7 principes pour tenir durant toute une vie de ministère

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Comment pouvez-vous discerner avoir un appel pour le ministère ? Vous avez confiance dans vos talents de communication. Vous avez déjà dirigé et influencé d’autres. Vous aimez parler de Dieu et de toutes les idées les plus importantes, qui changent la vie et qui sont éternelles.

Selon ces critères, être pasteur semble être une activité tout à fait convenable. Qui ne trouve pas plaisir à aider les autres ? Ou du moins à être considéré comme quelqu’un de sage, pieux et indispensable. Malheureusement, si vous appuyez votre appel sur ces critères, vous pouvez devenir tout à fait égocentrique. Et le ministère devient moins une occasion de donner nos vies pour Christ et les autres que de s’auto-réaliser et de découvrir ce que nous aurions dû être.

Combien différente est, alors, la philosophie du ministère que nous présente l’apôtre Paul, qu’il a apprise de Christ et qu’il exprime en Philippiens 2:3–8:

Ne faites rien par ambition personnelle ou par prétention, mais, par humilité, considérez les autres comme plus importants que vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de ne considérer que ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. Ayez en vous cette mentalité qui est vôtre en Christ Jésus, qui, quoiqu’il existât en forme de Dieu, n’a pas considéré l’égalité avec Dieu comme une chose qu’il lui fallait ravir, mais s’est vidé lui-même en prenant une forme de serviteur étant né à la ressemblance des hommes. Et ayant été trouvé en forme humaine, il s’est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu’au point de mourir et même de la mort sur une croix.

Quand nous sommes appelés au ministère, nous servons comme des sous-bergers pour le Bon Berger. Nous avons la mentalité de Christ. Nous sommes serviteurs, vidés de nous-mêmes pour le bien des autres, de sorte qu’ils verront Christ exalté et glorifieront le Père qui l’a envoyé.

Mais nous n’avons pas que les paroles de Paul comme référence. Voici comment l’apôtre Pierre nous rappelle que, si nous voulons conduire le peuple de Dieu, nous devons le faire au sein de la souffrance :

Bien-aimés ne soyez pas surpris de l’épreuve douloureuse qui survient sur vous pour vous mettre à l’épreuve, comme si quelque chose d’étrange vous arrivait. Mais réjouissez-vous dans la mesure où vous participez aux souffrances de Christ, afin que vous puissiez aussi vous réjouir et être heureux quand sa gloire sera révélée. (1 Pierre 4:12–13)

Jésus lui-même nous a dit de nous attendre à de telles difficultés. Mais nous ne sommes pas seulement sensés sourire et le supporter. Au contraire, Jésus dit que nous sommes bénis ! Il nous dit dans son Sermon sur la montagne :

Bénis sont ceux qui sont persécutés pour la cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux.

Bénis êtes-vous quand les autres vous insultent et vous persécutent et quand ils disent faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car grande est votre récompense dans les cieux, car c’est ainsi qu’ils ont persécuté les prophètes qui vous ont précédés. (Matt. 5:10–12)

Vous pouvez décrire le travail du pasteur de la manière suivante : Suivez Jésus et préparez son peuple pour l’éternité. Préparez-les à souffrir comme lui l’a fait et à cause de lui, afin qu’ils puissent jouir d’une grande récompense dans le ciel.

Dans le ministère nous sommes souvent en première ligne pour ce qui est de la souffrance et de la joie, comme nous partageons les hauts et les bas de notre congrégation. Nous devons être spécialement préparés, alors, à souffrir bien, afin de pouvoir courir la course qui est ouverte devant nous dans la joie (Heb. 12:1). En vue de cette fin, voici sept principes destinés à nous permettre de tenir, toute notre vie durant, dans le ministère, trouvant l’inspiration dans l’Écriture et dans les exemples provenant de l’histoire de l’église et dépeints dans le nouveau livre : 12 Faithful Men: Portraits of Courageous Endurance in Pastoral Ministry (12 hommes fidèles : portraits de persévérance courageuse dans le ministère pastoral).

