Les jeunes et leurs aînées – Prendre Tite au sérieux

by João Silas on Unsplash

Lettre de Kristie Anyabwile aux aînées de l’Église

Ma lettre commence par une histoire triste.

Les deux premières femmes âgées auxquelles j’avais demandé d’être mes mentors avaient refusé. J’étais effondrée. Je connaissais assez bien ces deux dames. Nous avions servi ensemble dans la même Église. Nous avions vécu la douce communion fraternelle des sœurs en Christ. Tout le monde les appelait «Tante Marie» et «Mama Gracie ». Vous pouvez les rencontrer en Tite 2 : 3-5 : des modèles de femmes respectueuses, tempérées, aimant leur mari et leurs enfants, etc. Bien des femmes apprenaient de leur façon de vivre. Elles apprenaient de leur attachement au Seigneur. Elles apprenaient de leur foi à toute épreuve. J’étais donc enthousiaste rien qu’à l’idée de passer du temps en tête-à-tête avec elles. Vous pensez peut-être: Si vous appreniez déjà d’elles, qu’est-ce que vous vouliez de plus ? J’étais chrétienne depuis quelques années seulement et je cherchais une dame plus âgée pour laquelle ma vie serait un livre ouvert. Quelqu’un qui me tienne par la main pour avancer dans la foi et dans mes rôles de jeune épouse et de maman. J’avais besoin d’une mère spirituelle. De quelqu’un qui m’enseignerait, qui m’apprendrait à vivre pour la gloire de Dieu, dans tous les domaines de ma vie.

C’est dans un restaurant du coin que j’ai fait ma première demande à Mama Gracie. Je savais très bien ce que je voulais manger, mais j’ai pris le temps de parcourir le menu. Nerveuse, je voulais gagner du temps pour prier : il fallait que le Seigneur me donne du courage et les mots appropriés. Je lui avais déjà demandé de me donner la sagesse nécessaire pour adresser ma requête convenablement. Je pensais vraiment que cette dame pouvait m’encourager dans ma foi de jeune chrétienne, et me former pour que je marche d’une manière digne du Seigneur.

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Hommes et femmes ont été créés à l’image de Dieu et sont destinés à le servir de tout leur être. La question devient cependant confuse lorsqu’il s’agit du rôle accordé aux femmes dans l’Église.

Ce recueil d’essais aide les femmes, mais aussi les responsables d’Église, à réfléchir sur la nature d’un ministère centré sur la Bible. Un ministère riche et varié, souvent négligé.

Les auteures explorent, entre autres, l’importance de l’étude de la Parole et du mentorat, l’enseignement biblique sur la sexualité ou encore le rôle des femmes dans l’Église et au foyer.

Un livre aux enseignements riches et pratiques. Une ressource incontournable pour toutes celles et ceux qui désirent renforcer la santé et la vitalité de l’Église locale.

J’ai fini par passer ma commande. J’ai posé le menu, j’ai pris une profonde inspiration et je me suis lancée :

— Mama Gracie, merci d’être venue prendre le petit-déjeuner avec moi. J’ai été tellement encouragée par votre foi, et j’ai tant appris de vous en vous voyant enseigner les tout-petits à l’école du dimanche, prendre soin de vos enfants et petits-enfants, et de votre mari. Vous avez été un modèle pour moi à bien des égards. Mais je sais que j’ai besoin d’en apprendre beaucoup plus. J’ai demandé au Seigneur de me donner un mentor. Je pense que le Seigneur m’a orientée vers vous : est-ce que vous seriez d’accord de me former, de m’aider à grandir dans ma marche avec lui ?

Silence. Pause gênante. Mama Gracie a pris une profonde inspiration et m’a répondu :

— Mon cœur (elle appelle tout le monde «mon cœur»), je suis honorée que tu me demandes cela, mais je dois te dire que ce n’est pas le bon moment. Mes petits-enfants m’occupent pas mal, et j’ai mon travail. (Pause.) Je ne pense pas avoir le temps en ce moment.

