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Il y a des jours où l’eau du canal se tait, et puis des jours où elle s’écoule et chante, et personne ne l’entend, et d’autres où un musicien se penche sur l’eau – il s’appelle Samuel, – il écoute et il emporte en lui ce chant doux et léger de fin silence.

Samuel est ami avec Léa, la libraire et son ami Tonin, le peintre. Tous les trois sont assis ensemble en terrasse, chez Momo. Ils ont courbé le dos et rapproché leur trois têtes, quand Momo arrive : « Qu’est-ce que vous complotez ? » Ils relèvent tous la tête en même temps.
« Viens, Momo, dit Léa … On a une idée. »

Quelques jours plus tard, dans le quartier du canal …
« Oh ! Regarde, maman, s’exclame le petit Miyo. »
Ils s’approchent d’une affiche, plaquée contre un mur. Elle jaillit en couleurs de fleurs et d’ailes de papillons.
« C’est comme sous le pont … » Miyo a reconnu le style de Tonin. Il déchiffre, patiemment : « Fê-te-du-quar-tier-chez-Mo-mo … Dis, maman, on ira, hein, on ira ? »
Les affiches ont fleuri un peu partout, le long du canal. Les dames asiatiques, qui reviennent de leur séance de gymnastique collective, au parc, en noir, comme des oies sauvages, lisent aussi l’affiche et se disent que, oui, elles apporteront des spécialités culinaires : du salé ou du sucré .
L’eau du canal chante sous les ponts.

Le soir de la fête venu, Louna aide Madame André à se préparer.
« Tu dois être la plus belle, ce soir, ma Moune. »
Madame André rit de son petit rire de poulie rouillée. Elle fait signe à Louna :
« Dans le coffret, là … Ouvre-le …
– Oh ! Le joli collier de perles … »

Tout est prêt chez Momo. Ils ont été nombreux à installer pour la fête, pendant tout l’après-midi. Léa, Tonin, Mounir, Monsieur Jean, Samuel … Ils sont tous là et leurs voix mélangées bruissent dans le vent léger, avec les feuilles, et le petit bruit d’eau continu du canal.
Il fait bon l’été qui vient. Les jours sont plus longs. Et ils arrivent, ceux du quartier, ceux qu’on connaît, et puis ceux qu’on ne connaît pas, pas encore.
« Soyi li bienvenus, mes amis … » accueille Momo.
On s’assoit.On reste debout. On parle. On rit. Les dames asiatiques passent entre les groupes avec, sur des plateaux, les délices qu’elles ont préparés. Tout et sourire en elles.
« Hum ! C’est bon … » apprécie Madame André.

Le temps coule avec l’eau du canal, qui s’écoule, heureuse, ce soir, et peu à peu la nuit vient. Des guirlandes colorées s’allument, et Momo s’avance : « Maintenant, les amis … Surprise ! … »
Juste après ces mots retentissent les accords conjugués des instruments et les musiciens apparaissent : Samuel, avec sa clarinette, et le violon, et l’accordéon.
« C’était la joie des juifs, la musique klezmer ! »
Les pieds démangent et les corps se mettent à bouger, emportés ensemble, en farandole.
C’est ce soir-là que Momo ne peut plus retenir la nouvelle : « Mes amis, je vous annonce le mariage de mon fils, Mounir, avec la belle Louna ! »
Tout le monde applaudit, mais le petit Miyo, lui, n’écoute pas. Il a rejoint le grand monsieur chinois, qui a lâché dans le ciel, au-dessus du canal, un cerf-volant en forme de dragon vert, qui se déplace en belles courbes légères. Miyo pense qu’il ressemble au canal vert qui se serait mis à danser dans le ciel.

Que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.
Jean 15 : 11

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