1. Gonflez votre curriculum vitae avec vos faiblesses.

Le comité-type formé pour la recherche d’un pasteur donne l’impression qu’il veut que vous évangélisiez comme Billy Graham, pensiez comme Tim Keller, et conseilliez comme David Powlison. Et ils vous accorderont une attention spéciale si vous pouvez, en plus, chanter comme Kirk Franklin.

Pourquoi devrions-nous nous vanter de nos faiblesses ? [Parce que] la force humaine est un mirage.

Aussi quand vous vous présentez devant un tel comité en vue d’un appel, de quelle manière vous vantez-vous de votre ministère ? Des baptêmes ? De la croissance de votre église ? Du montant des offrandes collectées ? Regardez la manière dont Paul se glorifiait en 2 Corinthiens 11:23–30:

Sont-ils serviteurs de Christ ? Je le suis bien plus – Je parle comme un insensé – par un bien plus grand travail, par plus d’emprisonnements, par des coups reçus innombrables qui m’ont souvent amené près de la mort. Cinq fois j’ai reçu des Juifs le fouet jusqu’à quarante coups moins un. Trois fois j’ai été battu de verges. Une fois j’ai été lapidé. Trois fois j’ai fait naufrage ; j’ai passé un jour et une nuit dans l’abîme ; j’ai été fréquemment en voyage en danger à cause des fleuves, en danger à cause des voleurs, en danger à cause de mon propre peuple, en danger à cause des Gentils, en danger dans la ville, en danger dans le désert, en danger sur mer, en danger à cause des faux-frères, dans les peines et les difficultés, passant de nombreuses nuits sans sommeil, dans la faim et la soif, souvent dans la disette, dans le froid et la nudité. Et, sans parler d’autres choses, je connais la pression continuelle de mon anxiété pour toutes les églises. Qui est faible que je ne sois faible ? Qui vient à tomber que je ne brûle ? Si je devais me glorifier, c’est de ces choses qui montrent ma faiblesse que je me glorifierais.

Pourquoi devrions-nous gonfler notre curriculum vitae en nous vantant de nos faiblesses ? Parce qu’alors la puissance de Dieu deviendra plus évidente en nous. Nous montrerons que ce n’est pas le pasteur seul qui agit, mais le même Esprit qui habite tous les croyants avec la puissance de la résurrection.

La force humaine est un mirage. Tous nous dépérissons. Mais l’éternité vient bientôt. Paul nous prépare pour ce futur en 2 Corinthiens 4:16–18:

Aussi nous ne perdons pas courage. Car alors même que notre extérieur dépérit, notre être intérieur se renouvelle de jour en jour. Car notre légère affliction du moment présent prépare pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles.

2. Admettez que vos plans puissent ne pas être les plans de Dieu.

Genève en Suisse est l’une des plus belles villes du monde. Je l’ai visitée trois fois et je suis impatient d’y retourner. Mais il a fallu que Jean Calvin, au XVIe siècle, soit deux fois persuadé d’y rester. Il désirait une vie tranquille d’intellectuel. Au lieu de cela Dieu voulut qu’il serve comme pasteur.

Les plans de Dieu ne vont pas toujours nous sembler bons sur le champ. Et parfois nous n’en aurons jamais l’explication dans cette vie. Mais Calvin a trouvé la bonne perspective en étudiant les Psaumes :

[Les Psaumes] nous enseignent et nous exercent principalement à porter la croix . . . En faisant cela nous renonçons à suivre les directives de nos propres affections et nous nous soumettons entièrement à Dieu, le laissant nous gouverner et disposer nos vies selon sa volonté, de telle sorte que les afflictions qui sont les plus dures et les plus sévères pour notre nature, nous deviennent douces, parce qu’elles proviennent de lui.

