace régulièrement pour équiper et encourager des Églises en francophonie et, depuis peu, dans une faculté évangélique au Québec (Faculté de Théologie Scriptura).
Soulagez votre pasteur des tâches pour lesquelles il n’est pas doué
Avec le temps, j’ai constaté que mes moments de découragement étaient souvent liés à l’accumulation de tâches et de situations pour lesquelles je n’étais pas compétent.
Avec le temps, j’ai constaté que mes moments de découragement étaient souvent liés à l’accumulation de tâches et de situations pour lesquelles je n’étais pas compétent. Un pasteur accomplit de nombreuses tâches par défaut. Il est normal d’assumer certaines responsabilités moins agréables, mais il est anormal qu’il soit systématiquement chargé de celles pour lesquelles il n’est pas qualifié.
Il ne s’agit pas de ne choisir que les activités qui nous plaisent, mais plutôt de déléguer celles qui pourraient être mieux accomplies par d’autres. L’idéal serait de prendre un moment avec votre pasteur et de lui demander quelles sont les tâches qui lui pompent le plus d’énergie, de temps et qui le découragent dans son ministère. En fonction de ses réponses, et dans la mesure du possible, il serait bénéfique de l’en décharger. (Pour ma part, je suis reconnaissant pour ceux qui assurent l’aspect administratif et organisationnel de mon ministère.)
Élargissons notre vision du ministère pastoral
La tentation, pour un pasteur, serait de penser que son seul moyen d’exercer son ministère est de prêcher l’Évangile ou d’enseigner la Bible. Bien sûr, ces tâches sont essentielles et je ne les remets aucunement en question. Mais se limiter à cela serait une erreur.
La tentation, pour un pasteur, serait de penser que son seul moyen d’exercer son ministère est de prêcher l’Évangile ou d’enseigner la Bible. Bien sûr, ces tâches sont essentielles et je ne les remets aucunement en question. Mais se limiter à cela serait une erreur.
Bien souvent, ce qui décourage les gens, ce ne sont pas de grandes crises spirituelles, mais les difficultés du quotidien, ces petits fardeaux qu’ils ne savent ou ne peuvent pas porter seuls. Il faut être attentif à ce qui pèse sur leur cœur.
Depuis que j’en ai pris conscience, j’essaie d’accompagner mes brebis de manière plus holistique. Au fil des années, mon ministère ne s’est pas résumé à prêcher, enseigner ou officier lors de baptêmes, mariages et enterrements. J’ai aussi aidé à des déménagements, fait du covoiturage, préparé des repas, offert l’hospitalité, fait des courses, donné de l’argent ou de la nourriture, remplacé des ampoules, repeint des murs, tapissé, installé des tableaux, nettoyé des vitres, fait le ménage, percé des trous, monté des cloisons, installé des lustres, posé du carrelage, coupé des cheveux, monté des meubles de cuisine, débouché des toilettes…
Autant de gestes qui, bien que n’étant pas le cœur de mon ministère, sont une manière concrète d’aimer et de servir ma communauté. En répondant aux besoins pratiques de mes paroissiens, j’en retire une joie véritable – car il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir – et je rends tangibles l’amour et la compassion de Dieu tout en crédibilisant mon ministère.
De plus, le travail pastoral est souvent immatériel. Prêcher l’Évangile et enseigner la Bible ne produisent pas toujours des résultats visibles, du moins pas immédiatement. Or, en tant qu’être humain, j’ai parfois besoin de voir le fruit de mon travail.
Lorsque j’accomplis quelque chose de mes mains, je ressens une satisfaction particulière, un écho à ce que Dieu lui-même a éprouvé en achevant son œuvre de création.
Cela fait maintenant 27 ans que j’ai laissé mon métier d’ingénieur pour embrasser le ministère pastoral. Même si j’ai connu des phases de découragement, je ne regrette en rien d’avoir pris cette voie et me réjouis d’accomplir les « bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance ».