Embarrassée, peinée, mais cherchant à avoir l’air détachée et à lui éviter toute culpabilité, j’ai répondu :

— Ce n’est pas grave. Je comprends (en fait, pas du tout). Si votre emploi du temps vient à changer, tenez-moi au courant.

— Bien sûr, ma chérie ! (Elle appelle tout le monde « ma chérie»).

J’ai fini mon petit-déjeuner aussi vite que possible et je suis rentrée chez moi dans un torrent de larmes. J’ai alors fait une promesse à Dieu. Une promesse que, par sa grâce, j’ai tenue depuis plus de vingt ans. Je lui ai promis que si une dame de mon Église me demandait un jour d’être son mentor, je ne dirais jamais «non». Je trouverais du temps à lui consacrer pour la former. Que ce soit une fois par mois ou une fois par semaine, que ce soit pendant des semaines, des mois ou des années !

Des années plus tard, j’ai discuté avec Mama Gracie de la nécessité d’une formation de disciples pour les jeunes femmes. Elle est devenue très silencieuse, puis, après un moment de réflexion, elle m’a confié:

— Tu sais, je me souviens quand tu m’as demandé d’être ton mentor. Honnêtement, personne ne m’avait demandé cela auparavant et je ne savais pas comment réagir. Je n’étais pas trop occupée. En fait, j’avais peur. Je me croyais incapable de faire ce que tu attendais de moi. Mon cœur, je suis désolée pour la réponse que je t’ai donnée ce jour-là.

Cette conversation m’a laissée pensive et m’a poussé à beaucoup prier:

Comment encourager les femmes âgées à embrasser leur vocation de former les plus jeunes, selon les instructions de Tite 2 ?

Mais qui sont ces femmes âgées ? Il existe au moins trois définitions. Certains affirment que ce sont des femmes spirituellement matures. D’autres avancent que nous sommes toutes l’aînée d’une autre, et donc toutes des femmes «plus âgées» (qu’une autre) ! D’autres encore annoncent que ce sont des femmes d’un certain âge, mais se gardent bien de suggérer lequel !

Nous savons, d’après la Bible, que passé la cinquantaine, les Lévites changeaient de fonctions sacerdotales dans le tabernacle : ils passaient d’un travail manuel au soutien des jeunes hommes qui assumaient ces tâches quotidiennes (Nombres 8:25-26). Nous savons que Naomi était au moins assez âgée pour avoir des fils adultes (Ruth 1:1-4); elle avait, apparemment, passé l’âge de se remarier et d’avoir des enfants (Ruth 1 : 12) et d’accomplir des tâches physiques, puisque Ruth est allée seule glaner dans les champs de Boaz (Ruth 2 : 2). La Bible fait l’éloge des cheveux blancs et de la vieillesse (Proverbes 16 : 31 ; 20 : 29 ; Ésaïe 46 : 4). Élizabeth était âgée quand elle est devenue enceinte, mais elle a assumé le rôle d’encourager la jeune Marie (Luc 1 : 36, 39-45, 56). Nous savons aussi que les femmes ne pouvaient pas bénéficier du soutien de l’Église tant qu’elles n’avaient pas passé la soixantaine (1 Timothée 5 : 9-10).

Quelques conseils

Ces quelques passages m’amènent à adresser cette lettre aux femmes de foi expérimentées, qui ont dépassé l’âge normal de procréer, qui sont [admissibles] à la retraite et peuvent avoir plus de liberté pour soutenir et former les femmes plus jeunes. Je tiens à dire trois choses à ces femmes plus âgées :

  • Ne vous laissez pas décourager par des attentes trop élevé
  • Nous avons besoin de plus que de la formation pratique.
  • Prévoyez de recevoir davantage que ce que vous donnerez !

