Vers de meilleures missions court-terme

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Il est facile d’être critique. Une fois j’écoutais un enseignant d’un pays d’Europe exposer, dans un séminaire américain, les méfaits des missions court-terme. C’était un exposé hautement critique (avec lequel j’étais largement d’accord), mais il ne donnait aucune direction pour déterminer ce qui était approprié pour des missions court-terme. Je ne pense pas qu’il réalisait qu’il participait effectivement à quelque chose que je classerais comme voyage missionnaire court-terme – une visite à temps plein, intensive, à une autre culture pour une période concentrée sur le ministère vocationnel.

Dans le premier article j’ai relevé quelques-uns des problèmes qui environnent cette entreprise. Je me propose maintenant de tracer une voie pour aller plus loin.

Changer le nom

Ceci peut n’être qu’une préférence personnelle, mais je pense qu’il serait utile de changer les termes de « missions court-terme » en « ministère court-terme. » Je crois que le titre de missionnaire devrait être réservé à ceux qui se consacrent à la vie dans une autre culture pour une durée supérieure à un an. Ainsi nous vivons tous en mission dans le contexte dans lequel Dieu nous a placés et quand nous laissons ce cadre pour une courte période afin de nous concentrer sur un temps particulier de ministère, nous participons à un ministère court-terme. Si nous allons servir dans une autre culture, nous devrions appeler cela « Ministère court-terme transculturel. »

Le ministère court-terme transculturel devrait être une extension du ministère local

Au risque de formuler une évidence, je dis que votre ministère court-terme devrait être une extension de votre ministère local. Si vous avez des milliers d’Hispaniques dans votre quartier, mais que vous ne vous occupez des Hispaniques que quand vous envoyez une équipe court-terme au Mexique, votre mission locale souffre d’une lacune. Près de mon église se trouve une forte concentration de Musulmans de Somalie. Avant que notre église envisage d’envoyer une équipe court-terme en Somalie pour y atteindre les Musulmans, elle devrait d’abord considérer la question de servir et atteindre les voisins que Dieu nous a amenés. Cela ressemble à la La Grande Mission à l’envers. Le ministère local et le ministère court-terme transculturel ne devraient pas être en concurrence ; mais, bien plutôt, les deux devraient faire partie de la vision de votre église.

Demandez aux missionnaires

Pour vous garder de faire du mal (sans en avoir l’intention), demandez directement aux missionnaires que soutient votre église et faites-leur confiance pour voir s’ils auraient besoin qu’une équipe vienne pour les aider. Ces missionnaires peuvent aussi vous donner un utile retour qui proviendra de leur expérience et de leur compréhension. Assurez-vous seulement qu’ils se sentent bien libres de dire « non » et de dicter les détails du voyage, comme par exemple le nombre de personnes qui viendront. Je connais un missionnaire qui demanda huit personnes et auquel l’église répondit en lui en envoyant plus de 100. Il nous faut écouter! Quelques uns des meilleurs voyages court-terme impliquent seulement deux ou trois amis-clefs envoyés par l’église pour visiter un missionnaire dans un endroit difficile. Si votre église ne soutient pas de missionnaire long-terme, je suggérerais qu’elle commence par le faire avant de considérer l’idée d’un ministère court-terme transculturel.