Calvin passa le reste de sa vie comme exilé et servit ses compatriotes français exilés. Il nous rappelle que, comme les « élus en exil » de 1 Pierre, nous attendons tous notre domicile éternel.

3. Regardez à Christ même dans les coins sombres et lugubres.

Beaucoup des plus grands héros du christianisme ont souffert en prison. Corrie ten Boom hébergea des ennemis des Nazis et se retrouva dans un camp de concentration avec sa sœur, Betsie. Paul écrivit sa lettre aux Philippiens depuis une prison. Et John Bunyan écrivit 60 ouvrages, la plupart d’une prison, y compris Pilgrim’s Progress (Le voyage du Pélerin), l’un des livres les plus vendus au monde de tous les temps.

Le crime de Bunyan avait été de refuser de conformer sa prédication aux critères de l’État. Il passa 13 années en prison alors qu’il ne pouvait en rien subvenir aux besoins et aux soins de sa femme et de ses enfants. Mais Dieu ne l’abandonna jamais. Et Dieu, de même, ne nous laisse jamais, spécialement dans sa Parole écrite sur nos cœurs et dans nos pensées. La Parole de Dieu donnait à Bunyan cette remarquable perspective :

Je n’avais jamais expérimenté que Dieu se tienne près de moi à chaque tournant et à chaque tentative de Satan de m’affliger, comme je l’ai expérimenté depuis que je suis venu [en prison] ; car dès que les craintes se présentaient à moi, aussitôt affluaient les soutiens et les encouragements, oui, quand je commençais ne serait-ce qu’à trembler devant rien d’autre que mon ombre,alors Dieu, dans sa très grande tendresse envers moi, n’aurait jamais permis que je sois agressé, mais voulait, par un passage ou l’autre me fortifier contre tout; j’en venais à pouvoir prier pour une plus grande difficulté à cause de la certitude d’une plus grande consolation.

Vous ne saurez pas toujours où et comment Dieu veut se révéler. Mais nous pouvez être sûr que nul endroit n’est au-delà de sa vue et de son atteinte.

4. Ne vous adonnez jamais à l’apitoiement sur vous si vous êtes rejeté.

Presque tous les livres que j’ai écrits ou édités donnent une place spéciale à Jonathan Edwards. Quelqu’un peut-il mieux que lui jouer le rôle de modèle de succès dans le ministère ? Son église expérimenta le réveil. Il contribua à façonner le mouvement évangélique outre-Atlantique. Les étudiants des écoles publiques lisent encore ses sermons. L’université de Yale a publié tout ce qu’il a écrit. Les séminaires donnent son nom à leurs centres d’études. Il prolongea une dynastie de pasteurs quand il prit en charge la même église que son grand-père avait précédemment conduite durant 60 ans.

Et Edwards fut chassé par la même église qui avait autrefois vécu le réveil sous sa direction. Il avait pris position contre la façon de faire plus permissive de son grand-père à l’égard du Repas du Seigneur. Edwards demandait que les jeunes qui voulaient devenir membres donnent des signes évidents et une profession publique de leur foi. Mais de nombreux résidents de Northampton (Massachusetts) considéraient qu’il changeait les termes de leur accord avec lui et les jugeait spirituellement laxistes. Dans leur tentative de diriger une congrégation, les pasteurs sont toujours en danger de mordre les mains qui les nourrissent (ainsi que leur famille).

Les pasteurs sont toujours en danger de mordre les mains qui les nourrissent (ainsi que leur famille).

Même dans son remarquable sermon d’adieux, jamais Edwards ne changea de conviction ni ne se départit de sa responsabilité spirituelle pour l’église et la communauté. Pour montrer l’évidence de son amour, il continua à les servir durant les quelques mois où on lui cherchait un remplaçant. Cela devait être bizarre.

