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Un conte arboricole. Comment la théologie des arbres imprègne la Bible

Les Évangiles nous racontent une histoire d’arbres.

Tout commence avec Jean-Baptiste. Il vient prêcher un Évangile de repentance, nous avertit que « déjà la hache est mise à la racine des arbres » (Matthieu 3:10). Les arbres qui ne portent pas de fruits, ou qui portent des mauvais fruits, seront abattus et jetés au feu. Plus tard, Jésus réitèrera cet avertissement. On reconnaît les arbres aux fruits qu’ils produisent. Les bons arbres portent de bons fruits, les mauvais arbres portent de mauvais fruits et ces derniers sont destinés au feu (Matthieu 7:17-20).

Ce ne sont pas là des avertissements en vue d’un jugement universel. Quand Jean fait référence à la « hache », il nous ramène à Esaïe 10, lorsque Yahvé fait de l’Assyrie le bâton de sa colère et la hache avec laquelle il détruit et coupe la forêt de Juda (Esaïe 10:5-19). Puis, dans le Psaume 74, le temple est la forêt que les ennemis d’Israël abattent à la hache (versets 1 à 7). Comme beaucoup d’avertissements dans les Évangiles, les prophéties de Jean et de Jésus qui mentionnent des arbres, parlent du malheur qui arrivera au temple, bientôt démoli pierre après pierre par les Romains (Matthieu 24:1-2).

Le conte arboricole atteint son paroxysme pendant la Semaine Sainte. Du bosquet sur le mont des Oliviers, Jésus arrive à Jérusalem (Matthieu 21:1). Il entre dans Jérusalem monté sur un ânon qui piétine des branches d’arbres (Matthieu 21:8), tout comme Yahvé marchait sur la cime des arbres afin de mener David dans la bataille (2 Samuel 5:17-25). Jésus marche directement vers le temple et, après avoir inspecté la maison de Dieu, il la réhabilite comme on défriche une forêt. Ensuite, il quitte Jérusalem pour passer la nuit à Béthanie. Le lendemain matin, il fait une étrange rencontre avec un figuier. Le trouvant infructueux, il le maudit : « Que jamais plus tu ne portes de fruit ! » (Matthieu 21:19). Selon le récit de Matthieu, « le figuier sécha immédiatement ».

Matthieu juxtapose l’incident du temple avec celui du figuier. Dans Marc 11:12-26, les deux épisodes forment ce que l’on pourrait appeler un « sandwich à la manière de Marc » comme ce dernier a l’habitude de procéder : Jésus maudit l’arbre, Jésus déblaie le temple, l’arbre flétrit. Matthieu et Marc veulent que l’on perçoive le lien entre les deux épisodes. Les avertissements antérieurs à ce passage, lorsqu’ils sont donnés à des arbres, sont la clé pour bien comprendre ce qui se passe. Jésus vient au temple, à la recherche de fruits qui prouveront que le temple est un bon arbre. Mais le temple est une cachette où les brigands opèrent, ce n’est plus une maison de prière. Lorsqu’il maudit le figuier infructueux, c’est le symbole d’une malédiction prononcée sur le temple infructueux. C’est un avertissement sans équivoque au sujet du feu à venir qui laissera le temple flétri.

La mort de l’arbre.

Jésus est le bon arbre. Il produit le fruit de bonnes œuvres, il purifie les lépreux, il délivre ceux qui sont possédés par des démons qui les rendent esclaves, il guérit ceux qui sont flétris et malades, il ressuscite les morts. Ses paroles sont comme des aliments nourrissants pour tous ceux qui les entendent. Même quand Jésus marche dans le désert, il y a toujours beaucoup de nourriture. Sa présence transforme le désert en un champ fertile.

Cependant, alors que l’on avance dans la Semaine Sainte, Jésus semble être en train de changer. Il est arrêté, jugé et torturé. Il ne guérit plus les corps, mais souffre dans le sien. L’homme qui a combattu Satan et chassé les démons est assujetti aux pouvoirs des ténèbres. Finalement, il est cloué à un arbre (Galates 3:13, traduction Français Courant. Dans d’autres traductions, le mot utilisé est « bois »). Il semble que la malédiction qu’il a prononcée sur le figuier s’est retournée contre lui. Jésus, l’arbre fructueux, devient Jésus, l’arbre flétri. Et c’est précisément ce qui s’est passé. Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi, pour mourir sous la malédiction de la loi afin de racheter ceux qui sont sous le régime de la loi. Jésus prend la malédiction d’Israël sur lui-même, et ainsi, aux yeux de tout le monde, il est semblable à un arbre infertile, destiné au feu.

