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Quand avez-vous pour la dernière fois pleuré sur votre péché, médité sur l’état pitoyable de votre cœur et pris le temps de confesser vos péchés avec crainte au Dieu trois fois saint ? La question peut paraître un peu « cash »… mais force est de constater que nous avons souvent bien du mal à vivre la repentance et la confession des péchés. Et puis, notre insistance (à juste titre !) sur la justification et l’œuvre parfaite de Christ à la croix peut nous amener à penser qu’il n’est finalement pas nécessaire de mettre un trop grand accent sur ces pratiques. On y voit presque une sorte d’autoflagellation malvenue…

Un recueil de méditations stimulantes

Dans ce contexte, la toute récente réédition des « Chrétiennes méditations » de Théodore de Bèze (Calvin éditions, 2021), grâce au travail de Caleb Abraham et Arthur Laisis, nous fait du bien et nous stimule. Ce Réformateur important (mais trop méconnu aujourd’hui) a publié en 1581 des méditations d’une grande profondeur sur les sept Psaumes dits « pénitentiels » ainsi que sur le Psaume 1. Ces Psaumes remarquables constituent des réflexions intenses et riches en émotions de la du part psalmiste au sujet de son péché et de ses implications sur sa relation avec Dieu. Théodore de Bèze parvient admirablement à nous prendre avec lui dans ses méditations, pour que nous puissions nous approprier ces cris du cœur du psalmiste repentant. On peut en retirer aussi une passionnante « théologie de la repentance ».

De l’amour du péché et l’amour de la loi de Dieu

Qu’étions-nous avant que Dieu se révèle à nous ? La méditation du réformateur sur le Psaume 1 décrit cet état pathétique de l’Homme dominé par le péché, marchant sur un chemin qui le mène toujours plus loin de Dieu : « On y aime son malheur, et on y hait son bien ; le plus laid y semble le plus beau, le plus dommageable profitable, le plus amer le plus doux ». Et « quand ma conscience me réprimandait, je cherchais toutes sortes de moyens de me faire croire que le vice était vertu ».  Mais, ô grâce infinie, Dieu nous a fait changer de chemin, sur lequel nous marchons maintenant en aimant cette loi de Dieu que nous haïssions et en portant du fruit : « Alors, Seigneur, étant complètement changé, je ne prendrai point ta Parole pour acquise, mais j’y prendrai tout mon plaisir ; je mangerai, dis-je, d’appétit de cette viande vivifiante ; je la savourerai, je la digérerai et je ne m’en exaspérerai jamais ».

Arrosés du sang de Christ

Mais comment est-ce possible d’avoir été ainsi transformés ? La méditation du Psaume 32 révèle l’importance que revêt, pour Théodore de Bèze, la doctrine de la justification. « Mais d’où vient ce pardon ? De toi-même, Seigneur, et de ta pure bonté. Et comment ? En m’acquittant de mes transgressions, en couvrant mes péchés en ne tenant point compte de mon iniquité ». Et d’ajouter : « Les souffrances du Juste des Justes ont tout payé ». Dieu est ainsi le recréateur : « Celui qui a tiré tout de rien, peut-il être empêché de refaire son ouvrage ? Celui qui des ténèbres a fait sortir la lumière, ne saurait-il point ramener de la mort à la vie ? ». Pour le réformateur, David lui-même anticipait donc cette nécessité d’être « arrosé de ce vrai sang de Christ qui se répandra en son temps pour le nettoyage de toutes iniquités ».

« Malheur à moi, je suis misérable ! »

Hélas, constate Théodore de Bèze, même justifié, le chrétien retombe facilement dans le péché. « En quelles ténèbres ai-je converti cette lumière ? », gémit le réformateur, s’identifiant à la confession de David dans le Psaume 51. « J’ai tout gâté, j’ai tout détruit et ruiné ». Que faire alors ? Qu’est-ce que Dieu attend de ceux qui, justifiés par la grâce, retombent dans le péché ? Un constat, tout d’abord : le péché fait souffrir. Extraits choisis, tirés de plusieurs Psaumes : « Malheur à moi, qui suis plus que misérable, assailli, pressé, outré de toutes parts, navré mortellement par ma conscience, percé de part en part par le sentiment d’infinis forfaits ; il ne me reste plus que le profond abîme du désespoir ». « Mais voilà, ô mon Dieu, je ne veux point raidir le col, je ploie et le corps et le cœur sous ta forte main, me traînant de la sorte, cramé et cuit que je suis de tristesse et langueur ».

