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4 Facons d’aimer une personne prise de court par la perte d’un proche

Quelques jours avant les funérailles de mon mari, j’ai demandé à mon amie de nous conduire au cimetière, mes quatre enfants et moi. La mort de Rob avait été une surprise tragique (NDE : Clarissa a perdu son époux Rob durant l’été 2019 lors d’un tragique accident de montagne). Alors que je cherchais la sécurité dans l’obscurité d’un chagrin aigu, je déterminai comment traverser l’épreuve de son enterrement à venir. Je visiterais le cimetière et marcherais jusqu’au terrain où il serait enterré. Je m’assoirais dans le sanctuaire pour le service du culte. J’irais même jusqu’à faire le tour de la maison avec mes nouvelles chaussures pour m’assurer que je peux marcher sans trébucher.

Lorsque la voiture s’arrêta à l’entrée du cimetière, j’ai demandé à mon amie de couper le moteur. Je ne pouvais m’empêcher de me souvenir de toutes ces fois où, en famille, nous avions pris ce chemin en voiture pour aller randonner les samedis en montagne. Je n’avais jamais remarqué ce cimetière sur la colline. Nous restions là, silencieuses, regardant à travers la portière le champ calme et vert situé au-dessus de nous. C’était absolument magnifique, si tranquille, un lieu de repos parfait pour mon bien-aimé. Je respirai profondément, me détendis par le biais de la respiration et fermai les yeux pendant un moment. Le moteur de la voiture redémarra, la voiture avança et je me dis : « Je suis heureuse d’être ici. Au moins maintenant ce ne sera plus une surprise. »

En un an et demi, à plusieurs reprises j’aurais souhaité être plus intentionnelle et préventive dans ma façon d’interagir avec le chagrin. Mais le deuil n’est pas comme un voyage que l’on planifie, vous ne pouvez pas cartographier votre itinéraire à l’avance. Au lieu de cela, le chemin de la douleur traverse, à la débandade, un nouveau paysage façonné par la tristesse. Le deuil est rempli de surprises.

Le deuil n’est pas comme un voyage que l’on planifie-vous ne pouvez pas cartographier votre itinéraire à l’avance.

Pour les chrétiens, ces surprises s’avèrent être souvent particulièrement choquantes pour nos vies spirituelles. Nous avons accepté l’avertissement de l’Évangile selon lequel prendre notre croix, c’est suivre le Christ dans la souffrance. Nous avons revendiqué notre volonté de partager sa mort afin que nous puissions aussi jouir de la plénitude de sa vie.

Voyons les propos de C. S. Lewis dans son ouvrage Apprendre la mort : « On nous a promis des souffrances. Elles faisaient partie du programme. On nous a même dit : ‘Heureux ceux qui pleurent’, et je l’accepte. Je ne possède rien qui n’ait été négocié à l’avance. Bien sûr, c’est différent quand la chose nous arrive, pas seulement aux autres, et qu’elle est réelle, pas imaginaire. »

Indépendamment de cette connaissance, quand la mort arrive et que le chagrin s’en suit, nous sommes, pour la plupart d’entre nous, surpris. Si vous servez l’Église à quel titre que ce soit, vous côtoyez régulièrement des gens qui vivent de façon confuse la perte d’un proche. Au-delà de l’appel à « regarder comme un sujet de joie complète », comment pouvons-nous aider ceux dont la vie est marquée par l’épreuve douloureuse du deuil ?

Votre assemblée peut cheminer de plusieurs manières avec ceux qui pleurent, les accompagnant ainsi à travers les aléas du deuil. Vous pouvez prendre en considération ces quatre façons :

1) Reconnaissez à quel point le chagrin est douloureux.

Perdre un être cher, c’est être aveuglé par la profondeur et l’ampleur de la malédiction. La mort et le chagrin nous font affronter notre fragilité, notre manque de contrôle, la réalité de notre héritage en tant qu’enfants d’Adam et d’Ève. Tout comme nos ancêtres l’ont fait à la limite du jardin d’Eden, nous nous tenons dans le cimetière et nous nous lamentons sur ce qui relève du passé. ‘Tu es poussière et tu retourneras à la poussière’.

Dans la tombe, les torts du passé ne peuvent pas être réparés. Même les paroles d’amour s’affaissent dans des oreilles éteintes. La finalité de la mort inflige une douleur brûlante. Tout comme Adam et Ève regardaient le chérubin garder le jardin avec l’épée enflammée, nous nous tenons debout là, surpris. Jamais nous n’aurions pu imaginer que la douleur de la séparation pourrait faire aussi mal.

Jamais nous n’aurions pu imaginer que la douleur de la séparation pourrait faire aussi mal

Alors que nous exerçons notre ministère auprès de ceux qui souffrent, nos assemblées peuvent leur offrir un profond réconfort en reconnaissant à quel point la malédiction interfère dans nos vies. Nous vivons dans la réalité de la résurrection, mais notre corps souffre de dégradation, des drames se produisent et la mort fait des ravages. Ce monde peut être un endroit douloureux dans lequel vivre (Rom. 8:1-23). Nous offrons la grâce à ceux qui pleurent quand nous nous lamentons à côté d’eux, quand nous prenons part à la peine suscitée par leur perte et que nous les laissons supporter leur douleur aussi longtemps qu’ils ont besoin de le faire.

2) Acceptez que le deuil puisse durer longtemps.

