Ta souffrance n’est jamais en vain

par Kiên Trịnh de Pixabay

C’est seulement à la croix que nous pouvons concilier ce qui paraît inconciliable : la souffrance et l’amour. Et nous ne pouvons comprendre la souffrance tant que nous n’avons saisi l’amour de Dieu.

Et pour comprendre nous devons accepter qu’il y a deux mondes différents. Nous pourrions penser que lorsque la Bible parle du Royaume de Dieu, il y a un paradoxe, mais il y a deux royaumes différents. Il s’agit de ce monde visible, et du royaume invisible à travers lequel les choses de ce monde sont interprétées.

La souffrance dans l’Écriture

Prenons par exemple les Béatitudes. Ces merveilleuses déclarations paradoxales que Jésus prononce aux foules lorsqu’il les enseigne sur la Montagne (Mathieu 5 v 3-12). Il dit des choses étranges telles que « Heureux ceux qui savent ce qu’est la souffrance » ou « Heureux ceux qui ne prétendent à rien . Heureux ceux qui souffrent de persécution. Vous serez heureux lorsque les gens vous accuseront, vous maltraiteront, diront des choses mauvaises contre vous. Soyez heureux, oui, réjouissez-vous. »

Cela vous semble incompréhensible ? En effet, cela n’a aucun sens, jusqu’à ce que nous réalisions qu’il y a deux royaumes : celui de ce monde, et celui du monde invisible. L’apôtre Paul avait compris cette différence, on le voit lorsqu’on lit sa déclaration stupéfiante en Colossiens 1 v 24 : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous et je supplée dans ma vie à ce qui manque aux peines infligées à Christ, pour son corps, c’est-à-dire l’Église ». Vraiment étrange, non ? C’est pourtant la Parole de Dieu. Janet Stuart a dit « la joie n’est pas l’absence de souffrance mais la présence de Dieu ». Le psalmiste en a fait l’expérience lorsqu’il s’est trouvé dans la vallée de l’ombre de la mort : « je ne redoute aucun mal » (Ps 23 v 4). Il n’était pas naïf au point de dire « je ne redoute aucun mal car il n’y a pas de mal à craindre ». Bien sûr que le mal existe. Nous vivons dans un monde mauvais, brisé, tordu, déchu, déformé. Qu’a dit le psalmiste ? « Je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi, ta conduite et ton appui, voilà ce qui me réconforte ».

Ma souffrance

Debout à côté de mon poste radio au cœur de la jungle Équatorienne, en janvier 1956, alors que je venais d’apprendre que mon mari était porté disparu, Dieu me rappela les paroles du prophète Ésaïe : « Si tu traverses les eaux, je serai avec toi, et les fleuves, ils ne te submergeront pas » (Ésaïe 43 v 2). Comme vous pouvez l’imaginer, ma réaction ne fut pas des plus spirituelles. Je disais « Mais Seigneur, tu es avec moi tout le temps. Ce que je veux, c’est mon mari, c’est Jim ! ». Après avoir attendu cinq ans et demi, cela faisait seulement 27 mois que nous étions mariés.

Cinq jours plus tard, j’ai eu confirmation que Jim était mort. Celui qui était avec moi, c’était Dieu, pas mon mari. Et je trouvais cela affreux. La présence de Dieu ne changeait rien au fait que j’étais veuve. Et je pensais le rester jusqu’à ma mort parce que pour moi, le fait d’avoir pu me marier relevait du miracle. Jamais je n’aurais cru que je me marierais à nouveau, une deuxième puis une troisième fois. La présence de Dieu ne me rendait pas moins veuve. L’absence de Jim me projetait, me propulsait, me contraignait vers Dieu, mon seul refuge et mon espoir.

La souffrance est un moyen sans pareil pour apprendre cette vérité indispensable : Dieu est Dieu.

Et par cette expérience, j’ai appris à connaître Dieu d’une manière unique, impossible autrement. Voilà pourquoi je peux vous affirmer que la souffrance est un moyen sans pareil pour apprendre cette vérité indispensable : Dieu est Dieu. Mais j’aimerais tant pouvoir faire demi tour et dire « Seigneur, et ce bébé qui a un handicap ? Et ces bébés rendus malades à cause de leurs mères accros à la cocaïne, à l’héroïne, à l’alcool ? Et mon petit chien, McDuff, qui est mort à six ans d’un cancer, et le bébé des Lindbergh [2] ? La famille Stams qu’on a décapitée [1] ? » Que penser de tout ça ?

Le mystère de la souffrance

Je n’ai aucune réponse à ces questions, si ce n’est ces mots dans les Écritures, de l’apôtre Paul, qui connaissait la puissance de la croix de Jésus. Voici ce qu’il écrit : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. » (Rom 8 v 18-19)

La création est victime de cette frustration, mais il y a de l’espoir. Et c’est cela qui m’apporte un réconfort immense ; l’univers lui-même sera libéré des chaînes de la mort et connaîtra la liberté et la beauté réservées aux enfants de Dieu.

D’où vient cette notion d’un Dieu d’amour ? Ce n’est pas une simple déduction. Ce n’est pas une invention de l’esprit des hommes désespérés. Cela vient de celui qui était la Parole dès avant la fondation du monde, et qui a souffert comme un agneau à l’abattoir. Et il a en réserve tant de choses dont nous n’avons même pas conscience. Il s’est suffisamment révélé à nous pour que nous soyons sûrs que la souffrance n’est jamais en vain.

[1] L’enlèvement de Charles Lindbergh Junior, fils du célèbre aviateur Charles Lindbergh, est l’un des crimes les plus médiatisés du XXe siècle. Le nourrisson fut enlevé puis assassiné en mars 1932. (NdT)

[2] Betty et John Stam étaient missionnaires en Chine, où ils sont morts en martyr en 1934. (Ndt)

Ceci est l’adaptation d’un extrait du livre Suffering is Never for Nothing (2019).

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