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Prenez garde à ce « boniment chrétien » qui vous incite à rejoindre le Marketing de réseau

Je suis doué pour éviter les spécialistes du marketing, en particulier ceux qui portent un porte-bloc et vous guettent à l’entrée du supermarché, mais il y a un type de recruteurs que je n’arrive pas à éviter : les chrétiens dans le Marketing de réseau (MDR). Maîtres des conversations amicales, ils nous ont abordés, ma femme et moi, avec un discours commercial dans des lieux parfois inhabituels : cafés, marchés de producteurs, lors du déjeuner après le culte, et même lors de la coordination d’un événement de sensibilisation avec une organisation à but non lucratif.

Le recrutement fait partie intégrante du marketing de réseau. Les membres existants doivent constituer une grande équipe (appelée « downline-ligne descendante ») car leur salaire provient des gains collectifs. Le recrutement n’est pas intrinsèquement mauvais et la vente est une profession respectable lorsqu’elle est pratiquée dans l’intégrité. Mais les chrétiens doivent être prudents et réfléchis dans tout ce qu’ils font.

Le recrutement n’est pas intrinsèquement mauvais et la vente est une profession respectable lorsqu’elle est pratiquée dans l’intégrité. Mais les chrétiens doivent être prudents et réfléchis dans tout ce qu’ils font.

Marketing de réseau dans l’Église

Ce qui me préoccupe, c’est la façon dont les chrétiens du marketing de réseau se servent parfois du langage biblique pour justifier des idées et des méthodes douteuses. Ils utilisent souvent un verbiage qui présente le marketing de réseau comme non seulement admissible au sein de l’Église, mais bénéfique.

Colossiens 2. 8 met en garde contre les philosophies creuses qui se font passer pour saintes. Comme l’écrit Randy Alcorn : « Souvent, les appels à la chair les plus efficaces sont faits sous l’apparence de l’Esprit. »

Comme pour tester un billet de 100 dollars, toute philosophie doit être soumise à la lumière (les Écritures). Examinons quelques points de discussion clés utilisés pour propager le marketing de réseau au sein de l’Église, en analysant la validité (ou l’invalidité) de ces idées.

1) Bien aimer sa famille.

Un ami qui essayait de me recruter dans ce marketing de réseau a présenté cette image poignante : imaginez être un mari qui donne à sa femme le meilleur de son attention (plutôt que les restes épuisés après le travail) et un père qui dépose son enfant le premier jour de maternelle, (plutôt que de manquer les moments clés de la vie de son enfant). Il a ensuite expliqué comment la prospérité financière et les horaires flexibles qu’offre le marketing de réseau pouvaient me transformer en ce genre d’homme.

Problème : L’idée selon laquelle les horaires de travail traditionnels nuisent à la santé des familles est réductrice. Si tout le monde croyait cela, nous n’aurions pas d’enseignants, de caissiers, d’ouvriers du bâtiment, d’épiciers et tous les autres (soi-disant) tristes idiots coincés dans la roue de hamster de « l’Homme. » Le phénomène de bourreau de travail est un problème, mais la réponse est l’équilibre, non pas le repli. Dieu invite beaucoup d’entre nous à travailler selon des horaires normaux, à rentrer fatigués à la maison et à dépendre de sa force pour bien servir nos familles. Ce n’est pas facile, mais c’est possible.

2) Plus d’argent signifie plus de mission.

Mon ami a par ailleurs expliqué que cette opportunité était l’équivalent d’un emploi à 200 000 dollars par an (bien que les faits contredisent cette affirmation). Il a esquissé un plan hypothétique pour mon avenir : travailler dur maintenant, accumuler une richesse importante, prendre sa retraite au bout de la trentaine, puis consacrer le reste de sa vie au ministère à plein temps sans peser financièrement sur l’Église.

Problème : Il est sage de se préparer financièrement pour l’avenir, mais nous ne sommes pas sûrs du lendemain, il est donc insensé de retarder l’obéissance aujourd’hui pour une quelconque raison, et dans n’importe quelle mesure (Jacques 4. 13-17 ; Proverbes 23. 4–5). Pour de nombreux chrétiens, le marché laïc est leur champ de mission, ce qui signifie que la retraite anticipée entraverait leur témoignage au lieu de le faire progresser.

Tout aussi problématique est la formule que le marketing de réseau prescrit à tous les participants : richesse + croyant = générosité accrue. Cette formule, bien que parfois vraie, ignore les avertissements explicites de l’Écriture concernant la tendance du cœur à mal gérer l’argent (Deutéronome 8. 10-18 ; Matthieu 13. 22 ; Luc 18 18-25 ; 1 Timothée 6. 10). Certains chrétiens sont destinés à être riches et d’une générosité extravagante, mais la miséricorde de Dieu accordée à beaucoup consiste à vivre simplement. Quelques textes probants sur les bienfaits d’une richesse extravagante ne suffisent pas à en écarter les dangers.

