L’exclusivisme ou l’unité de la foi – Un seul Dieu, une seule vérité (2)

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Discours prononcé à Paris en 1849 par Adolphe MONOD pasteur de l’Eglise réformée à Paris (partie 2)

Un seul Dieu, une seule vérité

Cet exclusivisme date de plus loin. Ni les docteurs qui ont rendu témoignage à la vérité, ni les communautés fidèles qui ont souffert la persécution pour l’Evangile, ni les pères et les martyrs des premiers siècles, n’ont jamais parlé de Jésus-Christ, de son incarnation et de sa mort expiatoire que comme des choses aussi certaines que nécessaires à croire… Le vieux monde païen n’aurait vu dans la foi chrétienne, sans son exclusivisme, qu’un nom de plus à enregistrer dans les froides annales de sa tolérance, et une niche de plus à pratiquer dans son superbe Panthéon… Ce que l’on ne pouvait pardonner au Christianisme, c’est qu’il s’imposait à tous les peuples comme la seule religion véritable et universelle. Chose étrange ! C’est au nom de la tolérance illimitée que l’on exerçait contre les chrétiens les persécutions les plus cruelles.

Cet exclusivisme... on l’avait appris de la Parole de Dieu. L’Ecriture tout entière n’a été donnée que pour proclamer la vérité ; non une vérité, mais la vérité, une, absolue, immuable, comme le Dieu dont elle émane. Ne me répondez pas que Jésus-Christ, Fils de Dieu, que ses apôtres, organes du Saint-Esprit, ont eu un droit d’affirmation que nous n’avons pas : seuls, ils proclament la vérité avec l’autorité de Dieu, sans danger d’erreur ; mais une fois proclamée par eux, cette vérité n’est pas moins certaine et ne doit pas être moins ferme dans notre bouche que dans la leur.

Or, qui de plus exclusif que notre apôtre ? Autant il se montre large dans les choses secondaires, pour lesquelles il suffit « que chacun soit pleinement persuadé dans son esprit » (Ro 14.10), autant on le trouve intraitable sur les choses essentielles, où il n’admet ni ménagement, ni concession… L’Evangile qu’il a publié est le seul Evangile, et il n’hésite pas à prononcer anathème, par deux fois, contre quiconque en apporterait un autre,« fût-ce même un ange du ciel »(Ga 1.8-9)… On accordera probablement cela pour saint-Paul ; mais on se dira tout bas peut-être que saint-Paul est le plus dogmatique des apôtres, et qu’il pourrait bien l’avoir été à l’excès. Mais saint-Paul n’est pas plus exclusif que ne le sont ses compagnons d’apostolat. Ce n’est pas saint-Paul, c’est saint-Pierre qui dit : « Il n’y a point de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point sous le ciel d’autre nom qui soit donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés » (Ac 4.12). Ce n’est pas saint-Paul, c’est saint-Jean, l’apôtre de l’amour, qui dit :« Quiconque ne demeure point dans la doctrine de Jésus-Christ n’a point Dieu… Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez point dans votre maison… afin de ne pas participer à ses mauvaises oeuvres » (2 Jn 9-11).

Nous venons de le voir, l’église fidèle de tous les temps a été exclusive dans la profession de la foi. Mais pourquoi ? Un fait si constant doit avoir sa cause permanente. Or, cette cause, la voici : c’est que cet exclusivismeest inséparable de la foi, et que la largeur qu’on y voudrait substituer serait la consécration du doute et de l’indifférentisme… Une doctrine qui n’a rien d’exclusif, c’est donc une doctrine qui, ne niant rien nettement, n’affirme rien fortement. A ces traits, reconnaissez-vous la foi ? « La foi est une assurance des choses espérées, et une démonstration des choses non vues »  (Hé 11.1). Sur le seul témoignage de Dieu qui a parlé, elle attend, sans avoir reçu, ce qui est promis ; elle admet, sans avoir vu, ce qui est révélé. Car elle se tient plus garantie par ce témoignage qu’elle ne pourrait l’être par celui des sens. Les sens peuvent tromper, Dieu seul ne trompe jamais.

A suivre.

(Texte légèrement abrégé par Ch. Nicolas)


L’exclusivisme ou l’unité de la foi

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