Le sujet du pardon – en tout cas le pardon accordé ou non – fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, et récemment avec ces paroles de la veuve de Charlie Kirk à propos de l’assassin de son mari « Ce jeune homme… je lui pardonne ».
Des mots qui ont suscité l’admiration tout autant que la critique, car ils font écho à notre profond désir de justice, notre aversion au mal, et simplement notre propre expérience de vie. Selon notre compréhension du pardon qu’une personne offensée accorde à son offenseur, une telle déclaration publique, précédée par bien d’autres dans l’histoire, provoque aujourd’hui des réactions polarisées.
Cette polarisation est soulevée dès l’introduction du livre de Tim Keller, Le pardon, où il évoque ce qu’il appelle « la disparition du pardon » (p.13). Dans son style inégalé que ses lecteurs habitués reconnaîtront, il dresse dans les premiers chapitres un portrait saisissant de la vision contemporaine du pardon : « il est important d’identifier les croyances et les postulats inhérents à notre culture […] (p.60) La lecture de ces premiers chapitres ainsi que le suivant sur l’histoire du pardon de l’Antiquité à nos jours peut être surprenante pour ceux qui s’attendent à une entrée en matière directe sur l’application du pardon biblique dans nos vies. Mais elle est loin d’être superflue ! Elle est concrète dès ces premières pages, et ancrée dans la Parole de Dieu qui, une fois encore, nous émerveille par son message si puissant.
Le pardon
Timothy Keller
Que signifie pardonner ? Comment trouver la force de le faire ? Est-ce toujours possible ? Comment concilier pardon et justice ? Faut-il pardonner si l’autre ne se repent pas ?
Cet ouvrage explore ces questions cruciales et explique pourquoi le pardon est essentiel. Il propose un guide pratique pour avancer sans sacrifier ni la justice ni son humanité, illustré par des exemples tirés du ministère pastoral et de la culture populaire.
L’enseignement biblique de Keller s’articule autour de la parabole du serviteur impitoyable dans Matthieu 18:21-35. C’est le fondement du modèle de pardon qu’il développe tout au long du livre. Mais en expliquant le contexte actuel ainsi que l’héritage du passé, Keller montre sans cesse que toute tentative de réponses aux questions de savoir quand et comment pardonner d’un point de vue purement humain finira par échouer. Il note que « trois dimensions fondamentales » doivent être présentes dans le pardon chrétien : la dimension verticale, qui est « le pardon de Dieu à notre égard », la dimension interne, qui est « notre pardon à quiconque nous a fait du tort », et la dimension horizontale, qui est « notre offre de réconciliation » (p. 34-35). Si l’une de ces dimensions fait défaut, le véritable pardon ne peut avoir lieu.
Une juste compréhension précède toujours une bonne mise en pratique, et la lecture de ce livre y contribue précieusement. Puisqu’il cite des exemples récents et notamment la question primordiale de la gestion des abus, les chapitres centraux du livre[1] qui s’y consacrent sont de ceux qu’on lit doucement, en s’arrêtant pour réfléchir et prendre des notes. Pour les personnes qui ont des difficultés à accepter la vision biblique du pardon à cause de leur vécu, ces pages seront bénéfiques. La plume de Keller est résolument pastorale, et s’il est clair sur la nécessité du pardon, il ne sous-estime pas le tort commis.
Nous sommes à l’ère où il paraît plus sage et vertueux de chercher la rupture que la réconciliation. Où le pardon est considéré comme une réponse trop simple, un moyen pour les offenseurs d’échapper à leurs responsabilités. Et cet ouvrage permet de clarifier ces points, si l’on est prêts à confronter ces idées bien ancrées et bien d’autres à la lumière de la révélation divine. Tim Keller était particulièrement brillant dans sa capacité à présenter les diverses philosophies et schémas de pensées de tout âge sans les ridiculiser ni les rendre simplistes. Et cet ouvrage en est un autre exemple. Le lecteur pourra alors bénéficier de sa réflexion qui n’a pour but au final que de rendre gloire à la puissance de Dieu et à son message renversant pour tous les domaines de notre vie.
Le pardon chrétien ne nuit jamais à la recherche de justice
Mais que ceux qui craignent que l’idée principale de l’auteur soit de pardonner sans s’attacher à la justice soient rassurés : Tim Keller explique au contraire « le pardon chrétien ne nuit jamais à la recherche de justice » (p.165) et rappelle la révolution qu’ont représentée les enseignements de Jésus sur l’amour envers son prochain qui ne passe pas sous silence le mal qui est commis.
C’est bel et bien parce que Jésus en est l’exemple suprême que nous pouvons prétendre vivre de manière pratique le pardon auquel il nous appelle. C’est là, explique Keller, que le pardon biblique tranche dans sa puissance, mais aussi son coût : « le pardon coûte toujours cher à celui qui l’accorde, mais les bénéfices de la relation et par le témoignage rendu à la puissance de l’Évangile dépassent largement la dépense […] le pardon est toujours une forme de souffrance volontaire qui engendre un bien supérieur. » (p.238)
Dans les derniers chapitres du livre, toujours à l’aide d’exemples concrets et d’enseignements bibliques, Keller développe ce qui est à la portée de tout ceux qui au bénéfice de l’Évangile de Jésus-Christ : le pardon que l’on reçoit de Dieu, celui que l’on accorde, et la possibilité de la réconciliation. La mise en pratique est présente jusque dans les pages annexes qui proposent des principes, textes bibliques et questions à se poser.
Que vous soyez en plein processus d’apprendre à pardonner, que vous enseigniez le pardon biblique ou que vous vous demandiez pourquoi notre culture a tant de mal à pardonner, ce livre est à lire absolument. Un ouvrage on ne peut plus complet, clair et sans concession !

