Le travail : bénédiction ou malédiction ? (2)

Depuis la chute, et malgré notre conversion, notre travail est entaché par la pénibilité et la vanité.

Pourtant, le travail demeure une institution divine par laquelle Dieu nous a appelés à collaborer avec lui.

Comment par notre travail participons-nous au projet divin du renouvellement de toutes choses ? 

Jésus sauve ! Et non seulement il sauve la vie intérieure de nos cœurs, mais aussi la vie extérieure de notre travail. L'Évangile vise nos cœurs qui sont au centre de son attention, mais la circonférence s'élargit à toute dimension de notre existence, y compris à notre travail.1

Suite à notre premier article, nous proposons brièvement 4 axes dans lesquels notre travail est participation au projet de Dieu.

1. Le travail pour adorer

Dans le Nouveau Testament, cela est manifeste à plusieurs reprises : 

  • Romains 12.1 : notre vie doit être un culte à Dieu, ce qui inclut donc le travail,
  • Ephésiens 6.5-72 ; Tite 2.9 : plus qu’un patron terrestre que nous servons par notre travail, c’est Dieu lui-même que nous servons, même quand le patron terrestre peut être difficile. En fait, notre patron ne possède qu’une autorité déléguée (cf. Romains 13.1) dans son domaine d’action.

Ces quelques textes nous montrent que notre travail n’est rapporté en premier lieu ni à nous-même, ni au patron, ni à une cause quelconque. Avant tout, notre travail concerne Dieu. C’est lui que nous honorons par notre honnêteté, notre sérieux, notre excellence et nos qualités humaines au sein de notre travail.

2. Le travail pour bénir

Lorsque nous lisons les lois de la communauté d’Israël, nous sommes marqués par le fait qu’elles visent à prendre soin du prochain. Nous observons notamment cela dans les recommandations sur la gestion de son bœuf et des précautions à prendre si l’on creuse une citerne (cf. Exode 21). De même, lors de la moisson, le rendement absolu ne devait pas être recherché afin de prendre soin des démunis du peuple en leur donnant l’occasion de glaner et ainsi de travailler dignement pour vivre, en reflétant ainsi l’image du Dieu qui travaille (cf. Lévitique 19.9-10, 23.22). Il y a une responsabilité réciproque, pour le bien de la communauté humaine.

Dans le NT, Paul demande aux chrétiens de travailler pour subvenir aux besoins des nécessiteux (Ephésiens 4.28), tout en interdisant l’oisiveté et l’abus de la bonté des autres (1 Thessaloniciens 4.11-12 ; 2 Thessaloniciens 3.10-13).

Robert Sommerville écrit que « le service est le mot-clé de la conception biblique du travail ; il lui donne sa valeur et son sens… Aucune tâche ne peut être méprisée dès lors qu’elle a valeur de service puisqu'elle est, par là-même, une expression de l'amour du prochain. » Il poursuit en écrivant « seul celui qui saura voir dans son travail un service des hommes et de Dieu sera libre de la tentation d'en faire une idole. »3

3. Le travail pour témoigner

Lorsque Paul écrit aux esclaves chrétiens, il leur fixe l’objectif de manifester Dieu aux non-chrétiens (Ephésiens 6.5-8 ; Colossiens 3.22-25 ; 1 Timothée 6.1 ; Tite 2.9-10, 3.1-8).  Il applique ce même objectifs aux femmes quant à leurs activités (Tite 2.3-5) ainsi qu’à tous les hommes (Tite 2.6-8). 

Pierre étend ce principe à tous les croyants et à toutes leurs activités. Même face à des maîtres durs et pénibles, il va jusqu’à dire que souffrir à cause d’eux est une grâce de Dieu (1 Pierre 2.11-25).

C’est ainsi que les travailleurs chrétiens non seulement gagneront le droit de parler mais en plus ils susciteront des questions qui leur permettront d’expliquer leur foi (1 Pierre 3.15-16 ; Ephésiens 3.10).

D’après les apôtres, le but du travail n’est pas simplement de gagner notre pain, mais c’est d’être des témoins de Dieu là où nous vivons, par l’activité que nous occupons, devant les personnes que nous côtoyons. Notre travail est notre champ de mission !

4. Le travail pour être transformé

Nous avons vu que le travail se doit d’être un acte d’adoration, faisant parti du culte que nous rendons à Dieu par notre vie entière. En tant que tel, il me confronte à mon idolâtrie, à mon orgueil, à mon manque d’amour pour mon prochain et à toutes autres sortes de péchés. De Coninck nous pousse à être réaliste en écrivant : 

Le travail, l'action ou le militantisme sont des épreuves de réalité (des moments où nous nous heurtons aux autres, au réel et à ses limites), qui nous font avancer mais qui nous ramènent, également, sur terre. Ce sont des écoles d'humilité, de patience mais aussi d'espérance. Alors, ne disons pas d'emblée que tout est facile.4

Le travail agit ainsi comme un révélateur. Il interdit la suffisance d’une spiritualité du dimanche pour apprendre à faire de toute notre vie ce culte logique, raisonnable, qui est agréable à Dieu. Et Dieu s’en sert pour nous transformer et développer en nous le fruit de son Esprit (cf. Galates 5.22).

Grande est la tentation de s’installer dans une vie à deux faces opposées : la face du dimanche matin et autres rassemblements chrétiens versus la face de la semaine en lien avec nos autres occupations et nos autres relations. Pourtant, Jésus est venu briser la barrière qui séparait le profane du sacré, faisant de toute notre vie, 7 jours sur 7, un culte pour lui, travail compris.

D’où la nécessité de repenser notre travail, avec ses défis et ses peines, en termes du renouvellement de toutes choses que Dieu est en train d’accomplir par Jésus, en faisant de nous ses collaborateurs, pour sa gloire et notre bien.


1-  Patterson B., Servir Dieu par notre travail et dans la louange, Vida, Nîmes, 2000, p. 37

2-  Ce texte traite des relations au sein de la maison, entre maître et esclaves. Dans la relation différente employeur/employés, le principe de tout faire comme pour Dieu demeure.

3-  Sommerville R. cité par Kuen A., Le sens de notre travail, Emmaüs, Saint Légier, 2010, p. 39

4- De Coninck F., Agir, travailler, militer, Une théologie de l’action, Excelsis, Charols, 2006, p.22-23

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