Que faire donc, alors que le poids de la mauvaise conscience accable et que le psalmiste sent cette main de Dieu peser sur lui ? Impossible de se cacher de Dieu… Impossible de se taire. Il faut venir à lui, plutôt que s’enfuir. « Ne fais pas comme Adam, qui s’enfuit devant la face de celui qui l’avait offensé ; le malade doit-il fuir le médecin ? ». Il faut venir à lui, dans l’humilité et la repentance : « Créature de l’homme, voici ta créature du tout défigurée. Amateur de l’homme, voici celui qui a conspiré contre toi avec ton ennemi ». « Ce que je t’offre, c’est un esprit totalement abattu par le sentiment de ses fautes, un cœur contrit, comme broyé et moulu par l’appréhension de tes justes jugements ».

S’approcher de Dieu et de son courroux de Père

Théodore de Bèze nous appelle à nous approcher de Dieu en étant animés à la fois de crainte et de confiance : « O Seigneur, permets que, moi qui suis poussière et cendre, je ne sois pas enhardi en toi, mais assuré sur toi. Eternel, j’ai appris en ta maison, et par toi, et en moi-même de ta grâce, que tu as un courroux de père très doux et une colère de juge très sévère. Je suis digne de celle-ci, que je supplie de détourner de moi, car elle détruit. Je ne refuse point le premier, car il édifie, d’autant que tu châties celui que tu aimes ». Notre assurance se trouve, là encore, dans l’œuvre de Jésus-Christ, s’exclame le réformateur : « Il a donné son fils pour toi, et il te rejettera ? Penses-tu que Jésus-Christ, qui t’a chèrement racheté, veuille te perdre ? ».

« Il faut que je sois frotté et refrotté »

Ce pardon, acquis une fois pour toutes à la croix, doit cependant nous être appliqué constamment, et l’Esprit doit nous laver en profondeur : « Mes ordures et pollutions sont si vilaines, si puantes, si ancrées en moi jusqu’en l’âme de mon âme, que bien que d’un seul mot tu puisses toutes choses, je me persuade néanmoins que la parole seule ne suffira pas pour que cette tache, touchée pour un temps, s’en aille, tant est grande ma rébellion. Mais il faut que je sois frotté et refrotté, lavé et relavé, avant que je me puisse trouver nettoyé d’une telle et si enracinée pollution ».

Enfin le vrai repos de la conscience !

Que se passe-t-il lorsque l’on a confessé ainsi ses péchés à Dieu ? On retrouve la paix : « Viens donc, entre, mais le cœur abattu et la tête baissée, et tu sentiras tout ton tourment s’évanouir, toute angoisse s’enfuir aussi loin de toi qu’elles t’avaient saisi de près. Au lieu de cette misère, tu recevras cette vraie paix que le monde ne peut ni donner ni ôter, et ce vrai repos de conscience, ancre et gage de la félicité éternelle qui s’ensuivra ». L’espérance n’est pas absente des « Chrétiennes méditations », et Théodore de Bèze a la certitude que « le royaume céleste m’est acquis », que Dieu le soutiendra « et qu’à travers toutes les tempêtes, par lesquelles il te plaît que je passe pour manifester ta bonté et ta puissance en la conservation des tiens, j’arriverai en ce domicile éternel ». Voilà donc l’assurance et l’espérance du pécheur pardonné par Christ ! Voilà la paix et la joie de celui qui, se repentant sincèrement de ses péchés tout au long de son pèlerinage terrestre, voit les douleurs causées par sa faute s’évanouir et retrouver la joie de la communion avec son Père.

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