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Le petit garçon s’élance sur la petite route, qui va, où ?

La famille est arrivée depuis peu, en vacances, dans ce hameau perdu de Lozère. Le chien de la ferme les a suivis. un bon chien de chasse, qui vous regarde en souriant. Très vite, une complicité s’est créée entre lui et l’enfant. Le chien est parti en avant. L’enfant court après lui. Le soleil chauffe. Les papillons volent. Plein de papillons, multicolores. Ce pourrait être : la route aux papillons.

Dans un fouillis de branchages, une ancienne maison de pierres, là, à droite, fermée sur elle-même, mystérieuse. La propriétaire du gîte, son bâton toujours en main, a parlé d’une vieille folle, une ancienne institutrice. Elle en a parlé sans compassion. Le mari, lui, à l’écart, garde un visage fermé, et ne parle pas. Pays qui était de silence. Mais l’absence de mots peut aussi recouvrir la violence.

Ah ! la vie d’autrefois … Le temps où ces maisons, si loin de tout, vivaient pourtant, de leur vie pleine. On faisait son pain, toujours béni, avant la cuisson, par une croix tracée dessus, au couteau. On faisait son jardin. On faisait sa charcuterie. On donnait à l’un, à l’autre, qui vous donnait aussi, en échange. On était loin les uns des autres, en ces pays de pierres et de vent, mais on était aussi proche, parce que, peu nombreux, on se connaissait les uns les autres. On se critiquait, aussi.

« Baptiste ! Ne pars pas trop loin … » Baptiste aime les chemins nouveaux, les oiseaux, les chiens. Il est tout léger. Petites jambes fines comme des allumettes, et cheveux coupés au bol. Mais Baptiste a l’œil et l’intelligence à vif.

« Maman, regarde ! »

Du doigt, pointé vers le ciel, il montre une buse, qui tourne, en planant, et pousse son cri aigu, plaintif. Et les petites jambes repartent. Et les papillons volent. Et les paroles circulent entre les parents. C’est le temps de la vacance intérieure, de la disponibilité les uns aux autres.

« Je ne vois plus Baptiste ! dit la mère. Viens, il faut le rattraper … »

La route est sans danger, mais il passe parfois d’étranges idées par la tête de cet enfant. Les parents courent, en riant.

La route avance.

L’enfant est là.

Le chien a descendu le talus. Il s’élance dans le pré. Il débusque un lapin. Une petite bête brune, qui tente de lui échapper. En vain.

Le chien plante ses crocs dans sa proie et la secoue. Elle couine.

L’enfant, tétanisé, crie : « Non ! » Et il tombe, replié, comme une boule, close sur elle-même, dans le refus de continuer à voir.

Les parents regardent le chien, qui continue à maltraiter sa victime.

Les parents regardent leur enfant, qui ne veut plus voir.

 

Ésaïe 11 : 6 :

            « Le loup séjournera avec l’agneau

            Et la panthère se couchera avec le chevreau

            Le veau, le lionceau et le bétail qu’on engraisse seront ensemble

            Et un petit garçon les conduira »

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