En m’adressant à vous, chère sœur aînée en Christ, je veux vous confirmer, tout d’abord, que nos attentes sont élevées. Je ne dis pas cela pour vous effrayer, mais pour vous permettre de comprendre que vous possédez la sagesse et l’expérience qui parleront directement aux besoins, aux souffrances et aux désirs des jeunes femmes. Les femmes plus âgées s’inquiètent souvent de ne pas être en mesure de répondre aux attentes des plus jeunes. Des attentes qui peuvent être irréalistes, non bibliques, inflexibles, égocentriques. Mais c’est précisément pour cette raison que nous avons besoin de vous ! Pour apprendre à enraciner nos amitiés, nos conseils, nos connaissances et notre féminité dans l’œuvre accomplie de Christ. Il a fait ce que nous n’aurions jamais pu faire par nous-mêmes. Impossible, par nos efforts, de gagner le moindre mérite à ses yeux ! Vous pouvez apporter un équilibre à nos attentes, nous orienter vers Christ et nous rappeler que notre espérance est en lui seul.

Nos attentes peuvent être déséquilibrées de quatre façons.

Quelques suggestions

Permettez-moi de suggérer comment vous pourriez nous aider à faire pencher la balance de l’autre côté.

  • Le besoin d’une figure maternelle. Que signifie « être une femme »? Notre environnement culturel a radicalement déformé la compréhension que nous en avons. Certaines d’entre nous en ont pris conscience. Elles n’ont pas bénéficié de l’influence spirituelle d’une mère attachée à Dieu. Elles n’ont jamais reçu de conseils pratiques sur la féminité. Enseignez-nous le pardon, la féminité selon la Bible et comment élever nos enfants.
  • Le besoin d’une théologienne à Certaines d’entre nous attendent qu’une femme plus âgée réponde à toutes leurs questions difficiles, qu’elle leur enseigne la théologie et soit leur dictionnaire biblique et leur concordance ambulante ! Apprenez-nous à chercher Dieu par nous-mêmes, et à sonder la parole de Dieu pour savoir comment nourrir notre foi et notre dépendance vis-à-vis de Christ.
  • Le besoin d’une conseillère bénévole, d’un Saint-Esprit commis d’Certaines d’entre nous voudraient disposer d’une femme plus âgée pour résoudre tous leurs problèmes. Celle-ci déverserait ses années d’expérience et de sagesse, et leur dirait comment réagir face à chaque obstacle. Apprenez-nous à considérer l’Esprit saint comme notre conseiller, à chercher Dieu dans la prière et dans sa Parole, afin de recevoir la sagesse pour traverser les difficultés de la vie.
  • Le besoin d’une amie. Certaines d’entre nous veulent juste une amie. Elles veulent quelqu’un avec qui papoter, cuisiner, faire les boutiques et passer du temps. Apprenez-nous qu’il est un ami plus attaché qu’un frère (ou qu’une sœur). Apprenez-nous comment nous divertir pour la gloire de Dieu, et comment vivre de manière pragmatique et sage dans un monde brisé par le péché.
    Sachez ensuite que notre besoin va au-delà d’une formation pratique. Voilà ce que, trop souvent, nous retirons de Tite 2 : 1-5 : des instructions très pratiques que le Seigneur donne aux pasteurs, lesquels instruisent les femmes âgées, qui se chargent à leur tour, de les transmettre aux plus jeunes. Notre conduite devant Dieu et les hommes compte beaucoup ; la façon dont les épouses et les mères prennent soin de leur mari et de leurs enfants est essentielle à l’amour, la joie et la paix partagées dans le foyer. Paul enseigne que la fidélité dans ces domaines d’ordre pratique rend la parole de Dieu attrayante et digne d’être honorée, et témoigne que la grâce de Dieu est à l’œuvre en nous, qui sommes sauvées par l’Évangile de Christ. Une dame âgée sage a dit :
    L’Évangile nous forme et nous appelle à vivre selon le but pour lequel nous avons été créées ; l’Évangile fournit le contexte dans lequel notre rôle d’aide prend tout son sens.

