Le danger de la comparaison

Il suffit de pas grand-chose. Mon reflet dans la vitrine d’une boutique de vêtements. Une discussion avec une voisine. Quelques nouvelles échangées avec une femme de l’Église. Et voilà la spirale de la comparaison qui démarre. Je ne suis pas comme ce mannequin dans la vitrine. Je n’ai pas l’humour de ma voisine. Si seulement je pouvais avoir autant de talents que cette femme dans mon Église.

Si je vous propose d’ouvrir un compte sur un réseau social, de vous munir d’un téléphone sur lequel l’appareil photo est très fonctionnel, et que je vous demande de consulter et d’alimenter votre compte sans jamais vous comparer aux autres, je vous demande l’impossible. Vivre sans comparer nos vies à celle des autres, c’est irréaliste.

Mais notre tendance à la comparaison, créée puis gavée par nos outils de communication toujours plus élaborés n’est pas née au XXIe siècle.

Lorsque le roi Saül a été comparé au jeune David au sujet de leurs succès militaires, dans l’exubérance des chants et des danses caractéristiques de l’époque, il s’est mis en colère. Ce qui au départ était une forme de poésie chantant les louanges des chefs militaires a amené Saül à pécher, poussé par l’orgueil et le refus de voir la souveraineté de Dieu (1 Samuel 18.6-9). Il était désormais rongé par la jalousie et il « regarda David avec malveillance » (v.9)

Comment vivre les uns avec les autres sans que la comparaison de nos vies nous amène à pécher ? Les occasions de se comparer sont quotidiennes, nombreuses, sans même consulter la page d’un réseau social. Elles sont d’autant plus difficiles à gérer avec sagesse dans un contexte où il est devenu normal de se raconter, de se montrer sous un jour favorable et gratifiant, dans les moindres détails.

La comparaison nous pousse à pécher

Ce n’est pas qu’un trait de caractère, mais une faiblesse, une tendance très humaine. C’est une pensée qui nous amène à pécher. Il nous faut l’admettre, et aussi douloureux que ce soit, reconnaître que se comparer, c’est dire à Dieu que l’on n’est pas satisfait en Lui. Lorsque je compare la situation d’une personne à la mienne et que j’y trouve des raisons de me dévaloriser, ou de m’apitoyer, je choisis de remettre en question ce que Dieu m’a donné. Si je compare ma situation familiale, professionnelle, ou mes dons spirituels avec ceux d’une autre personne, je suis tenté soit de me dévaloriser, soit de me glorifier. Et dans les deux cas, je suis en train de pécher. Je dévalorise les dons que Dieu m’a donnés pour sa gloire, et je doute de sa bonté.

Bien souvent, la comparaison est à l’origine du mécontentement. Ce n’est pas que je manque de quelque chose, ou que les autres ont une meilleure vie que moi – je me suis persuadé que les circonstances que Dieu me donne ne sont pas les bonnes. Non seulement je doute de la bonté de Dieu pour moi, mais je refuse de me réjouir avec ceux qui se réjouissent, et de vivre le contentement dont Paul parle dans Philippiens 4.11-13.

Si je suis tenté de me comparer, c’est aussi pour me rassurer. Il est bien plus simple de trouver des excuses à ma médiocrité, ou à mon manque de discipline, si je trouve des exemples de personnes qui semblent s’en sortir moins bien que moi. On peut se conforter alors dans la pensée que l’on n’est pas si mauvais et que les efforts et les remises en question devant Dieu ne sont pas nécessaires.

Soyons honnêtes et reconnaissons ce péché. Repentons-nous, et réjouissons-nous que Dieu nous fasse grâce.

Cela te regarde ? Toi, suis- moi

Jésus et Pierre discutent sur une plage, quelque temps après la résurrection de Jésus. Une scène qui peut paraître anecdotique, si ce n’est que Jésus vient de révéler à Pierre qu’il souffrirait plus tard d’une mort terrible (Jean 21.18). Ce dernier regarde alors à côté de lui et demande à Jésus «Qu’en est- il de Jean ? ». Il tourne alors la tête vers cet autre apôtre et se demande sûrement si lui aussi va souffrir.
Nous réagissons de la même manière lorsque nous disons à Dieu « pourquoi moi ? ». Nous tournons la tête a en avoir le torticolis, en cherchant autour de nous qui vit une situation meilleure, ou pire, et pourquoi.