Jésus, l’arbre fructueux, devient Jésus, l’arbre flétri.

Subitement, un retournement de situation intervient dans ce conte arboricole. Jésus est élevé dans sa mort, tel un fruit desséché accroché à un arbre de la mort. Après sa mort, Joseph d’Arimathée détache son corps de la croix et le place dans une grotte, dans son propre tombeau. Jésus entre dans une pierre, dans la terre. Dans la tombe, Jésus est comme une graine, couchée en sommeil. La graine qu’est son corps meurt. Le Samedi Saint est un jour de germination : la graine s’apprête à jaillir de sous la terre pour porter beaucoup de fruits (Jean 12:24).

L’arbre ressuscité.

Une fois encore, Ésaïe dispose le cadre à travers lequel nous pouvons comprendre que la résurrection de Jésus est un autre passage de ce conte arboricole. La hache assyrienne fend jusqu’aux racines de Juda, jusqu’à ce qu’il ne reste rien d’autre que la souche d’Isaï (Ésaïe 11:1). Quand l’Assyrie en a terminé, c’est comme si David n’avait jamais existé, encore moins sa dynastie. Mais sur cette souche d’arbre peu prometteuse, grandit une branche, un nouveau David rempli de l’Esprit de Dieu, sept fois plus que David. Il sera un juste juge des pauvres, il frappera la terre avec une tige, et il anéantira les méchants de son souffle (Ésaïe 11:1–5). Le rameau qui pousse de la racine stérile d’Isaï, le rejeton « portera ses fruits » (Ésaïe 11:1). Jésus, l’arbre desséché, jaillit de la tombe comme Jésus, l’arbre de vie.

Cette histoire d’arbres devient plus évasive et allusive, mais elle ne se termine pas par la résurrection. Nabuchodonosor rêvait qu’il était un grand arbre avec un beau feuillage et des fruits abondants pour tous. Les bêtes reposaient sous son ombre, et les oiseaux nichaient dans ses branches (Daniel 4:10–12). L’arbre est l’image de l’empire de Nabuchodonosor, les oiseaux et les bêtes représentent les nations qui vivent à l’abri, sous sa protection, nourri par le fruit de Babylone.

C’est le genre d’arbre que Jésus devient. Il ne reste pas une simple branche. Il grandit et devient un arbre assez grand pour toucher le ciel. Comme il l’a dit, le royaume est une minuscule graine de moutarde, qui pousse au point de devenir une herbe immense, assez grande pour que les oiseaux se réfugient dans ses branches (Matthieu 13:31–32). Jésus est l’arbre-royaume en personne. Il est un plus grand Nabuchodonosor, il s’élève jusqu’à devenir l’arbre impérial qui relie le ciel et la terre. L’arbre flétri a été élevé et exalté au point de remplir la terre entière.

Jésus crée d’autres arbres.

Jésus est l’arbre-monde, mais il est aussi le plus grand arbre dans une forêt d’arbres. Sa canopée s’étend au-dessus des oiseaux et des autres bêtes, il place l’Église sous son ombre comme l’Esprit planait au-dessus des premières eaux (Genèse 1:1–2). Élevé pour accomplir toutes choses, Jésus déverse son Esprit comme la pluie qui transforme le désert en un champ fertile, le champ fertile en forêt (Ésaïe 32:9–20).

Ruisselants du même Esprit qui nourrissait la souche d’Isaï, nous aussi, nous grandissons comme des arbres plantés près de courants d’eau, nos feuilles sont vertes et nos branches portent toujours du fruit. Quand le Père nous greffe sur Jésus le cep, nous produisons le fruit de l’Esprit, le fruit de l’arbre qui était flétri mais qui est devenu l’arbre de vie par la résurrection.

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