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« Tu m’as rejeté loin de la paix. J’ai oublié ce qu’est le bonheur. Et j’ai dit : elle est perdue, ma confiance, mon espérance en l’Eternel » (Lamentations 3.17-18). Quelle terrible plainte ! Quel sinistre constat : l’absence de toute paix et de toute joie, la perte de confiance et d’espérance. En un mot, le désespoir. Ces mots, qui nous brisent le cœur, sont ceux du prophète Jérémie qui, dans le livre des Lamentations, exprime la profondeur de sa souffrance alors que son peuple traverse une terrible épreuve (le jugement sur Jérusalem et la déportation) et que lui-même est en proie au malheur et à la persécution. Est-ce que Jérémie exagère ? N’aurait-il pas dû surveiller un peu ses propos ? Un croyant peut-il vraiment arriver à ce constat ? Oui, un croyant peut être éprouvé à ce point. Les Lamentations de Jérémie ne sont pas un cri du cœur maladif et irréfléchi. Au contraire, le prophète a réfléchi à ce qu’il voulait écrire : en effet, l’ensemble du livre est structuré avec soin, sous la forme de cinq poèmes en acrostiches, composés de strophes, et nous instruit donc quant à la manière dont nous pouvons exprimer notre souffrance.

Des vérités auxquelles s’accrocher au cœur du malheur

Au cœur de ces cinq chapitres très sombres, le passage de Lamentations 3.19-39 nous offre de remarquables éclats d’espérance, des vérités lumineuses qu’un homme particulièrement malheureux médite pour traverser son épreuve avec le regard de la foi. Ces certitudes peuvent donc nous réconforter et imprégner notre vision du monde lorsque nous sommes accablés à titre personnel. Mais elles sont aussi pertinentes et apaisantes lorsque, comme Jérémie, nous observons les souffrances du peuple de Dieu (aujourd’hui, l’Église) ou les errements et jugements des nations dont nous sommes les citoyens. Dans ces trois contextes (difficultés personnelles, ecclésiales ou nationales), le prophète Jérémie nous fournit plusieurs clés.

1. Parler à notre âme

« Souviens-toi de mon humiliation et de ma vie errante, de l’absinthe et du poison. Mon âme s’en souvient bien, elle est abattue au-dedans de moi. Voici ce que je veux repasser en mon cœur, ce pourquoi j’espère… » (versets 19-21). Jérémie est bien conscient de son humiliation et de son amertume. Mais il ne s’arrête pas là. Il se met à réfléchir à ce qu’il sait, il proclame ce en quoi il croit, il va repasser en son cœur ce en quoi il espère. Tout comme le psalmiste qui, après avoir exprimé sa tristesse, parle à son âme : « Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu sur moi ? Attends-toi à Dieu, car je le célébrerai encore pour son salut »(Psaume 42.6).

2. Méditer sur la personne de Dieu

« C’est que la bienveillance de l’Eternel n’est pas épuisée et que ses compassions ne sont pas à leur terme. Elles se renouvellent chaque matin. Grande est ta fidélité ! L’Eternel est mon partage, dit mon âme ; c’est pourquoi je veux m’attendre à lui » (versets 22-24). Le prophète concentre son regard sur les attributs de Dieu. Il est enraciné dans les vérités de l’alliance, il connaît son Dieu, ce même Dieu qui s’est présenté à Moïse comme compatissant et faisant grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité (Exode 34.6-7).

L’Église est parfois souffrante, accablée, mais Dieu reste bon, patient, faisant concourir toutes choses au bien de son peuple

Quand le peuple de Dieu est éprouvé, a-t-on de réflexe de méditer sur les attributs de Dieu ? L’Église est parfois souffrante, accablée, mais Dieu reste bon, patient, faisant concourir toutes choses au bien de son peuple. Quand nos nations sont ébranlées et/ou jugées, quand elles s’égarent loin des voies de Dieu, se souvient-on que Dieu est miséricordieux même lorsqu’il corrige dans sa colère ? Quand nous sommes accablés dans nos propres souffrances, adoptons-nous encore ce regard de la foi qui croit que Dieu est bon… même lorsque la réalité visible semble affirmer le contraire ?

Chaque matin, à notre réveil, la bonté et la compassion de Dieu se renouvellent. Les réserves de grâce ne sont jamais à sec. Le prophète s’en souvient. Le désespoir du verset 18 a fait place à un regain d’espérance.

3. Attendre en silence

« L’Eternel est bon pour qui espère en lui, pour celui qui le cherche. Il est bon d’attendre en silence le salut de l’Eternel. Il est bon pour l’homme de porter le joug dans sa jeunesse » (versets 25-27). Jérémie cherche Dieu : il s’adresse à lui par la prière, sachant que Dieu est bon à l’égard de ceux qui adoptent cette attitude. Mais dans cette « recherche » de Dieu, le prophète reste calme, comme David dans le Psaume 131 : « J’ai l’âme calme et tranquille, comme un enfant qui est auprès de sa mère ». Dieu gère. Jérémie attend en silence. Aussi bien dans nos malheurs personnels que dans la situation politico-sanitaire actuelle, il est vite fait de paniquer, de s’agiter, de perdre courage. Jérémie nous apaise : cherchez Dieu et attendez-vous à lui !