La réponse de Jésus est très directe. « Cela te regarde-t-il ? ». Pierre s’attendait- il à un peu plus de compassion, de compréhension ? Ne peut- il pas s’y attendre, vu ce qu’il vient d’apprendre ? Mais Jésus le reprend tout de suite et c’est ce dont l’apôtre a besoin. Détourner son regard de Jésus pour regarder aux autres disciples était la pire chose à faire. Jésus lui rappelle donc : « Toi, suis- moi ».

Lorsque je regarde aux autres, et que je me compare à eux, mes yeux ne sont plus fixés sur Christ. La réponse de Jésus a notre péché est simple : « suis-moi ». Les regards fixés sur lui, je ne vais pas regarder aux autres et comparer nos vies. Ces mots de Jésus sont suffisants pour nous garder de tomber dans ce piège. Les personnes autour de nous pourront toujours nous paraître plus douées, plus attirantes, plus équipées, ou bien moins spirituelles, moins consacrées ou aptes au service mais… Jésus nous dit « cela te regarde-t-il ? Suis- moi ! »

Aider les autres à ne pas se comparer

Le combat dans nos pensées est rude, nous le savons. Nous sommes tous vulnérables, et l’amour que nous avons les uns pour les autres doit nous pousser à admettre aussi cette vulnérabilité chez les autres. Si j’aime mon prochain, je ne veux pas provoquer en lui des mauvaises pensées, et le pousser à se comparer à moi à travers ce que j’ai choisi de dire. C’est ce qui nous est rappelé dans la lettre aux Philippiens : «  Ne faites rien par esprit de rivalité ou par désir d’une gloire sans valeur, mais avec humilité considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes » (Philippiens 2.3)

Si je me vante ou que je flatte mes enfants, mon conjoint, mes dons, ne suis-je pas en train de provoquer la jalousie chez l’autre ? Ne suis-je pas en train de l’amener à se comparer à ce que Dieu lui donne de vivre ? Je trouve plus pernicieuse cette tendance de nos jours, car ce qui auparavant aurait été vu comme de la vantardise est considéré aujourd’hui comme anodin… si c’est écrit sur Facebook. Comme anesthésiés par notre orgueil, nous oublions que notre identité n’est pas à maintenir, à développer à l’image des autres, mais qu’elle est acquise, offerte en Christ.

Après quelque temps sur les réseaux sociaux, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas continuer à y participer sans y mettre un filtre. Depuis que je m’impose cette « checklist », bon nombre de petites phrases que je m’apprêtais à publier ont été effacées. Ces quelques questions sont bonnes à se poser dans toutes nos interactions, virtuelles ou non. Quelle est ma vraie motivation ? Est-ce que je cherche l’admiration ? À prouver quelque chose ? Est-ce que ce que je suis sur le point d’écrire glorifie Christ ? En prêtant attention à ce que je partage, je protège mieux les autres du péché d’une comparaison orgueilleuse.

Enfin, dans cette lutte contre la comparaison, n’oublions pas d’encourager les autres. Une personne qui a un don particulier que nous admirons a peut-être besoin d’être encouragée à développer ce don et le faire fructifier ! Et en faisant le choix de remercier Dieu pour ce don, et de dire à la personne que nous constatons en elle ces capacités, on coupe court à ces pensées destructrices d’envie, de mécontentement, générées par la comparaison. Avez-vous fait cela dernièrement ? Avez-vous saisi l’occasion de remercier Dieu pour ce qu’Il a donné à quelqu’un et non à vous, dans sa sagesse ?

Il n’est pas facile de sortir de la spirale de la comparaison. Il nous est devenu tellement normal de jauger les autres, de regarder et comparer nos vies et nos dons. En faisant le choix de combattre ces pensées, rappelons-nous que Jésus nous dit de le suivre. Qu’Il est celui que nous cherchons à glorifier, et qu’en regardant à Lui, nous nous voyons tels que nous sommes – qu’Il nous a appelés -, différents les uns des autres mais pleinement équipés pour son appel.


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