Vous avez aimé cet article ? Vous pouvez nous soutenir pour que nous puissions continuer de fournir des ressources gratuites comme celle-ci.

×
Note de l'éditeur : 

Nous publions une série de 3 articles sur le thème du complémentarisme. L’auteur relève 5 objections courantes soulevées contre le complémentarisme Dans la première partie, l’auteur a évoqué deux objections couramment avancées sur ce thème (d’après les textes de Galates 3.28 et Ephésiens 5.21- vous pouvez retrouver l’article : Argumentons ensemble sur le complémentarisme 1/3. . Voici la troisième objection :

Objection 3: l’esclavage

Les chrétiens sont souvent embarrassés par l’apparente indifférence de la Bible à l’égard de l’esclavage, voire par son approbation. Étant donné que les codes domestiques du Nouveau Testament ordonnent la soumission de l’épouse et l’obéissance de l’esclave, certains chrétiens en concluent que ces deux injonctions doivent être culturelles. Ils affirment que Dieu n’a pas créé l’esclavage ou la domination masculine, il les a simplement réglementés. Et même si le Nouveau Testament ne renverse pas ces modèles, il encourage l’égalité et le respect entre tous les hommes, semant ainsi les graines de la pleine émancipation des femmes et des esclaves à l’avenir.

Que devons-nous penser de cet argument ? La meilleure façon d’aborder cette objection est de commencer par une évaluation honnête de la perspective de la Bible sur l’esclavage. Il est vrai que la Bible ne condamne pas catégoriquement l’esclavage. Cependant, rappelez-vous que l’esclavage dans le monde antique n’était pas une question de race. En Amérique, on ne peut pas parler d’esclavage sans parler de Noirs et de Blancs. Mais ce n’était pas le contexte dans le monde antique. L’esclavage était beaucoup de choses, mais pas une question de race.

La meilleure façon d’aborder cette objection est de commencer par une évaluation honnête de la perspective de la Bible sur l’esclavage, qui n’était pas une question de race

Mais alors, pourquoi Paul, ou Jésus, sur cette question-même, ne dénoncent-ils pas l’institution de l’esclavage ? Pour commencer, leur but n’était pas la révolution politique et sociale. Bien sûr, des changements politiques et sociaux ont suivi leur sillage, mais leur objectif premier était spirituel. Ils proclamaient un message de foi, de repentance et de réconciliation avec Dieu. Ils ne se sont tout simplement pas prononcés sur toutes les questions politiques et sociales de l’époque. En fait, dans le livre des Actes des Apôtres, Paul tient à démontrer qu’être chrétien ne fait pas de quelqu’un un agitateur ou un insurgé.

Plus précisément, le Nouveau Testament ne condamne pas catégoriquement l’esclavage, car dans le monde antique, l’esclavage n’était pas toujours indésirable (compte tenu des autres alternatives). Certaines personnes se vendaient comme esclaves pour échapper à une pauvreté écrasante. D’autres entraient en esclavage dans l’espoir de rembourser leurs dettes ou de devenir, par l’affranchissement, des citoyens romains. L’esclavage n’était pas forcément une condition permanente. Il pouvait être une étape vers un meilleur sort dans la vie.

Bien sûr, nous ne voulons pas peindre une image rose de l’esclavage dans le monde antique. Il était déshumanisant et insupportable. Les maîtres pouvaient traiter leurs esclaves avec cruauté et les contraindre – hommes et femmes, jeunes et vieux – à l’avilissement sexuel. Néanmoins, l’esclavage pouvait être un moyen raisonnable de sortir de la misère.

Dans l’Ancien Testament, par exemple, il existait plusieurs façons pour les esclaves d’obtenir leur liberté. Dans certaines circonstances, vous étiez libéré après six ans. Dans d’autres cas, un parent pouvait acheter votre liberté ou vous pouviez l’acheter vous-même. Et dans l’année du Jubilé, les esclaves hébreux étaient libérés et récupéraient leur héritage. L’Ancien Testament réglemente l’esclavage de diverses manières sans jamais le condamner explicitement.

Si la Bible ne condamne pas catégoriquement l’esclavage, elle ne l’excuse jamais et ne le recommande certainement pas. L’esclavage n’est pas célébré comme un don de Dieu, comme les enfants peuvent l’être. L’esclavage n’a pas été déclaré bon avant la chute comme l’a été le travail. Jean Chrysostome, qui prêchait au quatrième siècle, a expliqué le passage sur le mariage de la manière suivante, en Éphésiens 5 et le passage sur l’esclavage en Éphésiens 6 dans un langage très différent. Sur la raison pour laquelle les épouses doivent se soumettre à leurs maris, il écrit :

« Car, lorsqu’ils sont en harmonie, les enfants sont bien élevés, les domestiques sont en bon ordre, et les voisins, amis et relations jouissent de ce doux parfum . . . Et tout comme les fois où les généraux d’une armée sont en paix les uns avec les autres, tout est bien subordonné. . . il en est de même ici. C’est la raison pour laquelle il [Paul] dit : ‘Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur’ ».