3) Vous avez besoin d’un objectif, d’une mission et d’un sens.

Les chrétiens du marketing de réseau se présentent souvent comme des coachs de vie qui auraient « résolu » les crises existentielles de la vie, comme suit : La plupart des gens ne savent pas qui ils veulent devenir, ni comment ils y parviendront. C’est ce que je ressentais aussi, jusqu’à ce que je prenne mon destin en main. Êtes-vous malheureux, sans objectif, insatisfait ? Le marketing de réseau peut vous aider.

Problème : Un lieu de travail, une équipe ou une décision professionnelle peuvent-ils donner un sens à la vie ? Oui, en quelque sorte. Mais la valeur, l’identité et l’objectif que le Christ nous accorde, surpassent toute autre identité et mission. L’histoire prouve l’amnésie du peuple de Dieu, qui échange régulièrement la montagne de l’identité donnée par Dieu contre la taupinière du succès mondain, mais cela exige que nous révisions notre identité évangélique, et non pas que nous la remplacions.

4) Vous avez besoin de meilleurs mentors.

La plupart des spécialistes du marketing de réseau font l’éloge de leurs « mentors » (généralement un couple marié aux réalisations financières impressionnantes), puis vous offrent l’accès à ces gourous si vous franchissez les étapes requises.

Problème : Tirer profit de l’accès au mentor est une forme de manipulation. Je connais des pasteurs dont les congrégations dépassent les 10 000 personnes et qui pourraient s’isoler au nom de la suffisance, mais qui, et c’est tout à leur honneur, sont prêts à organiser une réunion avec n’importe qui. La participation régulière dans une église locale, où la sagesse se diffuse à travers la liturgie et la vie, est accessible à tous. Mes meilleurs mentors ont été des membres âgés de l’église dont la sagesse est davantage définie par la persévérance que par leur portefeuille financier.

5) Le recrutement crée des relations.

Les communautés du marketing de réseau se positionnent comme étant l’antithèse du lieu de travail froid et déconnecté, elles se présentent plutôt comme une famille. Un participant m’a dit en larmes qu’il avait baptisé quelqu’un qu’il avait recruté. Le marketing de réseau, dit-on, est plus qu’un travail ; c’est une communauté chaleureuse et une plate-forme pour la formation de disciples.

Problème : Il n’est pas nécessaire d’être un sociologue de haut vol pour constater que le recrutement brûle autant (ou plus) de relations qu’il n’en construit. Pour que le marketing de réseau soit rentable, un recrutement acharné est nécessaire et l’Église, étant composée de personnes rationnellement liées, est le réseau rêvé. Mais à quel prix ? Lorsqu’une invitation à prendre un café se transforme malencontreusement en recrutement, il est frustrant et blessant de réaliser qu’il y avait un autre objectif derrière. La frontière entre les relations et les revenus ne doit pas être floue. Les motivations sont aussi fluctuantes que le cœur humain. (Jérémie 17. 9). Un véritable discipulat ne peut avoir lieu que lorsqu’on n’a pas le lien qui consiste à devoir rendre systématiquement la pareille. (voir Luc 14. 14).

Charité et Clarté

Il est vrai que j’ai dépeint le tableau assez grossièrement. Lorsque je rencontre des spécialistes chrétiens du marketing de réseau (ou devrais-je dire lorsqu’ils viennent à ma rencontre), j’essaie d’aborder chaque participant avec sollicitude, il y a en effet des exceptions aux tendances gênantes que j’ai décrites précédemment. Je suis convaincu que certains croyants mènent leurs affaires avec soin et intégrité.

Pour que le marketing de réseau soit rentable, un recrutement agressif est nécessaire et l’Église, étant composée de personnes rationnellement liées, est le réseau rêvé. Mais à quel prix ?

Compte tenu de la prévalence du marketing de réseau dans l’Église, cependant, j’encourage les anciens et les pasteurs à être clairs auprès de leurs fidèles sur quel type de recrutement (le cas échéant) est admissible au sein de l’Église. Il est probablement bon de le formuler par écrit. Une fois les attentes solidifiées, il est plus facile d’évaluer la maturité des personnes impliquées dans le marketing de réseau en fonction de leur volonté de se soumettre aux anciens et de respecter les valeurs de la communauté.

Les spécialistes du marketing de réseau peuvent être prompts à atteler leur cheval au chariot du christianisme, mais la sagesse veut que l’on fasse une pause, que l’on ait des conversations honnêtes, et que l’on détermine si l’on va tous deux dans la même direction.

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