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Comme bien souvent, c’est dans un moment anodin de notre journée, en marchant le long de la rivière près de chez nous, qu’une conversation étonnante s’est amorcée avec l’un de mes enfants.

« Maman, j’ai tous les jours peur de quelque chose, et je ne sais pas quoi faire. » D’emblée, mon cœur de mère se serre et j’ai envie de trouver des mots rassurants qui chasseront ces émotions négatives. Mais je me reprends et me prêche à moi-même que ce n’est pas ce dont mon enfant a besoin. Ces émotions s’estomperont peut-être pour un temps, mais seront de retour à la prochaine occasion où mon enfant se sentira menacée par une situation ou une autre.

Depuis cette conversation, le virus a fait irruption dans nos vies quotidiennes. La nouvelle de la fermeture de toutes les écoles en France a chargé l’ambiance chez nous de différentes réactions plus ou moins fortes, entre joie et interrogations. La crainte est aussi évoquée, même à demi-mot. Comment ne pas ressentir que cette décision inédite, née d’une volonté de protéger la population de quelque chose de mauvais, est synonyme de peur ? Comment vais-je pouvoir saisir cette occasion particulière pour aider mon enfant craintive à se confier au Seigneur, et à lui enseigner Sa Parole ?

 

1. Je ne vais pas lui dire que tout ira bien

Lorsque mon enfant exprime ses peurs, je sais que ma responsabilité est de ne pas entretenir cette peur. Mais je ne veux pas la nier non plus. Je veux prendre mon enfant au sérieux et ne pas minimiser ce qu’elle ressent ni promettre des choses qui ne sont pas vraies. Je souhaite tant qu’elle comprenne qu’il s’agit en fait d’une réaction humaine (et dans certaines circonstances, nécessaire !) L’inconnu, l’incompréhensible suscitent de la peur, et peuvent déclencher si besoin une réaction de mise en sécurité. Je ne vais pas m’attendre à ce qu’elle n’ait pas peur si elle se retrouve face à un ours… et je vais espérer que l’adrénaline lui donnera des ailes pour s’enfuir.

Dans les circonstances actuelles, nous ne pouvons que constater que nous ne maîtrisons pas les évènements et attendons toujours d’en savoir plus pour ajuster notre quotidien et nos habitudes. Mais s’il existe des circonstances que je maîtrise plus que la propagation du coronavirus, elles ne me permettent pas pour autant de lui assurer que tout ira bien. Comment lui montrer qu’il faut se confier en Christ si je lui dis que rien ne lui arrivera jamais ?

Lui dire « ne crains pas » sera donc la conclusion d’un parcours emprunté ensemble, qui ne passera pas par la case « rien ne pourra t’arriver ». Nous prendrons le temps en revanche de parler de la présence de Dieu qui est certaine. Il rappelle sans cesse à son peuple que s’il n’a pas à craindre, c’est parce qu’Il est avec eux (És 41.10 par exemple).

 

2. Je ne vais pas me demander s’il existe des passages de la Bible pour cette situation, je vais choisir parmi tous les passages bibliques ceux qui vont l’exhorter

Comment la Bible parle-t-elle de la crainte ? Naturellement, mes pensées vont vers des passages qui nous exhortent à ne pas avoir peur. Ils nous confirment d’ailleurs que cette émotion est une réalité pour tous, quels que soient les âges. Mais en les lisant de plus près, on voit que la peur n’est pas l’objet de ces versets.

L’un des passages les plus connu est probablement celui dans Philippiens 4. Un passage situé dans une épître si encourageante, joyeuse, alors que son auteur, Paul, se trouve en prison et connaît privations et menaces. Peut-être le connaissez-vous par cœur.

« Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, dans une attitude de reconnaissance. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce que l’on peut comprendre, gardera votre cœur et vos pensées en Jésus-Christ. » (Ph 4.6,7)

Central à ces versets se trouve la forte exhortation à prier en étant reconnaissant. Ces prières ne vont pas juste être le résultat d’une bonne vie de piété. J’ai besoin de me souvenir de l’impact qu’elles ont. Elles vont changer mes émotions et mes pensées. « Et la paix de Dieu… » (italiques ajoutés)

La paix ressentie dans la difficulté sera le fruit de nos prières. Voilà ce que je veux montrer à mes enfants : nous vivrons la paix lorsque nous prions, et nous ne nous découragerons pas lorsque nous aurons de la peine à nous sentir en paix. Si mon enfant est facilement anxieuse, qu’ai-je de mieux à lui proposer que de toujours prier lorsque la peur monte ?

Ces versets nous rappellent que la paix, ce n’est pas l’absence totale de crainte, mais le résultat de notre démarche d’aller vers Dieu, qui régnera sur ce qui se passe dans nos cœurs et nos pensées. Celles-ci vont si vite, et si loin. Si les écoles sont fermées, c’est parce que c’est dangereux. Si on limite la propagation, c’est que c’est grave. Si c’est grave, je devrais avoir peur pour moi-même et mes proches. Si les écoles sont fermées, comment continuer les apprentissages ? (cette dernière question étant certainement plus une crainte des parents !)

Tant d’autres passages nous disent de ne pas nous inquiéter et nous confier en Dieu. Si mon enfant a besoin de l’entendre tous les jours, je veux tenir ferme dans cette disposition et lui rappeler sans cesse la vérité dont elle a besoin : nous pouvons parler de nos craintes à Dieu qui nous donnera ce dont nous avons besoin pour les surmonter en lui faisant confiance. La paix qu’il nous fait connaître est aussi le fruit de notre confiance en lui. Il ne perd jamais le contrôle, et utilise toutes circonstances, comme notre réaction de craintes face à l’inconnu, pour que nous puissions voir qui il est et pourquoi il est digne de confiance.

La foi en Jésus ne vient pas remplacer nos craintes. C’est notre foi qui cohabite avec nos craintes et qui les atténue.  (Ed Welch)[1]

3. Je vais lui parler de ce que Christ fait pour elle bien plus que ce que je peux faire pour elle

Un des aspects qui me fascine dans cette crise sanitaire est la diversité des réactions et opinions, plus ou moins alimentées selon les personnes, par les réseaux sociaux. Des phrases entendues à la grille de l’école, au supermarché et ailleurs évoquent une volonté de ne pas tomber dans la psychose, ou un souci que le lavage des mains soit renforcé, ou encore des boutades plus ou moins gentilles à propos de ceux qui refusent de serrer la main. Cette maladie étrange, qui nous semblait lointaine, fait soudainement partie du quotidien de nos enfants qui vont chercher à y comprendre quelque chose en nous regardant vivre, en nous écoutant en parler.

S’il y a une chose que je souhaite que mes enfants voient chez nous, c’est la calme attente que nous avons en Dieu, qui peut être notre louange chaque jour (Ps 65.2). Parmi toutes les voix et opinions qu’ils vont entendre, celle de la confiance sans faille en Celui qui règne est la seule dont ils sont dépendants pour vivre cette situation particulière. Il est bien plus précieux pour mon enfant qu’elle sache pourquoi nous pouvons avoir confiance dans le Seigneur que le nombre de malades dans chaque région. Je peux lui dire que cette situation me dépasse, et qu’à part suivre les recommandations et veiller sur les plus faibles, je ne peux rien faire, et que malgré cela je n’ai pas peur.

Malgré tous mes efforts, je ne pourrai pas lui ôter moi-même ses peurs, car je suis aussi faible qu’elle. Mais mon rôle de parent prend tout son sens lorsque je peux lui parler du Christ, de son œuvre accomplie jusqu’au bout pour notre salut, de sa grâce abondante et ses bontés renouvelées envers nous. Quel privilège, quelle source de joie immense de pouvoir lui présenter Celui en qui elle peut se confier, pour toute chose, et qui n’est pas dépassé par les évènements.

Que nous puissions nous rappeler les uns aux autres, comme je vais m’efforcer de le faire avec mon enfant, de « décharger sur lui tous vos soucis, car il prend soin de vous. » (1 Pi 5.7)

 

[1]Ed Welch « A Small book for the anxious heart » (New Growth Press, 2019) traduction libre

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