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Je ne suis pas dans le ministère depuis très longtemps, et la lecture du livre Sensing Jesus (Percevoir Jésus) de Zack Eswine a mis le doigt sur trois dangers dans lesquels je suis parfois (souvent !) tenté de tomber. 

Le ministère n’est pas facile, pour la simple et bonne raison que des personnes sont impliquées. Des personnes orgueilleuses, prétentieuses, mais aussi fragiles et brisées par le péché et la vie dans un monde déchu. Les pasteurs ne sont pas exclus. Nous le savons instinctivement. Cependant, nous nous attendons à ce que les pasteurs soient épargnés par ce désordre qui nous colle tous à la peau. Nous voulons être partout, tout faire et tout savoir. Nous suivons tellement cette tendance que nous oublions parfois notre humanité. La culture de la célébrité, le culte de la personne et le complexe du sauveur n’arrangent pas les choses. 

Tel un médecin expérimenté, Zack Eswine, lui-même pasteur, réalise le délicat diagnostic de cette fâcheuse tendance qu’il a observé dans sa vie. Et il veut nous aider à retrouver notre humanité. 

Il examine en premier lieu les trois dangers auxquels font particulièrement face les personnes engagées dans un ministère : le désir d’être en permanence disponible pour tous, de tout savoir sur tout et de régler tous les problèmes. Ces trois tentations proviennent d’un désir malsain d’usurper les attributs de Dieu. Le triste constat est que nous ne sommes jamais loin de Genèse 3. Basant sa méditation sur la tentation de Adam et Ève dans le jardin d’Eden, Eswine écrit que nous tombons tous dans le piège du serpent, celui de croire que nous pouvons être réellement comme Dieu (Genèse 3.5). Seul Dieu est omniprésent, mais nous agissons comme si nous l’étions, nous essayons d’être en permanence disponibles pour toutes les personnes oubliant parfois que notre temps et notre espace sont limités. Seul Dieu est omniscient, mais nous ne cessons pas d’offrir des réponses à toutes les questions qui nous sont posées, alors que la meilleure réponse est parfois un franc « je ne sais pas ». Seul Dieu est omnipotent, mais nous jouons aux apprentis-sorciers en essayant de réparer les vies des gens qui nous sont confiés sans même nous rendre compte que ce n’est pas le projet de Dieu. Et la technologie ne nous aide pas pour contrer ces tendances. 

Quel rôle avons-nous le plus souvent la tentation de jouer : le disponible en permanence pour tous, celui qui sait tout sur tout ou celui qui veut régler tous les problèmes ? Que disent les gens quand ils parlent de nous ? « Ah, on peut vraiment toujours compter sur lui, il est disponible 24/24h ! » ou « M. le Pasteur saura répondre à ta question, il est pointu sur beaucoup de sujets ! » ou « Compte sur lui pour t’aider, il est vraiment une épaule sur laquelle je peux m’appuyer ! » ? Qu’est-ce qui nous frustre le plus ? Le fait de ne pas savoir certaines choses, de ne pas pouvoir aider certaines personnes ou de ne pas pouvoir répondre à toutes les demandes de projet, de prédication ou d’engagement… ?

Honnêtement, en ce qui me concerne, Eswine frappe en plein dans le mille. 

Le pire est qu’aucune de ces tendances n’augmente ma joie, ma satisfaction et ma sainteté. Au contraire, bien souvent, elles me frustrent, me mettent mal à l’aise (surtout quand je dois me retirer d’un projet dans lequel j’étais engagé) et m’épuisent. 

C’est pourquoi nous avons besoin de nous réapproprier notre humanité. 

Pour cela, en deuxième lieu, Zack Eswine nous invite à laisser le Christ incarné redevenir notre mentor, lui, l’humain le plus parfait que la terre n'ait jamais connu. Réapprenons à vivre comme de vrais humains, à voir, à entendre, à sentir et à toucher comme Jésus. 

Les réalités spirituelles dépassent notre entendement. Si nous évaluons notre ministère uniquement sur la base de la taille de notre Église, le design de notre site Internet ou l’attractivité de nos activités, nous allons manquer de reconnaître ce que Dieu est en train de faire et tomber dans le piège de la popularité à tout prix. Eswine nous rappelle avec sagesse que, même si l’influence n’est pas une mauvaise chose en soi, notre Seigneur était reconnu pour son absence de désir de briller durant son ministère terrestre. Il aurait rendu fous les publicitaires de notre époque. À maintes reprises dans les Évangiles, il demande aux foules de rentrer chez elles, il se retire pour se reposer, passer du temps seul pour communier avec son Père ou avec des personnes loin d’être influentes (lépreux, malades, pauvres, etc. …). Encore une fois, l’influence n’est pas mauvaise en soi mais à la fin de la journée, le pasteur doit quand même aimer son prochain, sortir les poubelles et changer les couches de ses enfants. On n’échappe pas à la vie ordinaire. Il est bon de méditer sur l’humanité du Sauveur afin de nous réapproprier ces réalités.

Ce livre est une invitation à la réflexion sur ces dangers si proches de nous et sur les moyens de les éviter. Redécouvrons notre humanité en laissant Jésus nous enseigner comment vivre et comment prendre soin des gens qui nous sont confiés par la grâce de Dieu.

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