Après Northampton, Edwards se déplaça à Stockbridge et servit comme missionnaire pour les Indiens de 1751 à 1758. Là il publia son ouvrage le plus lu, The Life of David Brainerd (La vie de David Brainerd), et de nombreux autres classiques intemporels : Freedom of the Will (La liberté de la volonté)Concerning the End for Which God Created the World (Pour quel but Dieu a créé le monde), The Nature of True Virtue (La nature de la vraie vertu), et Original Sin (Le péché originel).

Dans le ministère vous ferez face à des échecs. Il se peut même que vous soyez virés et vous pourrez vous demander comment vous ferez face aux besoins de votre famille. Mais l’apitoiement sur soi empêchera seulement de répondre fidèlement et de servir ultérieurement là où Dieu vous appelle.

5. L’opposition ne signifie pas nécessairement que vous avez été infidèle ou que Dieu vous désapprouve.

Nous désirons que les gens nous aiment. Mais si vous êtes trop soucieux de l’opinion des gens, vous pourriez ne pas être fait pour le ministère. Cependant, si vous en êtes trop peu soucieux, vous pourriez aussi ne pas être fait pour le ministère. Le point essentiel est que nous ne pouvons évaluer l’efficacité de notre œuvre seulement par la manière dont les gens y répondent. Si Jésus nous a dit de nous attendre à la persécution quand nous le suivrons, alors une persécution effective peut être le signe que nous sommes fidèles.

Tel fut le cas de Charles Simeon. Il grandit au sein de l’élite britannique du milieu du XVIIIe siècle et vécut le réveil évangélique alors qu’il était jeune homme. Il intégra le fameux collège de Holy Trinity à Cambridge à l’âge de 23 ans en 1782. Cambridge n’était pas exactement un bastion de piété. À cette époque les évangéliques étaient traités, avec dérision, du nom d’enthousiastes, parce que la religion était considérée comme devant être subie et non comme un sujet de joie.

Dès le début l’opposition fut intense. Les responsables d’église verrouillaient les bancs de devant (oui car, à cette époque vous deviez payer pour avoir votre place favorite) et ne se montraient pas. Ils prenaient les chaises qu’il avait préparées et les jetaient par les fenêtres. Ils fermaient l’église quand il voulait commencer un culte du dimanche soir. L’université de Cambridge programmait les cours au moment où il prêchait, de sorte que les étudiants ne pouvaient assister à ses prédications. Il fut bombardé d’œufs pourris. Une fois il échappa à des coups ou pire lorsqu’il changea de porte de sortie pour éviter des brutes rodant sur son chemin habituel.

Alors, comment supporta-t-il tout cela ? Par la Parole et la prière, qui le conduisaient à l’humilité. J’aime beaucoup la perspective que Dieu donna à Simeon : « Je préfèrais plutôt souffrir qu’agir ; parce que, en souffrant je ne pourrais pas manquer d’être juste ; tandis qu’en agissant je pourrais aisément me tromper. »

Il n’abandonna pas. Il ne céda pas. Et nous sommes tellement heureux qu’il ne fit ni l’un ni l’autre. De son ministère naquirent les Universities and Colleges Christian Fellowship (Communion chrétienne des universités et collèges), InterVarsity Christian Fellowship (Communion chrétienne interuniversitaire = GBU), International Fellowship of Evangelical Students (Communion internationale des étudiants évangéliques = idem), et d’autres encore.

Si vous êtes trop soucieux de l’opinion des gens, vous pourriez ne pas être fait pour le ministère. Cependant si vous en êtes trop peu soucieux, vous pourriez aussi ne pas être fait pour le ministère.