Chrysostome part du principe que la soumission dans le mariage est un bien absolu. Mais quand il s’agit de l’esclavage dans Éphésiens 6, il fait le commentaire suivant :

« Mais si quelqu’un se demande d’où vient l’esclavage et pourquoi il a fait son entrée dans la vie humaine. . . Je vais vous le dire. L’esclavage est le fruit de la convoitise, de la dégradation, de la sauvagerie ; car Noé, nous le savons, n’avait pas de serviteur, ni Abel, ni Seth, ni ceux qui sont venus après eux. La chose était le fruit du péché, de la rébellion contre les parents. »

Il est clair que l’approche de Chrysostome concernant l’esclavage est très différente de celle concernant la soumission au sein du mariage. La direction et la soumission dans le mariage étaient évidentes pour lui, même si la justification de l’institution de l’esclavage ne l’était pas.

L’esclavage n’est jamais enraciné dans les bons projets de Dieu pour sa création. En fait, l’esclavage tel qu’il s’est développé dans le Nouveau Monde aurait été proscrit dans l’Ancien Testament. « Quiconque vole un homme et le vend, et quiconque est trouvé en sa possession, sera mis à mort. » (Ex. 21:16) Ce commandement, à lui tout seul, n’aurait pas permis la moindre chose qui ressemblerait au commerce des esclaves africains. De la même manière nous lisons en 1 Timothée 1:8–10 :

« Or, nous savons que la loi est bonne, si l’on en fait un usage licite, sachant que la loi n’a pas été établie pour les justes, mais pour les impies et les désobéissants, pour les impies et les pécheurs, pour les impies et les profanes, pour ceux qui frappent leurs pères et leurs mères, pour les meurtriers, les impudiques, les hommes qui pratiquent l’homosexualité, les esclavagistes, les menteurs, les parjures, et tout ce qui est contraire à la saine doctrine. »

La Bible condamne clairement le fait de prendre quelqu’un en captivité et de le vendre comme esclave.

Alors que Paul n’encourageait pas une révolution politique générale et le rejet de l’institution de l’esclavage, il encourageait les esclaves à chercher à devenir libres si cela leur était possible. « Que chacun de vous demeure dans la condition dans laquelle il se trouvait quand il a été appelé. Étais-tu esclave quand tu as été appelé ? N’en sois pas en souci (Mais si tu peux obtenir ta liberté, alors saisis-toi de cette possibilité.) » (1 Cor. 7:20–21) Quand Paul renvoya Onésime, l’esclave fugitif devenu chrétien, vers son maître chrétien, Philémon, Paul donna ce conseil à Philémon :

« Car c’est peut-être pour cela qu’il a été éloigné de toi pour un temps, afin que tu le retrouves pour toujours, non plus comme un esclave, mais plus qu’un esclave, comme un frère bien-aimé, de moi surtout, mais à plus forte raison de toi, dans la chair et dans le Seigneur. » (Philémon 15-16)

Loin de recommander l’esclavage comme un bien intrinsèque, Paul encourageait les esclaves à gagner leur liberté si possible. Il exhortait les maîtres comme Philémon à accueillir leurs esclaves, non pas comme des esclaves, mais comme des frères.

L’essentiel est que la Bible, sans nous le recommander, a réglementé l’institution de l’esclavage là où elle existait. J’imagine que si Paul écrivait aujourd’hui à des familles avec des beaux-enfants et des beaux-parents, il pourrait dire quelque chose comme : « Enfants, obéissez à vos beaux-pères, car cela est juste dans le Seigneur. Beaux-pères, aimez vos beaux-enfants comme s’ils étaient les vôtres. Car Dieu vous aime, même si vous ne lui apparteniez pas autrefois ».

Si c’est bien cela que Paul nous a écrit, nous devrions savoir comment les enfants et leurs beaux-pères devraient se conduire les uns envers les autres, mais en aucune manière nous ne devrions penser que Paul était favorable au divorce et au remariage. Nous devrions comprendre qu’il ne fait pas de commentaire d’une façon ou d’une autre sur la situation. Il se contente de réguler un arrangement qui existe déjà et ne semble pas devoir disparaître, même si cet arrangement ne faisait pas partie du bon projet de Dieu depuis le commencement.

Note de l’éditeur :

Contenu adapté de Men and Women in the Church (Hommes et femmes dans l’église) par Kevin DeYoung, ©2021. Utilisé avec la permission de Crossway.

 

EN VOIR PLUS
Chargement