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La crise sanitaire de ces derniers mois aura durablement impacté nos pays et profondément transformé notre façon de vivre l’Église. Avec les confinements successifs et l’apparition de cultes virtuels et autres réunions de prière Zoom, nous avons dû apprendre à « vivre l’Église » à distance. Cet état de fait n’aura pas manqué de soulever des questions chez un bon nombre de croyants : Pourquoi nous réunissons-nous physiquement à l’ère du tout numérique ? La communauté de l’Église est-elle vraiment si importante ? Et à quoi cette communauté devrait-elle ressembler ?

La thèse de Mark Dever et Jamie Dunlop, pasteurs de Capitol Hill Baptist Church à Washington et auteurs du livre Une communauté irrésistible (Cruciforme, 2021), c’est que « la communauté, loin d’être un petit ‘plus’ dans votre Église, est un élément fondamental de son identité. » Ils ne parlent pas d’un sentiment de communauté, que nous pourrions créer en rassemblant les gens autour d’intérêts communs, mais d’une vraie communauté dont l’Évangile est le centre : « la véritable communauté, » disent-ils, « est celle que Dieu forme ; nous pouvons la cultiver, la nourrir, la protéger, et l’utiliser, mais n’imaginons pas une seule seconde que nous pouvons la créer. »

Le plan de Dieu pour l’Église

Dans son épître aux Éphésiens, l’apôtre Paul rappelle quel est le plan de Dieu pour l’église. Dieu ne nous a pas sauvés pour vivre en isolation les uns des autres, mais pour intégrer son « peuple », et ce dans un but bien précis : Lequel ? Pourquoi Dieu a-t-il rassemblé en un seul peuple des gens de toutes nations, langues ou ethnicité ? Son plan est que « les dominations et les autorités dans les lieux célestes connaissent aujourd’hui par l’Église la sagesse infiniment variée de Dieu » (Éphésiens 3.10).

Une communauté irrésistible

Une communauté irrésistible

9 Marks - Cruciforme. 245 pages.

À quoi ressemble une communauté qui témoigne de la puissance de Dieu ?

Le peuple de Dieu est appelé à une unité et à un engagement qui transcendent les frontières naturelles – qu’elles soient ethniques, générationnelles ou économiques. Une telle communauté ne peut exister que si elle dépend de la puissance de Dieu manifestée dans l’Évangile.

Dans Une communauté irrésistible, les pasteurs Mark Dever et Jamie Dunlop présentent une vision captivante d’une communauté authentique au sein de l’Église locale – une vision qui dépasse largement le cadre de la simple formation de petits groupes. Cet ouvrage, qui regorge de principes bibliques et de conseils pratiques, s’avérera utile pour les pasteurs désireux de transformer leur assemblée en une communauté qui glorifie Dieu, qui édifie son peuple et qui attire ceux qui sont perdus.

9 Marks - Cruciforme. 245 pages.

N’est-ce pas extraordinaire ? Lorsque la communauté de l’Église est caractérisée à la fois par l’amplitude et la profondeur de ses relations (c.-à-d., qu’elle rassemble des personnes que rien ne rapproche, et qui n’ont pas juste appris à se tolérer, mais qui sont une vraie « famille » les uns pour les autres), cette unité est si improbable, si inattendue, si contraire à la façon d’opérer de notre monde que même les anges y prêtent attention !

Peut-on imaginer de plus glorieux appel que celui-là ? « La profondeur et l’amplitude surnaturelles de la communauté : voilà ce qui rend visible la gloire d’un Dieu invisible. C’est l’énoncé de mission ultime pour la communauté de l’Église d’Éphèse et celle de nos Églises d’aujourd’hui. Est-ce aussi la raison d’être de votre propre communauté d’Église ? » Loin d’être un petit ‘plus’ dans votre Église, la communauté est donc bien « un élément fondamental de son identité ».

Deux types de communauté

Mais de quel type de communauté parle-t-on ? Il y a, selon Mark Dever et Jamie Dunlop, une grande différence entre une communauté « Évangile plus » et une communauté « révélatrice de l’Évangile ». Dans le premier cas, la quasi-totalité des relations sont basées sur l’évangile, plus autre chose : les gens sont peut-être chrétiens, mais ce qui les unit c’est qu’ils ont d’autres points communs (mêmes intérêts, enfants du même âge, passion pour le même sport, etc.). Le problème avec ce type de communauté, c’est qu’il « manifeste peu la puissance de l’Évangile ». En effet, lorsque les chrétiens se rassemblent autour d’une chose autre que l’Évangile du Christ, ils créent une communauté qui existerait même si Dieu n’existait pas !

Ce n’est pas le cas d’une communauté « révélatrice de l’Évangile » : dans ce type d’Église, bon nombre de relations n’existent que grâce à la vérité et à la puissance de l’Évangile – soit à cause de la profondeur de l’amour fraternel qu’elles cultivent, soit parce que les gens en question n’ont pas grand-chose en commun hormis Christ. Lorsque des gens que rien ne rapproche vivent en communion, cela démontre la vérité de l’Évangile. Pour le dire autrement, lorsque la communauté de l’Église défie toute explication naturelle, cela confirme le pouvoir surnaturel de l’Évangile.