4. Croire que Dieu n’est pas perfide

« Car le Seigneur ne rejette pas à toujours. Mais lorsqu’il afflige, il a compassion selon sa grande bienveillance. Car ce n’est pas volontiers qu’il humilie et qu’il afflige les fils d’homme » (versets 31-33). Le prophète sait que l’épreuve qui affecte son peuple ne durera pas toujours : il le sait, parce que Dieu lui a révélé ses desseins et ses projets bienveillants, à lui, son prophète. En tant que chrétiens, nous avons la certitude que nos épreuves auront une fin… lorsque Jésus-Christ reviendra. C’est déjà glorieux ! Mais peut-on espérer la fin de certaines souffrances ici, sur cette terre ? Vaste question… Mais si l’Eternel est aussi bon que l’assure Jérémie, alors nous pouvons croire qu’il ne laissera pas indéfiniment un croyant tourmenté par une même épreuve, ou du moins qu’il lui accordera un jour la grâce de traverser cette épreuve avec une plus grande paix… Or quand l’épreuve n’est plus source de désespoir, elle en devient moins éprouvante.

Si l’Eternel est aussi bon que l’assure Jérémie, alors nous pouvons croire qu’il ne laissera pas indéfiniment un croyant tourmenté par une même épreuve, ou du moins qu’il lui accordera un jour la grâce de traverser cette épreuve avec une plus grande paix

Jérémie nous rappelle ensuite deux choses essentielles : d’une part, Dieu n’afflige pas volontiers, il ne prend pas plaisir à corriger ou à juger. D’autre part, toute épreuve est dans sa main, rien n’est dû au hasard ou à destin impersonnel. En d’autres termes, tout malheur que nous traversons est envoyé et parfaitement « dosé » par un Dieu qui, loin d’être sadique, perfide ou capricieux, agit constamment avec compassion.

5. Croire en la souveraineté de Dieu

« Qui est celui qui a dit, et cela fut ? Le Seigneur n’est-il pas celui qui commande ? N’est-ce pas de la bouche du Très-Haut que sortent les maux et les biens ? » (versets 37-38). Dans la continuité de ce qui précède, Jérémie réaffirme la souveraineté de Dieu sur toutes choses. Alors que, dans les premiers chapitres, le prophète semblait presque « en vouloir » à Dieu pour ses épreuves, il devient ici son « défenseur », cherchant à convaincre son public que la souveraineté de Dieu ne doit jamais être remise en cause, qu’elle doit nous conduire non pas à la révolte mais à la confiance. Il est apaisant de « tomber » entre les mains de ce Dieu-là !

6. Ne pas se plaindre de Dieu, mais de soi-même

« Pourquoi l’homme vivant se plaindrait-il ? Que chacun se plaigne de ses propres péchés » (verset 39). Le prophète nous dit : taisez-vous, arrêtez de vous plaindre… et plaignez-vous de vos propres péchés. Dans le contexte de l’époque, cela sous-entend que le peuple reçoit ce qu’il mérite et qu’il ferait mieux, plutôt que de rouspéter, de réfléchir aux raisons du jugement qui le frappe. Mais dans la vie de tous les jours, c’est aussi une bonne « philosophie » de vie, un bon mot d’ordre : lorsque j’ai tendance à me plaindre de mes circonstances, je serais bien inspiré de me plaindre de ma mauvaise réaction dans ces circonstances, de voir ma colère, mon manque de foi, mes doutes, ma haine, mon amertume, mon découragement… Ce qui nous conduit à notre dernier point.

La souffrance n’est-elle pas le mégaphone de Dieu, visant à nous rendre plus humbles devant lui, plus dépendants de lui, plus proches de lui ?

7. Se repentir et réfléchir

« Examinons nos voies et sondons-les, et retournons à l’Éternel. Elevons notre cœur comme nos mains vers Dieu qui est au ciel : nous avons-nous-mêmes été criminels et rebelles ! Et toi, tu n’as point pardonné ! » (versets 40-42). Nous n’avons pas le temps de réfléchir ici à l’articulation entre « péché » et « souffrance ». Dans le cas d’Israël, son malheur était clairement la conséquence de sa désobéissance. Le peuple devait donc se repentir. Cela peut être le cas dans nos vies, comme cela peut ne pas être le cas. Mais finalement, la repentance n’est-elle pas toujours une bonne chose ? Toute épreuve n’est-elle pas l’occasion de s’examiner et de déraciner de mauvaises habitudes ? La souffrance n’est-elle pas le mégaphone de Dieu, visant à nous rendre plus humbles devant lui, plus dépendants de lui, plus proches de lui ? « Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, réfléchis »(Ecclésiaste 7,14).

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