Je suis toujours frappée par les annonces nécrologiques des femmes âgées qui mentionnent les enfants qu’elles ont perdus dans la petite enfance. Je ne sais pas pourquoi cela me surprend ; je sais que le deuil dure toute une vie. Malgré le temps écoulé depuis la dernière pelletée de terre recouvrant le cercueil, le chagrin persiste longtemps. Même si vous avez d’autres enfants. Même si vous vous remariez. Même si votre vie se reconstruit autour de votre perte. Le deuil se souvient de l’amour et de la vie qui furent jadis.

Nous sommes souvent surpris de la durée du deuil, et nous attribuons à tort sa présence continue à un manque de foi. Jésus promet aux croyants la vie dans toute sa plénitude ; comment la tristesse pourrait-elle en faire partie ? Mais si la malédiction reste jusqu’au jour de la rédemption, nous pouvons aussi nous attendre à ce que le chagrin persiste.

L’apôtre Paul écrit dans 1 Corinthiens 15  que le dernier ennemi à vaincre sera la mort. Selon ce calendrier, nos assemblées pourraient avoir besoin d’ajuster certaines attentes. Notre ministère auprès des personnes endeuillées ne sera pas saisonnier, mais durera tout au long de la vie, ne sera pas inclus dans un « programme spécialisé » mais offert à toute l’Église. Dans votre accompagnement des personnes endeuillées de l’Église, attendez-vous à vous engager aussi longtemps qu’il le faudra. Retrouver un certain épanouissement après la perte d’un être cher peut prendre toute une vie.

3) Admettez combien il peut être difficile de trouver de la compagnie.

Lorsque vous avez perdu un être cher, les ragoûts et les repas congelés s’entassent. Mais de bons compagnons durables peuvent être difficiles à trouver. Les gens offrent des platitudes ou le silence ou, pire, la critique ; et les personnes en deuil découvrent à leur douloureuse surprise à quel point le chagrin peut être solitaire. Job, cette grande image de la souffrance du juste, appelle ses compagnons, Eliphaz, Bildad, et Tsophar les « misérables consolateurs », et la plupart du temps, j’étais d’accord avec lui (Job 16:2). Ces trois-là offraient une consolation comme un coup de poignard, en encourageant Job à cracher la vérité au sujet de ses péchés alors que sa vie gisait autour de lui, en ruines.

Qui a besoin d’amis comme ça ? C’est ce que je pensais, jusqu’à ce que je devienne veuve. Puis, je l’ai expérimenté. Je n’avais pas besoin de perfection. J’avais juste besoin d’amis engagés et investis.

Je n’avais pas besoin de perfection. J’avais juste besoin d’amis engagés et investis.

Le deuil a une façon douloureuse de changer les relations ; nous appelons ces changements des « pertes secondaires ». Il est difficile de se lier d’amitié et de soutenir une personne en deuil, surtout à long terme. Beaucoup de gens trouvent qu’ils n’ont ni le courage ni l’intérêt pour cette tâche. L’Église est souvent bonne en cas de catastrophe : des wagons entiers de repas, des chaînes de prières et des groupes de programmes spécialisés. Mais nous avons beaucoup de mal à conserver l’amitié avec les personnes en deuil pendant les nombreuses années qui suivent leur perte.

Bien que leur compassion ne leur fasse remporter aucun prix, les amis de Job ont fait une chose juste : ils sont restés près de lui. Dans votre ministère auprès des personnes endeuillées dans votre assemblée, engagez-vous à vous lier d’amitié avec amour et de façon imparfaite. Tout comme les amis de Job, vous ne direz pas que des bonnes choses. Vous pouvez tourner votre langue dans votre bouche plus d’une fois avant de parler. Mais au fur et à mesure que la profondeur de votre amitié grandira, les intentions de votre Église transparaîtront. Dire la bonne chose deviendra moins préoccupant. La présence continue de votre assemblée offrira une bonne surprise à ceux qui subiront une baisse de la profondeur des relations après la mort de leur bien-aimé.

4) Adorez Jésus ensemble.

Le deuil fait partie intégrante de notre fragilité humaine. Que nous suivions fidèlement Jésus depuis de nombreuses années ou que nous nous soyons récemment tournés vers lui, le chagrin expose les ténèbres de ce monde et peut secouer le fondement même de la foi la plus ferme. Parfois, nous serrons les poings dans une colère contre Dieu ; d’autres fois, nous ne sentons que son silence. Pour beaucoup, c’est la surprise la plus douloureuse de toutes.

J’entends souvent ce refrain dans le nouveau podcast que je co-anime : les gens en deuil s’accrochent au Christ crucifié. Quand les douleurs de cette vie menacent de nous submerger, sa résurrection offre de l’espoir. Mais, peut-être de manière encore plus puissante, la mort de Jésus nous rappelle sa compréhension intime et sa présence avec nous dans la souffrance. Les personnes en deuil voient leurs peines quand elles regardent la croix.

Les personnes en deuil voient leurs peines quand elles regardent la croix.

Durant votre marche auprès de personnes en deuil dans votre assemblée, adorez Jésus ensemble. Ne dirigez pas seulement votre Église vers le tombeau vide mais vers les mains marquées par les clous. Tout comme les amis sur la route d’Emmaüs, pleurez et proclamez la gloire. Le deuil fait très mal et dure longtemps. Il peut nous isoler de Dieu et de nos communautés. Mais le chagrin peut aussi être le lien qui nous unit les uns aux autres et nous ancre plus étroitement à l’Évangile. Puisque votre communauté pleure en fixant ses regards sur Jésus, rien de tout cela ne sera vécu comme un étonnement.

Note de l'éditeur : 

Traduit par Anaïs Visca de 4 Ways to Love Someone Blindsided By Loss

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