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Introduction

Nous avons souvent du mal à comprendre la relation entre la loi et l’Évangile. Si le salut s’obtient par la grâce seulement, la loi sert-elle encore à quelque chose ?

La controverse de Marrow

Le terme « Marrow » fait référence au titre d’un ouvrage d’Edward Fisher, écrit en deux parties, 1645 et 1648, « The Marrrow of Modern Divinity » et à la controverse que ce livre a suscitée entre légalistes et antinomistes dans leur compréhension du statut de la loi.

Vers 1700, les anciens d’Auchterarder interdirent la diffusion et la lecture de ce livre, l’accusant d’encourager l’antinomisme (la loi est caduque) et de promouvoir une forme subtile de rédemption universelle.

Le Christ et ses bienfaits

La Rochelle. 288.

Depuis l’époque de l’Église primitive, les chrétiens ont du mal à comprendre correctement la relation entre la loi et l’Évangile. Si, comme le dit l’apôtre Paul, le salut s’obtient par grâce et que la loi ne peut sauver, quelle importance la loi a-t-elle pour les chrétiens aujourd’hui ?

En se penchant sur la Controverse du Marrow – un débat célèbre mais largement oublié du XVIIIe siècle sur la relation entre la grâce de Dieu et nos œuvres –, Sinclair B. Ferguson met en lumière cette question centrale et montre pourquoi elle est toujours d’actualité. Ce faisant, il explique comment notre compréhension de la relation entre la loi et l’Évangile détermine notre approche de l’évangélisation, notre recherche de la sanctification, et même notre compréhension de Dieu lui-même.

L’auteur nous montre que l’antidote aux poisons du légalisme et de l’antinomisme est le même : l’Évangile vivifiant de Jésus-Christ, en qui nous sommes simultanément justifiés par la foi, libérés pour pratiquer de bonnes œuvres et assurés du salut.

« Aussi fascinante que soit cette oeuvre pour son analyse historique, elle est encore plus importante en tant que guide biblique et théologique en ce qui a trait aux controverses encore actuelles entourant le légalisme, l’antinomisme et l’assurance du salut. Je suis reconnaissant à Sinclair Ferguson d’avoir travaillé sur un sujet si important en y appliquant toute son érudition et son amour pastoral. »
Kevin DeYoung, pasteur principal de la Christ Covenant Church, Matthews, Caroline du Nord

Sinclair Ferguson (Ph. D., université d’Aberdeen) est professeur de théologie systématique au Reformed Theological Seminary et ancien ministre principal de la First Presbyterian Church à Columbia, en Caroline du Sud.

La Rochelle. 288.

Mais Thomas Boston, pasteur dans une petite paroisse d’Écosse, avait réussi à lire « The Marrrow of Modern Divinity » et cet ouvrage avait profondément modifié sa prédication et sa pratique pastorale. Boston se débattait depuis longtemps avec le problème de la loi et de la grâce et il avait trouvé, dans ce livre, les réponses à ces questions.

Le débat est devenu polémique dès le 12 février 1717 où le même conseil d’Auchterarder tient sa réunion mensuelle. À l’ordre du jour, la confirmation d’un jeune candidat au titre de pasteur, Craig. Ce dernier a parcouru toutes les étapes, sauf une. Il doit répondre à cette question :

« Devons-nous renoncer au péché pour que notre venue à Christ scelle notre entrée dans l’alliance avec Dieu ? »

Craig répond oui, avant de se rétracter quelques jours plus tard, en disant non. Le conseil annule alors la licence de Craig, l’accusant d’avoir été influencé par « The Marrrow of Modern Divinity ». Saisie par cette affaire, l’assemblée générale de l’Église d’Écosse statue sur cette question en la qualifiant de « détestable et non doctrinale » et somme les anciens d’Auchterarder de restaurer sa licence.

Aujourd’hui, la controverse de Marrow n’est plus vraiment actuelle. Par contre, la discussion entre la loi et la grâce l’est toujours.