Affinités sociologiques et unité surnaturelle

Les auteurs concèdent : « Notre premier réflexe n’est pourtant pas de nous tourner vers ce type de communauté. Nous penchons plus vers la communauté ‘Évangile plus’, parce qu’elle semble bien fonctionner [et que nous sommes] attirés par ceux qui nous ressemblent. » Voilà pourquoi nous devons veiller à ne pas créer une communauté, mais à rechercher celle que Dieu donne.

Devrions-nous pour autant éviter ces relations où nous partageons Christ plus autre chose ? Non ! Nous avons tous des affinités sociologiques, nous gravitons naturellement vers ceux qui nous ressemblent, et il serait ridicule d’affirmer que tous les membres d’une même Église ne partagent rien en dehors de Christ. Mais la question est plutôt : Quel type de communauté cherchons-nous à cultiver ? Sachant notre propension à aller vers ceux qui nous ressemblent, comment pouvons-nous faire pour développer une communauté où ces points communs ne s’avèrent pas nécessaires, grâce au lien surnaturel que crée l’Évangile ?

Cultiver une communauté surnaturelle

« Cela peut sembler étrange au premier abord, » expliquent Mark Dever et Jamie Dunlop, « mais la meilleure manière de cultiver ce genre de communauté consiste à ne pas trop lui prêter attention… Dans un sens, cultiver une communauté [révélatrice de l’Évangile] dans notre Église locale est chose facile : lorsque l’on croit à l’Évangile, la communauté surnaturelle décrite dans le Nouveau Testament se forme et grandit. Le problème, c’est que nous sommes tellement impatients de voir cette œuvre essentielle de l’Esprit que nous la construisons de manière artificielle. »

Comment ? D’une part, au lieu d’encourager les nouveaux-venus à manifester la profondeur de leur engagement (en devenant membres, en se mettant au service des autres, etc.), nos Églises font tout pour qu’ils s’engagent le moins possible : « Asseyez-vous confortablement ! Vous n’avez rien à faire, on n’attend rien de vous ! » Et d’autre part, puisqu’il nous faut maintenant « fabriquer » l’engagement de ces nouveaux-venus, nous créons des ministères centrés sur les besoins sur les similarités des individus (groupes d’enfants, réseaux de jeunes professionnels, études bibliques pour célibataires, etc.) qui ne reflètent pas l’amplitude surnaturelle que Dieu veut voir dans son Église.

Risques pour l’évangélisation et le discipulat

Quels sont les risques si la communauté d’Église que nous cultivons n’est pas visiblement surnaturelle ? C’est notre évangélisation, premièrement, qui risque d’être compromise. Comme Jésus l’a dit, c’est à notre amour les uns pour les autres que le monde saura que nous sommes ses disciples (Jean 13.35). L’amour dont Jésus parle ici est un amour qui défie toute explication naturelle, motivé non par le fait que les autres sont facile à aimer, mais par le pardon que nous trouvons en Christ, à la croix. Lorsqu’une Église est « dans le monde », mais qu’elle ne rentre pas dans les « cases » du monde, à cause des relations empreintes de grâce et de pardon qui la caractérise, elle témoigne aux hommes de la puissance de l’Évangile. L’Église est le programme d’évangélisation de Dieu pour le monde… si tant est que sa vie de communauté défie toute explication naturelle !

Dans une communauté « révélatrice de l’Évangile », l’engagement les uns envers les autres dépend de l’amour sans faille de Jésus est si profond qu’il donne le courage et l’humilité nécessaires pour se dire la vérité dans l’amour (Éphésiens 4.15).

Deuxièmement, une communauté qui n’est pas manifestement surnaturelle compromet également le processus de discipulat. Dans une communauté de type « Évangile plus », les gens ont beaucoup de points communs et se sentent donc proches les uns des autres. Mais, leur engagement les uns envers les autres ne va pas forcément plus loin que les affinités naturelles qu’ils partagent. A l’inverse, dans une communauté « révélatrice de l’Évangile », l’engagement les uns envers les autres dépend de l’amour sans faille de Jésus ; il est donc beaucoup plus profond – si profond qu’il donne le courage et l’humilité nécessaires pour se dire la vérité dans l’amour (Éphésiens 4.15). S’il est possible d’avoir un engagement d’une telle profondeur dans un groupe basé sur des affinités naturelles, cela n’est pas garanti.

Lisez-le !

Le message de Mark Dever et Jamie Dunlop est à la fois glorieux et puissant : « Dieu a de grands plans pour la communauté de votre Église : c’est en elle et par elle qu’il désire protéger l’Évangile, transformer des vies et des communautés, et rayonner telle une lueur d’espoir auprès des inconvertis. » Si vous aimez Christ et son Église, leur livre ne pourra donc que vous enthousiasmer !

Leur thèse – selon laquelle l’évangile de Christ deviendra visible autour de nous et transformera des vies, dans la mesure où la communauté de l’Église est clairement surnaturelle – est exprimée clairement et défendue bibliquement. Et chaque chapitre du livre regorge de bons outils et d’idées pratiques pour nous aider à nourrir une telle communauté (large et profonde), qui manifeste la puissance de l’Évangile au monde.

Lisez-le. Laissez-vous convaincre par l’importance de la communauté. Et attendez-vous à ce que votre vision de l’Église s’élargisse !

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