Concentrez-vous sur des partenariats à long-terme avec des églises locales

Le pas suivant est de travailler premièrement au travers des églises locales avec une vision à long terme. Quand votre équipe de ministère court-terme quitte un endroit particulier, les Chrétiens vont encore vivre et travailler là où vous êtes allés en visite. Votre désir devrait être de servir à la demande et sous la direction des conducteurs de l’église locale. Votre disposition d’esprit devrait être celle de quelqu’un qui apprend, avec l’humilité de prendre vos repères auprès des conducteurs locaux. Vous devez faire très attention, spécialement quand il s’agit d’argent. Mais si vous pouvez établir un niveau de confiance, les voyages les plus efficaces seront des extensions du ministère de l’autre église. Cela pourra conduire à envoyer moins d’équipiers, mais avoir pour résultat un ministère plus efficace. Par exemple, une église d’Inde a un orphelinat, une école de formation pastorale et une expérience d’implantation d’églises dans des villages non-atteints. Elle n’a pas besoin d’équipes de gens pour faire des projets qu’elle sait déjà conduire. Elle a besoin de fonds. Je suis familier de ce ministère, et le pasteur qui le conduit est un bon ami. De petites équipes sont allées en voyage là-bas pour évaluer ces besoins. Avec l’aide de quelques églises et organisations qui ont fourni les fonds indispensables, ils ont maintenant de quoi héberger les enfants (que le ministère en Inde a construit avec de la main d’œuvre locale employée par l’église), un endroit pour former leurs pasteurs et un programme de soutien pour aider un pasteur formé à implanter une église dans des endroits non-atteints. Si vous vous demandez comment vous pourriez soutenir des pasteurs de manière à ne pas les amener à une dépendance malsaine, lisez ces articles bien utiles. Ainsi au lieu de dépenser 30000 $ pour 10 personnes qui vont construire et peindre des bâtiments, nous dépensons un tiers de cet argent pour explorer un partenariat à long terme et le reste pour fournir du travail aux Indiens et un soutien à long terme pour le ministère. Si un scenario similaire se présentait dans des régions d’Afrique, je serais beaucoup plus prudent. Mais dans cette situation très spécifique, un partenariat à long terme garantit aux deux parties un bénéfice mutuel dans des directions qui, je crois, honorent Dieu et l’évangile.

Cessez les secours d’urgence quand c’est le moment

Un des problèmes avec les missions court-terme est que nous sommes coincés dans les œuvres de secours d’urgence. Nous peignons et bâtissons des maisons, portons des bébés et donnons des cadeaux. Nous faisons cela parce que presque tout le monde dans les églises peut être impliqué. Ce type de travail fait que chacun se sent bien, mais que parfois cela blesse les gens. Le secours d’urgence est approprié pour de courtes périodes, mais si vous voulez vous impliquer dans le soulagement de la pauvreté physique et utiliser cette plateforme pour partager l’évangile et soulager la pauvreté spirituelle, vous devez vous diriger vers le travail de développement. C’est plus difficile, cela prend plus de temps, mais c’est certainement une meilleure forme de ministère de miséricorde et de justice.

Préparez-vous réellement

Vous pouvez épargner à vous-mêmes et aux autres une certaine quantité de peines si votre équipe a un dirigeant capable qui peut vraiment former ceux qui sont envoyés par votre église. Si le premier but de votre voyage est de changer les gens que vous envoyez, je pense qu’il vaut mieux rester à la maison. Notez bien – j’ai dit premier ! Toute la vie est un appel à faire des disciples et cela inclut les gens de votre église. Les envoyer vers une autre culture peut certainement être une partie du processus de discipulat (cela peut au moins l’être en Occident). Dans mon église locale il est prévu une mise à part d’un an pour faire partie d’une équipe de ministère court-terme. Cette année inclut une partie de préparation et de prière avant le départ ainsi qu’un suivi à la fin du voyage. Chaque membre de l’équipe doit avoir un certain niveau de compétence quand on en vient à la compréhension de ce qu’est le ministère transculturel. L’église aussi évalue chaque réalisation après coup de sorte que s’ils se rendent compte qu’ils font quelque chose que l’église locale qu’ils visitent fait déjà ou peut faire, ils cessent les envois d’équipes.

Évaluez votre voyage au moyen de la grille des ressources d’aide

Il existe un bon nombre de ressources très utiles pour vous aider à concevoir un voyage court-terme. Je vous en donne deux ici afin que vous puissiez poursuivre votre propre recherche.

Critères d’excellence pour la mission court-terme

  1. Être centré sur Dieu.
  2. Un partenariat qui autonomise.
  3. Un projet mutualisé.
  4. Une administration qui prend tout en considération.
  5. Une direction qualifiée.
  6. Une préparation appropriée.
  7. Un suivi soigneux.

Une charité toxique

  1. Ne jamais faire pour les pauvres ce qu’ils ont (ou pourraient avoir) la capacité de faire pour eux-mêmes.
  2. Limitez les dons à sens unique aux seules situations d’urgence.
  3. Efforcez-vous de rendre les pauvres autonomes par la création d’emplois, le crédit et l’investissement, n’utilisant les subventions que parcimonieusement et pour renforcer ce qui a déjà été fait.
  4. Subordonnez vos intérêts personnels aux besoins de ceux que vous devez servir.
  5. Écoutez avec soin ceux qui cherchent à aider, écoutez spécialement ce qui n’est pas dit – les sentiments non-exprimés peuvent contenir des pistes pour un service efficace.
  6. Par-dessus tout, ne faites pas de mal.