Sinclair B. Ferguson, dans « Le Christ et ses bienfaits« , a raison de reprendre cette vieille discussion, car cette dernière offre de précieuses pistes pour une foi ni légaliste, ni permissive, (antinomique), mais centrée sur l’Évangile.

La grâce est-elle absolue ou conditionnelle ?

C’est en substance à cette question que l’étudiant Craig avait dû répondre. En disant d’abord oui à la question des anciens d’Auchterarder, il affirmait par là que la grâce est conditionnée à la repentance. En corrigeant ensuite sa réponse par un non, Craig disait alors que la grâce est absolue.

Selon « Le Marrow » et par la suite Boston, il n’était pas correct de dire qu’un Homme doit d’abord renoncer au péché avant de bénéficier de l’accueil du Christ. La repentance est certes nécessaire, mais elle peut intervenir plus tard et en tout les cas, elle est toujours un fruit de la grâce. Une vraie repentance est produite par la puissance et l’action secrète du Saint-Esprit.  Elle n’est pas d’abord le fruit d’un effort humain. Elle n’est donc pas une condition de la grâce.

« Ce n’est ni la conviction de péché ni le renoncement au péché qui constituent le fondement de l’offre de l’Évangile. C’est Christ lui-même qui est le fondement, parce que lui seul peut sauver tous ceux qui viennent à lui. Il s’est offert sans condition. »  P. 48

Pour le Marrrow, la grâce précède la repentance et la repentance est une grâce. À l’inverse, si la repentance de l’Homme permet de recevoir la grâce, cette grâce n’est plus le reflet de l’amour inconditionnel de Dieu. Elle est un mérite. Il faut d’abord se repentir pour recevoir ensuite l’amour de Dieu.

Boston ne voulait pas croire que la grâce de Dieu fut conditionnelle, il disait :

« Je ne vous offre pas le Christ sur la base de votre repentance. En fait, je l’ai offert à des hommes et des femmes morts dans leurs fautes et leurs péchés. Cette offre de l’Évangile, c’est Jésus lui-même pour vous, qui que vous soyez et quel que soit votre statut. »  P. 53

Boston touchait une corde spirituelle sensible en affirmant que la repentance n’est pas une condition à remplir pour venir au Christ.

Il prêchait parfois sur le fils prodigue. Le fils envisage de revenir à la maison parce qu’il sait que ses besoins seront comblés. Il souhaite regagner la faveur de Dieu. « Je ne mérite plus d’être considéré comme ton fils. »  Alors qu’il approche de la maison, son père vole à sa rencontre. Le fils prodigue dit : « accepte-moi comme l’un de tes ouvriers »mais le père ne veut rien savoir d’une pénitence qui le réhabiliterait et le ferait rentrer en grâce. Le fils n’a pas besoin de se repentir pour être accepté.

Peut-on venir alors à Christ et continuer à pécher ?

La réponse à cette question dépendra de notre compréhension de l’Évangile, de la loi et de la grâce.

L’alliance de Dieu est un don

L’alliance que Dieu a faite avec nous est souveraine, inconditionnelle, éternelle. Elle est l’initiative de Dieu et elle est un don gratuit. « Je serai votre Dieu… c’est pourquoi vous serez mon peuple ».

Dieu n’a pas dit : « Je serai votre Dieu si vous vivez comme il convient à mon peuple »…Il s’agirait alors d’un contrat qui prendrait des formes conditionnelles.

Le légalisme commence à se manifester lorsque nous concevons cette alliance comme un contrat avec des conditions à remplir, et non comme les conséquences de son amour qui nous est offert gratuitement.

Quel est le rôle de la loi dans la vie chrétienne ?

La théologie du Marrow n’était pas antinomique. La loi est un guide précieux pour la vie chrétienne. Elle est sainte, juste et bonne, inspirée par Dieu. Le croyant de l’Ancien Testament jouissait de riches bénédictions dans le contexte du régime mosaïque.

