Il n’y avait aucun pauvre parmi eux !

par Leroy Skalstad de Pixabay

De tout temps, l’être humain s’est révolté quand il a perçu des injustices autour de lui. Le mouvement des gilets jaunes (en France) et la grève des femmes (en Suisse) en sont deux exemples actuels frappants. Que pense la Bible de tout cela ? Le livre d’Amos nous montre un prophète « rugir » au nom de Dieu, en raison de nombreux péchés d’Israël, en particulier les injustices sociales. Dieu est assurément favorable à la justice. Mais à quel type de justice ? Et avec quelles motivations ?

Amos s’adresse au peuple de Dieu, Israël. Nous allons donc réfléchir dans cet article à la manière dont Dieu envisage la pratique de la justice au sein de son peuple actuellement, l’Église. Nos églises sont-elles des lieux où « le droit coule comme de l’eau et la justice comme un torrent intarissable » (Amos 5,24), ou des lieux où nous changeons le droit en absinthe (Amos 5,7) ? Dans un deuxième article, nous réfléchirons à la pratique de la justice dans le monde qui nous entoure, avec cette thématique importante de la « justice sociale ».

Le fondement de notre justice : la justice de Dieu

Pourquoi le peuple de Dieu doit-il pratiquer la justice ? La réponse est simple : parce que Dieu est juste ! « Car moi, l’Éternel, j’aime la justice. Je hais la rapine avec l’iniquité » (Esaïe 61,8). Les nombreuses lois du Pentateuque appelant à la justice, au respect des pauvres, à la bienveillance envers les veuves et les orphelins, s’ancrent dans la personne même de Dieu : il est juste. Respecter les pauvres et les faibles devait être une marque de fabrique du peuple de Dieu. A contrario, mépriser les pauvres révèle que la véritable religion a été abandonnée (Esaïe 58,6-7).

L’Église a cette même vocation de pratiquer la justice. Et elle doit le faire avec une saine motivation : en ayant comme objectif de plaire au Dieu juste, pas de défendre des objectifs personnels ; en ayant comme but de se soumettre aux exigences de la loi de Dieu, pas de se battre pour des lois purement humaines. Par ailleurs, le peuple de la nouvelle alliance se sait justifié par Jésus-Christ : grâce à Jésus le juste, le Dieu juste nous a rendus justes… alors pratiquons la justice !

Jésus-Christ a élevé les exigences de la loi

Du temps d’Amos, Israël avait oublié toutes ces lois, et le prophète tape du poing sur la table. Qu’en est-il de l’Église ? Jésus-Christ, loin d’annuler ces lois et ces appels à la justice, a élevé encore les exigences de la loi. Amos disait surtout : « Ne faites pas le mal ! ». Jésus dit surtout : « Faites le bien ! ». Ce que commande Christ se situe à l’extrême opposé de ce qui se pratiquait du temps d’Amos.

En Israël, les pauvres étaient réduits en esclavage (Amos 2,6 et Amos 8,6). La loi de Jésus-Christ nous appelle à amener activement nos frères et sœurs à la vraie liberté. Un frère est financièrement esclave de ses dettes : va-t-on l’aider à s’en sortir ? Un autre est esclave d’une addiction ou d’un péché : l’accompagnera-t-on pour l’amener à la véritable liberté ?

Chercher à relever les faibles et préméditer le bien

En Israël, le but des riches était d’enfoncer toujours plus les pauvres : « Ils convoitent jusqu’à la poussière de la terre qui est sur les indigents » (Amos 2,7). Le prophète compare les femmes riches à des « vaches de Basan », occupées à brouter leur luxe, à ruminer leur confort, au détriment des pauvres, outrageusement exploités.

La loi de Jésus-Christ nous appelle à relever les faibles. Si un frère va mal, que ce soit financièrement, physiquement, moralement ou spirituellement, notre rôle est de l’aider à sortir la tête hors de l’eau. Nous répondons : « C’est évident ! ». Mais dans les faits, notre attitude, notre froideur, nos regards de jugement, nos paroles cassantes ou notre méfiance ne contribuent-ils pas à enfoncer encore plus ceux qui sont déjà au plus bas ?

En Israël, l’injustice était préméditée et institutionnalisée : on se réjouissait que le sabbat soit passé pour pouvoir encore et encore opprimer les plus faibles (Amos 8,4-6). Mais la loi de Jésus-Christ nous appelle à préméditer le bien, à élaborer des plans pleins de compassion pour réfléchir à la manière de nous sacrifier pour nos frères et sœurs.

Si l’amour fait défaut, la véritable justice est impossible

La compassion et l’amour : voilà ce qu’Israël avait oublié, alors que la loi était pourtant claire : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel » (Lévitique 19,18). Jésus-Christ a confirmé cet enseignement, allant jusqu’à dire que nous devions adopter cet état d’esprit… même en faveur de nos ennemis (Matthieu 5,43-48). Y a-t-il dans l’église des gens qui nous rebutent, avec qui nous avons peu d’affinités ? L’église est une famille. Nos yeux et notre cœur devraient être ouverts pour discerner qui sont les faibles, ceux qui souffrent, ceux qui sont seuls, et réfléchir à la manière de les aider activement.

Selon la Bible, agir ainsi n’est pas une option. Dieu attend de nous que nous soyons justes, et cette pratique de la justice se manifeste nécessairement par l’amour. Si l’amour fait défaut, la véritable justice est impossible. La justice biblique n’est donc pas une justice motivée par un esprit revendicateur en colère, elle n’est pas non plus motivée par la défense de motifs égoïstes : la justice biblique est altruiste, généreuse et pleine de compassion.

Doit-on partager tous nos biens ?

Qu’ont fait les premiers chrétiens ? Ils ont partagé leurs biens : « Il n’y avait parmi eux aucun indigent. Tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu et le déposaient aux pieds des apôtres. Et l’on distribuait à chacun selon qu’il en avait besoin »(Actes 4,34-35). Le but de cet récit n’est pas de nous dire : « Vendez tout et partagez-le entre vous », mais : « Il ne devrait y avoir aucun pauvre parmi vous, dans l’Église ». Aucune personne mise de côté, laissée dans sa misère physique, sociale, financière ou spirituelle. Tertullien raconte comment, au deuxième siècle dans les églises d’Afrique du Nord, chacun versait une contribution mensuelle pour nourrir et ensevelir les pauvres, secourir les orphelins et les personnes âgées, soutenir les chrétiens emprisonnés ou naufragés : « Tout sert à l’usage commun parmi nous, excepté nos épouses ».

Pas de favoritisme dans l’église

Il y avait un autre problème au temps d’Amos : l’injustice du système judiciaire. Les juges, corrompus, rendaient leurs jugements pour favoriser les riches au détriment des plus faibles (Amos 2,7 ; Amos 5,10-13). Nos églises sont-elles habitées par la justice ? Lorsque Jacques écrit son épître, les choses ne vont pas de soi dans l’église primitive : « Mes frères, ne mêlez pas à des considérations de personnes votre foi en notre Seigneur de gloire, Jésus-Christ » (Jacques 2,1). « N’êtes-vous pas des juges aux pensées mauvaises ? » (Jacques 2,4). Une église ressemble à l’Israël du temps d’Amos si elle est remplie de chrétiens qui favorisent les relations avec ceux qui leur apportent le plus d’avantages, qui se désintéressent de ceux qui sont « différents », qui se dénigrent, qui s’évitent. Alors, nos églises sont-elles réellement des lieux où règnent la justice et l’amour ? Que Dieu nous aide à remplir cette vocation de peuple de Dieu.

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