Peut-être êtes-vous familier avec Simeon, ou, au moins, avec ces différents ministères, mais vous n’avez probablement jamais entendu parler de Janani Luwum. Dans ce monde déchu, par contre, vous avez vraisemblablement entendu parler de Idi Amin, l’homme qui l’a tué. Luwum était archevêque de l’église anglicane en Ouganda jusqu’à sa mort en 1977. Si vous en jugez par l’issue vous pourriez penser qu’il était du mauvais côté de l’histoire. Néanmoins Luwum s’éleva et parla ouvertement contre l’un des dictateurs les plus meurtriers au monde, parce que Luwum savait qu’il avait l’approbation de Dieu en Christ. Comme l’a écrit Justin Martyr au second siècle : « Vous pouvez nous tuer, mais vous ne pouvez nous faire de mal. » L’histoire est éternelle et gouvernée par Jésus. Aussi nous ne craignons aucun leader qui s’oppose à lui et nous ne nous inclinons pas devant un tel homme. Comme Luwum le déclara à ses accusateurs : « Dieu est mon témoin. »

À la fin du chemin que Paul trace pour nous en 2 Corinthiens 4:8–11, nous trouvons Jésus :

Nous sommes affligés de toute manière, mais non pas écrasés ; dans la détresse, mais non dans le désespoir ; persécutés, mais non abandonnés ; abattus, mais non détruits ; portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps. Car nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle.

6. Attendez-vous à Dieu, particulièrement si vous ne savez pas où il est.

Nous avons publié ce livre (12 Faithful men, 12 hommes fidèles)en partie à cause de ce que nous avons vu et lu au sujet des suicides de pasteurs qui ont augmenté de 24 % entre 1999 et 2014. Il est difficile d’en connaître les raisons exactes. Ce travail inclut une forte pression, mais ce n’est pas nouveau, comme nous l’avons vu plus haut dans ces biographies de pasteurs. Au contraire, l’opprobre jeté sur la dépression clinique a quelque peu diminué et les médications sont plus largement accessibles.

Quelles que soient les raisons, les pasteurs sont souvent écrasés par la tristesse. Nous craignons d’ajouter nos propres fardeaux aux autres et de les décevoirs’ils connaissaient nos combats. C’est alors que la honte nous submerge.

Mais nous ne sommes pas seuls.

Il n’y a pas eu de pasteur davantage couronné de succès dans l’histoire que Charles Spurgeon. Il est probable que, en dehors des écrivains bibliques, personne n’est cité aussi souvent, de nos jours, spécialement par les pasteurs, que le « Prince des prédicateurs. » Et pourtant il souffrait de ses combats personnels qu’il appelait de diverses manières : « crises de défaillance » ou « tristesses spirituelles ». De manière remarquable, en ce milieu du XIXe siècle, il admettait ouvertement ces sentiments de désespoir et de découragement.

Il ne se remit jamais complètement d’un incident qui eut lieu le 19 octobre 1856, quand un de ses critiques cria : « Au feu ! » dans son église bondée tandis que Spurgeon prêchait. Cet acte eut pour conséquence une bousculade de milliers de personnes qui fit sept morts et 28 personnes sérieusement blessées. Spurgeon n’avait alors que 22 ans. Il n’était marié que depuis 10 mois et, depuis moins d’un mois, il était père de deux jumeaux. De toujours plus nombreuses critiques accablèrent Spurgeon pour cette tragédie. Sa femme, Susannah, pensa qu’il allait en devenir fou. Pourtant il continua de prêcher en étant honnête quant à son état.

Je regrette presque, ce matin, d’avoir pris le risque d’occuper cette chaire, parce que je me sens totalement incapable de vous prêcher pour votre profit. J’avais pensé que la tranquillité et le repos de cette dernière quinzaine auraient ôté les effets de cette terrible catastrophe ; mais en revenant au même endroit, et particulièrement en me tenant devant vous pour vous parler, je ressens quelque chose de ces mêmes pénibles émotions qui m’ont presque anéanti auparavant. C’est pourquoi vous voudrez bien me pardonner ce matin . . . J’ai été complètement incapable d’étudier . . . Oh, Esprit de Dieu, magnifie ta force dans la faiblesse de ton serviteur et rend le capable d’honorer son Seigneur, même quand son âme est abattue au-dedans de lui.

