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Dans le post précédent, j’ai présenté ce qu’est le polyamour. J’espère avoir bien montré, sans le caricaturer, ce qu’il demandait et proposait. Cela ne signifie pas, bien sûr, que je le défende, loin de là ! Je suis convaincu que le polyamour met en réalité en danger la possibilité d’une vraie relation d’amour, dans ses dimensions personnelle, émotionnelle et sexuelle.

Abraham et Agar

Si vous commencez à garder les yeux ouverts sur le polyamour, vous verrez peut-être certains chrétiens dire qu’il y a des relations polyamoureuses dans la Bible. Exemple ? Abraham, Sarah et Agar. La description polyamoureuse de cette histoire donne à peu près ceci. Bien que prenant place dans un cadre patriarcal, ce « trouple » biblique présente une relation émotionnelle et sexuelle avec trois partenaires.

Tout d’abord, il y a le couple initial formé d’Abraham et Sarah. À ce couple s’ajoutera, à cause de l’infertilité, une troisième partenaire, Agar. Bien que servante, cette dernière entre dans cette relation à trois de manière tout à fait consciente. Rien ne lui est caché, y compris la raison fondamentale de cet arrangement : le besoin d’un héritier. Dans Genèse 16, Sarah, ne pouvant concevoir, propose qu’Abraham ait un enfant avec sa servante Agar. Ce n’est pas une simple relation de domination, car Sarah prend une initiative active et consent à cette union pour assurer une descendance à son mari, consentement partagé par Abraham et Agar.

La servante devient aussi beaucoup plus que cela : elle porte l’enfant d’Abraham, ce qui lui confère un statut spécial. Bien que des tensions surviennent, notamment lorsque Agar se sent supérieure à Sarah après sa grossesse, cette dynamique rappelle certains défis des relations polyamoureuses, où la jalousie et les déséquilibres doivent être gérés avec soin. L’exemple de ce « trouple » démontre pour les polyamoureux la nécessité de définir ses attentes et ses besoins.

Certains noteront que Dieu ne condamne pas cette union, mais au contraire s’adresse directement à Agar lorsqu’elle s’enfuit, la reconnaissant comme une partie légitime de cette relation complexe. Si l’amour romantique n’est pas explicitement mentionné, il y a une structure relationnelle où plusieurs adultes sont engagés dans un même foyer, un élément central du polyamour. Dieu ne rejette pas cette union, ce qui légitime pour certains chrétiens la possibilité que le polyamour soit cohérent avec l’éthique biblique.

Quand les a priori voilent le texte

Je ne sais même pas s’il faut que je mette en mots les raisons pour lesquelles cet exemple n’en est vraiment pas un. Par où commencer ? Le consentement, tout d’abord. Vous vous rappelez que pour le polyamour le consentement égal de tous les partenaires est déterminant. Relisons le texte biblique : « Saraï dit à son mari : ‘Tu vois : le Seigneur m’a empêchée de concevoir des enfants. Je pourrai peut-être avoir un fils grâce à ma servante. Passe la nuit avec elle.’ Abram accepta la proposition de Saraï. Saraï prit sa servante Agar et la donna comme femme à Abram son mari. » (Gn 16.2-3) Sarah prend une décision, Abraham l’accepte. Et Agar, dans tout cela ? Elle n’a rien à dire. Elle ne fait que subir. Elle est donnée par Sarah à Agar, comme si elle n’était qu’une possession de sa maîtresse. Dire qu’Agar était consentante est aussi absurde que dire qu’une femme agressée sexuellement l’est elle aussi.

Quant à l’autonomie des partenaires, ou à la nécessaire « communication », là aussi, ces traits essentiels du polyamour sont totalement absents du texte. C’est même l’opposé que nous voyons. Agar n’a jamais le choix, sauf lorsqu’elle décide, elle aussi, de s’en sortir par elle-même : elle fuit. C’est la première décision qu’elle peut réellement prendre, et c’est par désespoir. Quant à la communication, la seule que nous voyons dans le texte est entre Abraham et Sarah, un bref dialogue dans lequel Agar ne figure que comme objet. La servante égyptienne n’a pas la parole. Elle n’a pas de choix.

Décrire cette relation comme un polyamour que Dieu n’aurait au minimum pas désapprouvé, c’est lire le texte biblique pour ce que nous voulons qu’il dise, sans aucun respect du texte lui-même. De plus, c’est ignorer le fait principal de cette histoire : Agar subit les conséquences d’une volonté d’autonomie de Sarah et Abraham qui veulent régler seuls leur problème d’infertilité en prenant en main l’accomplissement de la promesse !

Jésus et les croyants

Autre exemple : Jésus pratiquait le polyamour. C’était même celui qui avait le plus de partenaires dans toute l’histoire de l’humanité. Si vous vous sentez pâlir, c’est normal. Pourquoi Jésus est polyamoureux ? Tout simplement parce que Jésus aime chacun de ceux qui croient en lui. Jésus m’aime, moi. Jésus vous aime chacun, individuellement. Jésus a donc une relation d’amour avec des millions de personnes !

Alors bien sûr, peindre cette image de Jésus, c’est oublier que le polyamour est une relation d’amour, romantique, émotionnelle et/ou sexuelle. L’amour que Jésus porte à tous ceux qui placent leur foi et leur espérance en lui n’est pas un amour romantique. Soutenir cela, c’est trahir le sens même de l’amour que Dieu porte à ceux qui sont unis à lui.

Jésus et l’Église

Dire que la Bible est un manifeste polyamoureux, c’est passer à côté de ce que les textes bibliques disent de l’amour de Dieu, et c’est aussi rater ce que l’Écriture dit de l’amour humain comme image de l’amour divin.

Présenter Jésus comme polyamoureux à cause de sa relation à chacun des croyants, c’est faire preuve d’un individualisme maladif. Oui, Jésus aime les croyants. Oui, il y a une relation personnelle au Seigneur, rendue vivante par le ministère de l’Esprit. Il ne faut cependant pas déconnecter cette relation personnelle d’une relation plus globale, celle de l’Époux et de son Épouse. Jésus, l’Agneau, l’Époux, est uni à son Épouse. Cette dernière n’est jamais présentée comme étant chacun des croyants, mais comme étant l’Église. Jésus m’aime personnellement parce que je suis un membre de son peuple, je fais partie de son Épouse. 

Dire que la Bible est un manifeste polyamoureux, c’est passer à côté de ce que les textes bibliques disent de l’amour de Dieu, et c’est aussi rater ce que l’Écriture dit de l’amour humain comme image de l’amour divin. Nous en parlerons un peu plus dans le post suivant.

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