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« Non ! Je veux pas ces céréales ! Je veux celles avec le petit singe ! »

Maman accepte. Les enfants sont grognons. On les a réveillés tôt. Jour de départ : il faut quitter cette vieille maison de pierres, en Auvergne, avec le grand jardin, où ils ont été si heureux. Quitter est difficile …

« Allez dans le jardin maintenant. Vous mettez une veste.

  • Est-ce qu’on part bientôt ?
  • Non, pas tout de suite, dit papa. Avec maman, on doit d’abord finir de nettoyer et charger la voiture. »

La petite bande piaille et s’ébroue, comme des moineaux.

Au camping, ils préfèrent la location de maisons. De vraies maisons. Celles qui ont une âme, et qui les relient au passé.

L’Auvergne est loin de chez eux. Ils n’ont pu accéder à ce lieu perdu, au milieu de rien, que par de petites routes sinueuses. Mais que de beautés se sont offertes à eux ! Des prés ouverts, tellement verts, où les chiens de ferme couraient en liberté, avec les enfants. Ces chemins ardus, montant vers les sommets sous le ciel vaste où, dans le nu du paysage, une croix, parfois, porte le témoignage de la foi chrétienne. Ils ont imaginé les bergers, perdus dans leurs cabanes de pierres et le silence.

Belles vacances, de pierres et de soleil, où leur âme a pu se dilater dans la contemplation de la beauté du monde.

« Il est quelle heure ?

  • Neuf heures et demie.
  • On avait dit dix heures, n’est-ce pas ? Il faut se dépêcher. »

Ranger par-ci, nettoyer par-là. Ils se font toujours un point d’honneur à restituer la location au propriétaire dans un parfait état.

Elle arrive. C’est une femme assez corpulente, déjà âgée. Sans beauté. Cheveux coupés trop courts. Visage ingrat. Les dents gâtées. Elle parle peu. Elle ne sourit pas. La vie semble avoir appuyé trop fort sur son dos.

Elle passe, d’une pièce à l’autre, met son nez partout, à un point tel que le couple se regarde, étonné. Quelle méfiance ! Ils ne disent rien. Ils la suivent. Mais jusqu’où ira-t-elle ?

La voilà qui descend l’escalier de la cave, étroit et sombre. Elle remonte avec le seau de pinces à linge. Elle s’assoit à la table de la cuisine et, à leur sous leurs yeux béants, elle se met à compter, une à une, les pinces à linge.

Compter les pinces à linge ! Jamais cela ne leur serait venu à l’idée. 

Matthieu 26 :  11 :
Jésus dit : « Vous avez toujours les pauvres avec vous. »

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