Un mot pour les pasteurs

Bon nombre de participants à des ministères court-terme obtiennent leur soutien, par leur propre recherche, de la part de personnes qui sont en-dehors de leur église locale. Aussi le seul moyen de canaliser la générosité dans la bonne direction est, pour les pasteurs, de parler de cela du haut de la chaire. Pasteurs – dans votre application de l’Écriture pour ce qui relève du discipulat, des missions, des enjeux en termes de miséricorde et de justice, de l’évangélisation et de l’argent, parlez à votre congrégation des missions court-terme. Conduisez vos anciens et les gens que le Seigneur vous a confiés. S’il vous plaît impliquez-vous dans le secours d’urgence pour la famine théologique. L’ organisation pour laquelle je travaille est constamment à la recherche de pasteurs que nous pourrons former et envoyer pour préparer, partout sur la terre, des pasteurs qui n’ont que peu ou pas d’accès à la formation théologique.

Un mot de conclusion pour tous

Il existe une tendance dans les cercles que je fréquente à vouloir tout remettre bien droit, à discuter chaque scenario, à examiner tout piège possible et, dans notre préparation à faire passer toute personne par un processus qui fait penser à un camp d’entraînement. Mais la beauté du ministère de l’évangile c’est que Dieu n’est pas menotté par notre folie. Il continue d’accomplir ses projets parmi les nations. Face à tout mal que nous pourrions causer, Dieu en utilise d’autres que nous pour réaliser de grands progrès pour l’évangile. Aussi devenez un Chrétien global réfléchi. Pensez de manière critique à l’engagement transculturel. Plaidez coupables si vous faites du mal à l’église dans d’autres cultures. Mais sachez que, à la fin, Dieu est toujours sur son trône et son œuvre sera accomplie.

Ressources complémentaires

Livres sur les missions court-terme :

Serving with Eyes Wide Open (Servir avec les yeux grand ouverts) par David Livermore

Teaching Cross-Culturally: An Incarnational Model for Learning and Teaching (Enseigner de manière trans-culturelle : un modèle incarnationnel pour apprendre et enseigner) parSherwood et Judith Ligenfelter

Leading Cross-Culturally (Diriger de manière transculturelle) par Sherwood Lingenfelter

Leading Across Cultures: Effective Ministry and Mission in the Global Church (Diriger au travers des cultures : un ministère et une mission efficaces dans l’église globale) par Jim Plueddemann

Reaching and Teaching: A Call to Great Commission Obedience (Atteindre et enseigner : un appel à obéir à la Grande Mission) par David Sills

Effective Engagement in Short-Term Missions: Doing It Right! (Un engagement efficace dans la mission court-terme : le faire bien!) édité par Robert Priest

Short-Term Mission: An Ethnography of Christian Travel Narrative and Experience (La mission court-terme : une ethnographie de la narration et de l’expérience du voyage chrétien) par Brian Howell (à paraître)

Des livres relatifs aux enjeux économiques et aux missions :

Toxic Charity (Charité toxique) par Robert Lupton

When Helping Hurts (Quand l’aide fait du mal) par Brian Fikkert et Steve Corbet

Dead Aid (Aide mortelle) par Dambisa Moyo (lisez la critiquepar Michael Gerson)

Money, Greed, and God (L’argent, la cupidité et Dieu) par Jay Richards

Articles et documents:

Une philosophie des missions court-terme à l’église Cornerstone, écrit par Preston Sprinkle, professeur à Eternity Bible College

Le tourisme de la pauvreté peut nous rendre tellement reconnaissants par Kent Annan

Robert J. Priest et Joseph Paul Priest, “They See Everything, and Understand Nothing: Short Term Mission and Service Learning,” (« Ils voient tout et ne comprennent rien : mission court-terme et apprentissage du service ») Missiology 34 (2006).

Robert J. Priest, et al., “Researching the Short-Term Mission Movement,” (« Recherches sur le mouvement de la mission court-terme ») Missiology  34 (2006).

 

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