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Madeleine sort de chez elle à quinze heures trente, pour profiter du soleil. Ses pas connaissent le chemin : elle va au parc, près de chez elle. Sa tête part avec les oiseaux, ou bien il lui suffit d’une fleur …

Madeleine est une petite femme, élégante, du haut en bas. Ses talons claquent. Son sac à main bat sur sa hanche et, derrière les verres tout ronds de sa monture de lunettes, dorée, ses yeux pétillent.

Les grilles du parc sont grand ouvertes. Elle y pénètre, sans recevoir cette onde de fraîcheur, verte, et haute, qu’elle perçoit habituellement. Elle lève les yeux et c’est une splendeur jaune qui se déploie, car l’automne s’en vient. Les couleurs changent, passant de tous les verts à des nuances infinies d’or, orangées, ou même rouges. Un soupir de beauté la tient dans l’immobilité et c’est un « bonjour » amical qui la tire de l’instant arrêté. Qui était-ce ?

Elle marche dans les allées. Un vent de nuit a dû agiter les arbres, si calmes à présent, si hauts. Des feuilles multicolores jonchent le sol, les pelouses. Elle sait où elle va se reposer, espère chaque fois ne trouver personne à « sa » place. Avant de s’asseoir, elle tire de son sac un grand mouchoir avec lequel elle essuie le banc. On ne sait jamais, un oiseau, des gouttes d’eau, et puis souvent, « les gens », qui ne sont pas propres, pas comme autrefois. Il y a longtemps qu’elle habite le quartier, et qu’elle vient là.

Assise, elle laisse partir son regard où l’appelle la vie du parc. Il vit aussi de sa vie, secrète. Là, une gracieuse colombe grise au cou tendu. Là, le mouvement furtif, d’un lapin ? Elle s’apprête à sortir son livre, quand une rumeur croissante retentit, au lointain. Qui va là ? Elle a le cou tendu et toute son attention est retenue par une bande d’enfants, qui arrivent, à la queue-leu-leu, avec, à chaque bout de la file, un encadrant : un jeune homme et une jeune fille. Sa première réaction est la protestation : ah non ! Pas maintenant !… Puis elle détourne la tête, tire le roman de son sac et l’ouvre pour s’y plonger, avec délices.

Elle tente bien de lire, de retourner dans cet univers qu’elle apprécie, mais non, c’est impossible. Cette bande de moineaux piaillant l’empêche absolument de se concentrer. Ils vont, ils viennent. Ils crient. Une fois par-ci, une fois par-là. Les moniteurs ne pourraient-ils pas exiger d’eux plus de calme ! Mais que font-ils donc ? Par moments, ils se dispersent et vont, un à un, ramasser elle ne sait quoi. Elle est trop loin pour bien voir. A d’autres moments, les voilà qui se rassemblent, comme une nuée d’oiseaux. Ils sont tous penchés vers le sol. Cela dure un temps, et puis ils repartent. Et puis, ça recommence. Elle en a assez, est prête à partir, mais ce sont les enfants qui, après une salve d’applaudissements, se remettent en file, et s’en vont.

La voilà de nouveau seule, au silence, intriguée. Qu’ont-ils bien pu faire ? Avant de quitter le parc, elle veut savoir. Elle se lève, s’assure de ne rien avoir oublié et, à petits pas, se dirige vers l’aire de jeux des enfants.

Oh ! Qu’est-ce donc ? Au sol, cette ligne colorée, qui serpente … Que c’est donc joli ! Elle comprend. En fait, les enfants, quand ils se dispersaient, allaient chercher des feuilles de couleurs, jaunes, rouges. Et, quand ils se rassemblaient, ils les alignaient, créant ainsi une arabesque multicolore, si belle à suivre des yeux. Les enfants ne sont plus là. La trace de leur passage est si joyeuse … Alors, elle, elle se traite elle-même de vieille bécasse, et se met à rire.

Matthieu 18 : 3 :
« Si vous ne devenez pas comme les petits enfants
vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. »

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