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La moralité sans Dieu

La question du sens de la vie humaine est l’une des plus vitales que nous pouvons poser. La réponse nihiliste – la reconstruction personnelle des valeurs – n’est pas la seule option possible. D’après une posture courante, le sens de la vie humaine – et en particulier la moralité – ne nécessite pas l’existence de Dieu. La question de la « moralité sans Dieu » est particulièrement importante dans les débats apologétiques contemporains. Ce sujet semble même être plus important que celui, métaphysique, de son existence.

Le problème

Dostoïevski a averti, comme de nombreux autres penseurs : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis ! » Cependant, cette prophétie littéraire ne s’est pas accomplie. Il suffit de regarder autour de nous : de nombreux athées, agnostiques, bouddhistes ne croient pas en Dieu et, cependant, ne se permettent pas tout. Pourquoi, alors, affirmer que s’il n’existe pas, tout est permis ?

Une telle affirmation semble évidente pour le chrétien. Cependant, nous devons prendre conscience que, pour nos contemporains, les choses ne sont pas aussi claires. Bien au contraire : ils regardent le monde et voient que partout de nombreuses personnes continuent à « faire le bien ». Ils ne volent pas, ils ne tuent pas, ils aident leurs voisins. Et ils ne sont pas chrétiens. La conclusion évidente devrait être que nous n’avons pas besoin de Dieu pour être « moraux ».

Une foi, des arguments Apologétique pour tous

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La foi en Christ, loin de nous maintenir dans l’infantile, nous invite à être des chrétiens adultes

La foi chrétienne est attaquée de différentes manières. On la dit dépassée, contredite par la science et par la situation de notre monde, ou encore basée sur des textes peu fiables. Tout cela peut être terriblement déstabilisant. Ce livre expose les réponses que des croyants peuvent apporter en développant toute la palette des argumentations possibles.

Un ouvrage de référence précieux pour aider à répondre aux questions qui nous sont posées par la société et pour permettre un véritable dialogue entre chrétiens et non-chrétiens.

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Cependant, cette manière de résumer le problème commet une erreur importante. La question n’est pas de savoir si nous devons être chrétiens pour être « moraux ». En cela, nous serons d’accord avec nos contemporains : il n’y a pas que les chrétiens qui peuvent s’arrêter sur le bord de l’autoroute pour aider quelqu’un dont la voiture a un pneu crevé. Cependant, on ignore la vraie question, que nous pouvons formuler ainsi : la moralité peut-elle exister sans Dieu ? Quel est le fondement de la moralité humaine ? A moins de nier que le bien et le mal sont des notions objectives, c’est-à-dire nier qu’il y a des choses bonnes et mauvaises, la question est absolument cruciale. Avons-nous donc vraiment besoin de Dieu pour être « moraux » ?

Active-neurones

«Aucune émotion n’est en elle-même un jugement; en ce sens, les émotions et les sentiments se situent tous en dehors de la logique. Mais ils peuvent être raisonnables ou déraisonnables dans la mesure où ils se conforment ou non à la raison.»

C.S. Lewis, Labolition de lhomme, Raphaël, 2000, p. 34

Quelques options

De nombreux auteurs athées ont argumenté pour une moralité sans Dieu. L’une des grandes figures publiques du « nouvel athéisme », Sam Harris, a critiqué la perspective chrétienne2. Il a souligné que les êtres humains pouvaient poser des actes moraux sans nécessairement croire en Dieu. Ce faisant, il a commis la même erreur que celle décrite ci-dessus et ne pose pas la bonne question. Cependant, la position de Harris est un bon exemple, car il désire maintenir une « moralité » – un bien et un mal – existant pour chacun de nous. Comment explique-t-il son origine ou son fondement ?

  • La première option serait de considérer que les critères servant à délimiter le bien et le mal existent comme des « sortes » d’objets sur lesquels nous fondons notre moralité. C’est une position qui s’inspire en grande partie de la philosophie de Platon : nous pouvons pratiquer le bien parce qu’il y a « quelque part » une perfection du Bien qui existe et qui nous sert de standard. Cependant, sans accès à ce standard, comment avoir la certitude qu’il est réel et ne nous trompe pas ?
  • Une deuxième manière d’imaginer une moralité sans Dieu serait de simplement dire qu’elle correspond à un « consensus » humain, du type « droits de l’homme ». Cependant, cela n’explique pas quel est le fondement, ou l’origine, de ce consensus : comment s’est-il formé ? Qui en est à l’origine et comment expliquer que tous les êtres humains doivent le suivre ? La seule possibilité, finalement, est de simplement affirmer ce consensus sans pouvoir expliquer l’apparition de la moralité humaine.
  • Une troisième option, relativement récente, a été proposée par le philosophe et éthicien britannique Derek Parfit1 (1942-2017). La solution adoptée ici consiste à dissocier la moralité de l’identité personnelle. Cette solution n’a pas comme objectif de nier l’existence de valeurs morales. Au contraire, Parfit est tout à fait convaincu de leur nécessité. D’où vient la moralité, d’après lui ? Elle est la conséquence d’une acceptation rationnelle des valeurs considérées : « Chacun devrait suivre les principes dont l’acceptation universelle pourrait être rationnellement voulue par les autres. » Une action est bonne, ou morale, parce que tout le monde peut arriver à la conclusion rationnelle qu’elle l’ Les choses auxquelles nous arrivons rationnellement correspondent à ce que nous devrions faire, non pas à cause d’un hypothétique commandement divin, mais parce qu’il est rationnel de le faire. Le problème de cette option est qu’elle peine à rendre compte de la manière dont nous pourrions tous arriver à de mêmes conclusions quant à ce qui est moral. Elle peine aussi à expliquer pourquoi des êtres tout à fait rationnels arrivent à une moralité différente. Nous pouvons d’ailleurs nous demander si elle n’est pas trop idéaliste quant à ce que la raison humaine peut faire.