Il souffrait encore de stress post-traumatique, 25 ans plus tard, durant une grande réunion de l’Union baptiste où il subit une attaque de panique.

Quand les ténèbres descendent, un changement dans les circonstances peut parfois aider. Un régime alimentaire amélioré et plus d’exercice peuvent aider des pasteurs qui passent l’essentiel de leurs journées assis et à manger. Parfois des pasteurs ont besoin de démissionner et de quitter leur église. Parfois la médecine peut être un pont vers la récupération d’une santé normale.

Dans ces moments-là nous devons faire attention à ne pas prendre une décision hâtive sur laquelle nous ne pouvons pas revenir. C’est pourquoi les pasteurs ne devraient pas s’interroger sur leur avenir le lundi. Dieu est là, que nous puissions ou non le voir et le sentir dans la déprime du lundi. Il parle par sa Parole. Il nous écoute même si nous ne savons que gémir. Jésus est la tête du corps de Christ, son église. Et le dimanche suivant nous participerons à nouveau à son corps brisé pour nous et à son sang répandu pour nous au cours du Repas du Seigneur.

Les pasteurs ne devraient pas s’interroger sur leur avenir le lundi.

Il est certain que nous serons découragés. Certains d’entre nous sont portés à la mélancolie, comme l’était Edwards. Certains vont connaître la dépression clinique. Mais, à nouveau, la perspective éternelle est la clef de la situation. Nous vivons dans un monde déchu où le péché et ses effets affligent nos corps et nos pensées. S’attendre à Dieu peut durer indéfiniment. Et le seul scénario qui peut rendre la souffrance supportable en définitive – ce qui permettait à Paul de la qualifier de légère et momentanée – est la rédemption finale de toutes choses par Jésus-Christ. S’il n’est pas ressuscité, alors nous n’avons pas d’espérance. Mais puisqu’il l’est, alors nous avons toute l’espérance dont nous pourrions avoir besoin.

7. Faites ce qui est juste, même si vous pensez que c’est trop tard.

Qui sont les vrais héros du point de vue du ciel ? Je me demande à quoi vont ressembler les choses alors que les premiers sont les derniers et que les derniers sont finalement les premiers.

Wang Ming-Dao n’est pas bien connu en Occident, mais il a été appelé le doyen des églises de maison en Chine. Son ministère a commencé en 1923. Comme de nombreux autres conducteurs pionniers, il était connu pour ses convictions et son comportement sans compromis. Il s’attendait à connaître le scepticisme et la persécution. Cela était bon car c’était non seulement biblique, mais parce qu’il exerçait son ministère dans la Chine du XXe siècle où le christianisme était en conflit avec le communisme. Wang n’était intéressé ni par le confort ni par la réputation, ainsi était-il exactement la sorte de conducteur qualifié pour aider à diriger les églises chinoises.

Un thème récurrent dans l’histoire chinoise est celui du contrôle gouvernemental sur les églises. Cet enjeu est revenu en lumière récemment lors de la question de la reconnaissance, par le pape François, des évêques catholiques choisis par le gouvernement. Ce fut aussi un enjeu sous l’occupation japonaise durant la Seconde guerre mondiale. Wang résista à l’influence japonaise qui cherchait à obtenir de lui qu’il promeuve leur mandat. Puis, sous le communisme, il résista encore. Wang désapprouva l’Église patriotique de la triple autonomie dirigée par le gouvernement sur plusieurs points, principalement théologiques. Il ne voulut pas coopérer avec des pasteurs qui rejetaient la foi en la création, en la naissance virginale, en l’expiation substitutive, en la résurrection corporelle et dans le retour physique de Jésus.