Au Sinaï, la loi (cérémonielle et religieuse) a été donnée comme cadre aux relations entre Dieu et son peuple et entre individus au sein de la société (civile). La loi leur a été donnée 1) en tant que peuple sauvé d’Égypte, 2) pendant leur séjour en Terre promise, 3) en vue de la venue du Messie. Mais il y a une perspective biblique plus large, dont le Sinaï est en quelque sorte le point charnière. L’exode était en soi une restauration destinée à être vue dans la perspective d’une re-création. Le peuple était placé dans une sorte d’Éden – un pays où coulent le lait et le miel – où ils ont reçu, comme en Éden, les commandements destinés à régler leur vie pour la gloire de Dieu.  P. 144

Paul ne nie pas qu’il y ait une part de gloire divine dans la loi, aussi pour le croyant de la nouvelle alliance. Même si notre salut n’est pas établi sur l’observation de la loi, mais sur le sacrifice de Jésus. Si donc, la loi du Seigneur est bonne pour tous, nous devons faire tous nos efforts pour la suivre. Elle est un guide pour la vie chrétienne. Jésus lui-même affirme que notre amour s’exprime aussi au travers de l’obéissance aux commandements. Si je prétends aimer Jésus, alors, j’aime également ce que Lui aime, la loi de Dieu.

Ce serait une erreur d’opposer la loi à la grâce.

Quel est le rôle de la grâce dans la vie chrétienne ?

Au sens profond, la grâce nous amène à recevoir le pardon totalement gratuit de Dieu et à faire de Jésus-Christ nos délices. L’accueil inconditionnel de Dieu n’est pas lié à mon observation de la loi.

Peut-on concilier la loi et la grâce dans la vie chrétienne ?

La Bible ne prescrit jamais l’un comme un antidote à l’autre. La loi n’est pas disjointe de la personne du Christ qui nous fait grâce et donc, en Christ, nous ne sommes pas séparés de la loi. Cette loi est donc écrite dans nos cœurs et le St-Esprit nous rend progressivement capables de l’accomplir pour glorifier Dieu.

« Ce n’est que lorsque nous contemplons pleinement le visage du Christ que nous apprécions la clarté de la loi : lorsque nous le contemplons, nous voyons le visage de celui qui pouvait dire : Oh ! que j’aime ta Loi ! Je la médite tout le jour ».  P. 146

Comment guérir à la fois du légalisme et de l’antinomisme ?

Par une juste compréhension de l’Évangile. Il n’y a qu’un seul traitement véritable contre le légalisme – et c’est celui-là même que l’Évangile prescrit contre l’antinomisme : comprendre l’union avec Jésus-Christ lui-même et en faire ses délices. Cela nous conduira à un nouvel amour et une nouvelle obéissance à l’égard de Dieu et de sa loi.

« C’est la grâce et non la loi qui accomplit ce que la loi exige ; mais dans le même temps, la grâce accomplit précisément ce que la loi exige. »  P. 135

Conclusion

La grâce et la loi ne sont pas antithétiques : elles sont intimement liées. La foi est animée par l’amour et l’amour s’exprime dans l’obéissance à la loi. Autrement dit, la foi véritable se manifeste par une vie juste. Mais tout commence par un accueil inconditionnel de Dieu.

Les considérations évoquées dans le livre ont des conséquences non négligeables pour le ministère chrétien. Une mauvaise compréhension de l’Évangile aura forcément un effet sur l’esprit de tous.

« Une orthodoxie qui confesse et adopte une vision d’un Père céleste dont l’amour dépend (…) de notre repentance conduit inévitablement à une retenue dans la prédication de l’Évangile. Pourquoi ? Parce qu’elle conduit à une retenue dans le cœur du prédicateur qui correspond à la retenue qu’il voit dans le cœur de Dieu ». 

Quelle vision avons-nous de Dieu ?

Suis-je accepté(e) par Dieu tel(le) que je suis ?

Quelle est ma compréhension de la loi et de la grâce de Dieu ?

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