Une dernière option, privilégiée par Sam Harris, consiste à affirmer que les valeurs morales sont le résultat purement naturel de notre adaptation évolutionniste et de notre conditionnement social. C’est la sélection naturelle qui, d’après lui, est le moteur de la création morale. C’est parce que l’espèce deviendra mieux adaptée à la survie dans son environnement que des comportements comme l’altruisme, le sacrifice ou la bonté ont été sélectionnées. De telles valeurs qualifiées de « bonnes » ne le sont que par leur utilité pour la survie de l’espèce. En soi, il n’y a pas de « bonnes » valeurs.

Cette explication naturaliste est assez commune, mais elle pose un problème important : elle nous amène à conclure qu’il n’y a rien de mauvais en soi. Le mal, quel qu’il soit, ne l’est jamais vraiment. Ou plutôt, il n’est que relatif. Si jamais notre survie demande que le standard du bien et du mal change, rien ne peut l’empêcher. Si, un jour, à cause des changements de conditions de notre environnement social, l’altruisme n’est plus favorable à notre espèce, les valeurs morales qui lui sont associées deviendront accessoires, voire nuisibles.

Bien sûr, Harris est conscient de cela et propose de redéfinir le « bien » comme étant ce qui est bénéfique au « bien-être » de l’espèce. Cela débouche sur une vue très réduite du bien. En effet, si la sélection naturelle est le moteur de l’émergence des valeurs morales (le « bien »), il est difficile d’expliquer comment celles-ci en viennent à manifester non pas la sélection naturelle mais le bien-être. A moins, bien sûr, de dire que la sélection naturelle privilégie le bien-être, ce qui serait assez injustifié. Un auteur comme Harris ne peut pas en rendre compte, probablement parce que le choix d’associer bien-être et sélection naturelle est arbitraire et trahit la nécessaire existence de valeurs « morales » objectives, ne serait-ce que le bien-être de l’espèce. En conséquence, ce qui est « bon », c’est ce qui nourrit le bien-être. Cependant, cette conclusion est plus de l’ordre de la foi irraisonnée que de l’affirmation scientifique ou philosophique.

Le sens de la vie: entre autonomie personnelle et don du Créateur

La question du sens de la vie et du fondement moral de cette dernière est plus compliquée qu’il ne semble à première vue, car elle est souvent doublée de questions profondément personnelles. Encore et toujours, l’engagement apologétique inclut une dimension éminemment pastorale. Les options que nous trouvons autour de nous varient grandement, depuis « La vie n’a pas de sens » à « Construisez vos propres valeurs » ou encore à la refondation des valeurs morales sur une base instable, qu’il s’agisse d’un consensus, de la raison ou d’une évolution humaine.

Un point commun émerge de toutes les options possibles : l’autonomie humaine. C’est l’être humain qui, par sa raison, sa volonté ou une autre qualité intrinsèque, est appelé à devenir le fondement de la morale ou du sens (et du « non-sens ») de l’existence. C’est l’être humain qui devient, en fin de compte, le standard par lequel le sens profond de la vie est mesuré. Or, le deuxième point que toutes les options considérées ont en commun, c’est leur impossibilité quand on va jusqu’au bout de leur logique : aucune d’elles ne parvient à rendre pleinement compte du sens dramatique que contient l’existence humaine. Chacune s’appuie sur une idole : l’espoir naïf, l’idéal personnel, le désespoir radical, le courage individuel, etc.

L’Ecriture présente une vision du monde qui permet de maintenir plusieurs éléments nécessaires à l’élaboration d’une réponse pleine d’espérance pour nos contemporains :

  • Tout d’abord, la Bible fonde le sens de la vie et son standard moral en Dieu. Elle dévoile un Dieu qui crée les êtres humains à son image : nous sommes créés pour manifester le même caractère et les mêmes « valeurs morales », qu’il nous communique dans sa Parole.
  • Ensuite, le sens de la vie est brisé, perverti par le péché qui nous affecte tous. L’absurde de Camus est, en ce sens, bien réel : c’est l’existence humaine sans Dieu, « sous le soleil ».
  • Enfin, la Bible nous présente un monde dans lequel Dieu exerce toujours sa bonté envers nous en restreignant les effets du péché et en permettant que nous puissions tous être « moraux ». Ainsi, dans un certain sens, même un non-chrétien doit sa « moralité » à Dieu.

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