Il fut harcelé par le gouvernement communiste de 1951 à 1955 et arrêté le 7 août 1955, après avoir émis une critique cinglante contre les libéraux de l’église de la triple autonomie. Le gouvernement le relâcha au bout d’un an – mais seulement après qu’il eut confessé des crimes qu’il n’avait pas commis. Il ne pensait pas que sa femme, ou d’autres dirigeants d’églises arrêtés en même temps que lui, pourraient tenir en prison. Aussi il reconnut ses torts pour qu’ils soient libérés.

Mais il ne se joignit pas à l’église d’État. Il ne pouvait pas vivre avec l’idée de se rétracter sur ce point. Aussi lui et sa femme retournèrent en prison en 1957. Il n’en sortit pas avant 1979. Elle fut libérée en 1974.

Mais cette décision d’avoir confessé des crimes hanta Wang. Il chercha le pardon et le reçut pour avoir renié ses vues au sujet de l’église d’État et du gouvernement. Il fit ce qui était juste sans en connaître les conséquences.

Le gouvernement chercha à le déposséder ainsi que sa famille de leur vie et de leur ministère. Mais il échoua. Les églises de maison prospérèrent, malgré la pression constante contre elles, jusqu’à ce jour. Billy Graham et d’autres ambassadeurs chrétiens soutinrent Wang. Et nous nous souvenons de lui aujourd’hui non seulement comme un homme d’une fermeté de conviction peu commune, mais aussi comme un réceptacle de la grâce dans sa faiblesse et sa faillite à vivre selon ses idéaux.

Qu’est-ce qui les a faits grands ?

Nous nous souvenons de tous ces hommes comme des héros. Du genre que nous voudrions imiter. Mais nous devons comprendre ce qui les a faits grands. Oui ils ont démontré un génie donné par Dieu, un dur labeur et de la détermination. Mais ce qui leur est commun c’est la volonté de supporter fidèlement les souffrances. Cela est un moyen choisi par Dieu pour notre sanctification et pour d’autres projets situés bien au-delà de l’horizon de notre entendement.

Commune à chaque grand conducteur est la volonté de supporter fidèlement les souffrances.

Nous ne sommes pas au-dessus de la souffrance parce que nous ne sommes pas au-dessus de Jésus. Lui a appris l’obéissance au travers de ses souffrances (Heb. 5:8). Il a souffert en vue de la joie qui était placée devant lui (Heb. 12:1–2) — c’est à dire son exaltation éternelle, dans laquelle aussi nous nous réjouissons.

Comme ministres de l’évangile, quand nous souffrons nous démontrons que nous ne vivons pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Deut. 8:3; Matt. 4:4). Quand nous suivons Christ, nous incitons les autres à nous suivre et à trouver la vie abondante. Paul nous en donne la mission en 2 Corinthiens 6:3–10:

Nous ne donnons aucun sujet de scandale en quoi que ce soit, afin qu’aucune faute ne soit trouvée dans notre ministère. Mais, comme serviteurs de Dieu, nous nous rendons à tous égards recommandables : par beaucoup de patience dans les tribulations, dans les calamités, dans les détresses, sous les coups, dans les prisons, dans les troubles, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes ; par la pureté, par la connaissance, par la longanimité, par la bonté, par le Saint-Esprit, par un amour sincère, par la parole de vérité et par la puissance de Dieu ; par les armes de la justice, pour la main droite et pour la main gauche ; dans l’honneur et le déshonneur, au milieu de la mauvaise et de la bonne réputation. Nous sommes regardés comme imposteurs, quoique véridiques ; comme inconnus, quoique bien connus ; comme mourants, et voici nous vivons ; comme châtiés, quoique non mis à mort ; comme attristés, et nous sommes toujours joyeux ; comme pauvres, et nous en enrichissons beaucoup ; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses.

La clef pour tenir bon dans le ministère toute la vie durant, c’est de se souvenir que nous vivons pour Jésus, pour l’éternité.

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