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Véganisme et apologie du bio, régimes et troubles alimentaires, fête et excès de table, jeûnes de santé : le rapport à la nourriture est complexe et déchaîne les passions dans notre société occidentale. Mais existe-t-il une « manière chrétienne » de boire et de manger ? Oui ! La Bible a quelque chose à nous dire même sur ces questions, et elle nous met notamment en garde contre deux écueils : considérer la nourriture comme un ennemi… et la considérer comme un dieu.

La nourriture : un rappel de la générosité de Dieu

Nous vivons dans une société qui, par l’importance qu’elle accorde aux régimes et aux privations, en est parfois venue à faire passer implicitement le message que la nourriture est un ennemi. Or la Bible nous invite non pas à l’ascétisme, mais à la reconnaissance pour ce que Dieu nous donne. Comme le relève très bien Isabelle Olekhnovitch dans son livre « Boire et manger devant Dieu » (éd. Excelsis), l’eau, le lait, les fruits et le miel, disent, dans la Bible, la bonté de Dieu, pourvoyeur de vie. Dès le début, Dieu a donné à l’homme toute herbe porteuse de semence et tout arbre fruitier (Genèse 1,29). Dieu veut que nous nous souvenions de notre « dépendance créationnelle », de notre statut de créatures.

Dans le désert, les Israélites ont bien constaté qu’ils dépendaient totalement de Dieu pour leur eau et leur pain quotidien. Même les incroyants devraient se souvenir que boire et manger est une grâce, eux à qui Dieu accorde généreusement les pluies et la nourriture (Actes 14,16-17). Jésus-Christ l’a manifesté aussi en multipliant des pains et des poissons, rappelant par-là que le Fils de Dieu se soucie des besoins vitaux des foules (Marc 8,23).

La nourriture : à prendre avec reconnaissance

Chaque fois que nous mangeons, nous devrions donc être dans la gratitude d’avoir un Dieu bon et généreux. De plus, si Dieu nous donne de la nourriture, il veut que nous en profitions et que nous mangions à notre faim et buvions à notre soif. Refuser de se nourrir correctement quand on en a les moyens, c’est rejeter les dons de Dieu. Compter toutes les calories, chercher à entretenir le corps parfait : autant de pratiques qui risquent de nous faire perdre de vue la simplicité et la joie que Dieu voudrait que nous trouvions dans le fait de boire et de manger.  L’Ecclésiaste nous donne même l’ordre d’en profiter : « Va, mange avec joie ton pain et bois de bon cœur ton vin, car Dieu a déjà agréé tes œuvres » (Ecclésiaste 9,7).

La nourriture : un danger d’oublier Dieu

Celui qui cultive cette attitude de reconnaissance évitera un danger que nous courons dans nos sociétés occidentales : le danger d’oublier Dieu. « Lorsque tu mangeras et te rassasieras, garde-toi d’oublier l’Eternel, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude » (Deutéronome 6,12). C’était le problème des contemporains d’Amos : étendus confortablement sur leurs tapis, rassasiés des meilleures bêtes du troupeau, occupés à jouer de la musique, ils avaient laissé Dieu et sa loi de côté (Amos 6,4-6). Un cœur tourné vers le confort, la nourriture et les biens matériels court à la mort spirituelle. A quoi bon se soucier de Dieu quand nous pensons pourvoir nous-mêmes à nos besoins ?

La nourriture : un dieu ?

L’étape suivante ? La nourriture ne conduit plus seulement à l’oubli de Dieu, elle devient un dieu. Très tristement, l’alcool caracole en tête de liste des idoles liées au boire et au manger. Le vin, donné pour réjouir le cœur de l’homme (Psaume 104,15), risque de devenir un dieu qui réduit à l’esclavage (Proverbes 23,20-21). Mais on pourrait en dire autant du café, du chocolat, des « bonnes bouffes » au restaurant… et même du miel : « Si tu trouves du miel, n’en mange que ce qui te suffit, de peur que tu n’en sois rassasié et que tu ne le vomisses » (Proverbes 25,16). L’enjeu, c’est notre état d’esprit : sait-on faire preuve de modération et de maîtrise de soi dans le domaine du boire et du manger, ou se laisse-t-on asservir par ce dont on ne peut plus se passer ? Les grâces de Dieu doivent rester des grâces, pas devenir des buts en soi ou des idoles.

Pour le dire autrement, Dieu veut que nous soyons libres de tout esclavage et que nous vivions dans la liberté. Or la vraie liberté, c’est de recevoir la nourriture avec reconnaissance, d’en profiter sans crainte, sans qu’elle ne devienne notre dieu. La nourriture n’est donc ni un ennemi, ni un dieu, mais un don de Dieu.

La nourriture : attention au jugement des autres

Il est très vite fait d’idolâtrer non pas la nourriture en tant que telle, mais nos habitudes alimentaires. Même chez les chrétiens. Difficile pour un convaincu du « bio » de ne pas juger ceux qui ne partagent pas sa préoccupation. De même, l’adepte des jeûnes risque assez facilement de vouloir persuader son entourage de suivre son exemple. Idem pour le végétarien, ou pour celui qui a trouvé LE régime idéal pour être en bonne santé.

Or il semble que la Bible nous donne le droit de manger de tout. Après le Déluge, Dieu a donné à l’humanité le droit de manger de la viande (Genèse 9,3). Le passage à la nouvelle alliance a enlevé la distinction entre animaux purs et impurs, ainsi que Pierre l’a compris en Actes 10. Et Paul, dans ses épîtres, est on ne peut plus clair : « Tout ce que Dieu a créé est bon et rien n’est à rejeter, pourvu qu’on le prenne avec actions de grâces » (1 Timothée 4,4). Même les viandes sacrifiées aux idoles (1 Corinthiens 8). Vouloir imposer des pratiques alimentaires à d’autres s’assimile donc à du légalisme.

Deux remarques s’imposent cependant. D’abord, Dieu nous appelle bien entendu à la sagesse : il est bon de chercher à se nourrir sainement, pour prendre soin du corps que Dieu nous a donné. Ensuite, nous sommes appelés à respecter la conscience des chrétiens plus « faibles », pour reprendre l’expression de Paul en Romains 14. Un chrétien « carnivore » qui inviterait une famille de végétariens chez lui serait ainsi bien inspiré de tenir compte des habitudes alimentaires de ses hôtes, pour ne pas les offenser.

Boire et manger à la gloire de Dieu

Finalement, ce verset d’1 Corinthiens 10,31, cité très souvent comme mot d’ordre pour notre vie quotidienne, s’applique tout particulièrement bien à notre propos : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ». Notre rapport à la nourriture n’est pas anodin. Il doit manifester que nous vivons non pas d’abord pour nous-mêmes, mais pour Dieu et pour sa gloire.

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