Mais ne nous préoccupons pas seulement des choses pratiques. Si nous nous focalisons sur nos rôles et notre comportement, nous passerons à côté du but rédempteur. Nos efforts ne seront pas enracinés dans l’Évangile. Notre caractère ne sera pas façonné par l’Esprit saint dans tous les domaines de notre vie. Et nous ternirons notre vocation de femmes rachetées par Dieu.

Grâce à Tite 2 : 3-5, nous reconnaissons que notre plus grand problème n’est pas de savoir, par exemple, si les femmes doivent travailler en dehors du foyer, mais si les femmes font preuve de sainteté dans leurs activités, chez elle comme ailleurs! Ce qui importe par-dessus tout, c’est que le fruit de l’Esprit soit manifesté : l’amour, la maîtrise de soi, la pureté, le zèle, la gentillesse, la soumission, le respect. Cet accent mis sur la sainteté, comme témoin du fruit de l’Esprit, permet à n’importe quelle femme, mariée ou célibataire, de donner et de recevoir cet enseignement et cette formation. Nous ne respectons pas le texte biblique si nous limitons ce passage à la vie de famille ! En Tite 2, il est aussi question de la sainteté qui fait honneur à l’Évangile.

Enfin, vous qui êtes plus âgées, attendez-vous à recevoir plus que ce vous donnerez. En tant que jeunes femmes, nous voulons apprendre de vous. Nous désirons que vous nous encouragiez, que vous nous formiez et que vous nous corrigiez (la plupart du temps ☺). Nous souhaitons grandir continuellement dans la foi. Cependant, j’aimerais vous inviter à être aussi attentives à ce que le Seigneur souhaite vous donner, à travers votre investissement dans nos vies. Je crois que, dans ce temps que vous passerez à nous encourager et à nous former, le Seigneur continuera à vous encourager et à vous former pour vivre pour sa gloire.

Au travers de ma petite expérience en mentorat auprès de dames plus jeunes que moi, le Seigneur m’a enseigné bon nombre de précieuses leçons. Je ne les aurais pas apprises en dehors de ces relations. Il m’arrive parfois de ne vraiment pas me sentir à la hauteur pour aider ces femmes. Mais le Seigneur me rappelle qu’effectivement je ne suis pas parfaite! Il m’encourage à permettre à des jeunes femmes de voir non seulement mes épreuves et mes péchés, mais aussi mes réactions. C’est grâce à ce type de vulnérabilité que j’apprends à faire de ma vie un livre ouvert aux femmes que j’instruis. J’apprends à faire confiance aux bons plans de Dieu pour mes luttes et à recevoir sa consolation: je peux alors, à mon tour, réconforter les autres.

Je songe souvent à la requête que j’avais adressée à ces femmes âgées, attachées au Seigneur. Si j’ai été déçue par leurs réponses négatives, cela n’a pas entaché l’image que j’avais de leur attachement à Dieu. Je reconnais que beaucoup de femmes âgées n’ont pas été formées à être des mères spirituelles, même si elles en éprouvaient le besoin et l’envie. Cette formation se fait en grande partie par les anciens et les pasteurs fidèles, dans leur enseignement régulier de la saine doctrine dans l’Église locale. Les femmes âgées devraient être davantage encouragées dans leurs assemblées, à partager à la génération suivante la sagesse qu’elles ont acquise au fil de leurs années de cheminement avec Christ. Quand ce partage n’existe pas, les aînées ont tout de même des choses à transmettre : même si elles n’ont pas toute la formation et les outils nécessaires, elles peuvent être observées et imitées par les plus jeunes ! Dieu a accompli son œuvre dans mon cœur à travers un « non ». Qu’il fasse son œuvre dans votre cœur pour que vous disiez « oui » !

Kristie

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