Sabbat et travail

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Travailler le dimanche ? Voilà un sujet de société qui revient dans les journaux périodiquement. À chaque fois que les lois sur le travail sont modifiées, ou que des propositions sont faites, la question revient. Faut-il élargir les exceptions au travail le dimanche ? Bien sûr, les uns vont affirmer la liberté de marché et le droit des entreprises à travailler quand elles le veulent. Les autres vont noter qu’élargir ces exceptions, c’est vendre son âme à la loi oppressive du marché. Comme souvent lors des débats de société, les opinions sont polarisées. Et c’est en partie normal. Ce genre de débats met en jeu ce que nous sommes, ce qu’est la société, et ce qu’elle deviendra. Les débats de société sont donc essentiels, et l’Église de Christ a sa place dans ces débats. Mais quelle place ? Que dire face aux clichés qui feront certainement les gros titres des journaux et des blogs ?

Débat social et témoignage

Malheureusement ces clichés sont aussi ceux que les chrétiens véhiculent. Bien sûr, nous sommes des êtres humains avec nos propres limites et fautes. Bien sûr, nous avons aussi tous des opinions politiques et des convictions pour lesquelles nous ne concèderons rien. Mais je ne crois pas que ce soit là le problème. Le problème est plutôt que nous ne prenons pas le temps, ni l’énergie, de comprendre ce que sont les autres opinions politiques. Le problème, c’est que nous présupposons qu’une option sociale ou politique est, par définition , biblique. Et donc les autres ne peuvent qu’être le cheval de Troie d’une politique anti-chrétienne. Résultat :

« Le monde de Macron, c’est le monde du fric et du plus riche. »

« Le monde de xxx, c’est le monde de la morale non chrétienne. »

Une caricature ?

Vous me direz que c’est un peu une caricature. Bien sûr. Mais regardez les blogs, les commentaires sur Facebook, les courtes vidéos que les uns et les autres font, s’auto-proclamant commentateur politique. Ces caricatures s’y retrouvent constamment ! Malheureusement, les blogs et vidéos en question sont aussi ceux mis en ligne par les disciples de Christ.

Ce qui est en jeu ici, c’est la manière dont notre attitude témoigne de notre foi, même lorsque nous parlons de politique. Ce qui est en jeu, c’est la fidélité de notre témoignage. Même lorsque nous critiquons le gouvernement que nous n’aimons pas. Même lorsque nous contestons des projets de lois. Comment l’Église de Christ pourrait-elle contribuer à la vie publique si, dès qu’une loi économique est proposée, nous la qualifions d’anti-chrétienne ? Les uns seraient des esclavagistes économiques, les autres des communistes invétérés dont le grand rêve serait l’effondrement de la société. Il y a quand même peu de chances qu’une telle réaction soit bénéfique pour la société. La parole et l’attitude de l’Église, surtout sur des sujets sensibles, doit être une parole que Christ lui-même pourrait prononcer. Incroyable responsabilité, non ? Est-ce aller trop loin que de dire cela ? Il n’y a pourtant pas d’autre choix pour parler de ceux qui sont ses ambassadeurs !

La place du sabbat

Alors que dire ? Peut-être le mieux serait de rester silencieux. De ne pas répondre à cette question. Car je suis comme tout le monde. Je peux tomber dans la tentation de la répartie politique, faisant de l’autre celui qui est victime d’une vision du monde non biblique. Alors, que dire sur ce sujet ? Travail le dimanche, pour ou contre ? Pour commencer à répondre, il est nécessaire de revenir à une notion biblique qui doit être au cœur de notre réflexion : le sabbat. C’est ce dernier qui contrôle notre éthique du travail et notre vision de la vie économique. Je voudrais en particulier souligner trois points que je dois à mon collègue Rodrigo de Sousa, qui enseigne l’Ancien Testament :[1]

  • Tout d’abord, la place du sabbat dans les Dix commandements sert d’articulation entre les deux « tables ». Le sabbat concerne donc non seulement l’adoration de Dieu, mais aussi le soin de la création. Le sabbat estauservice de Dieu et de ses créatures. Ceci implique que la vie économique doit être au service du monde créé par Dieu.
  • Ensuite, le sabbat sert de cadre à la manière dont nous vivons le temps, les semaines, les années. Le monde que Dieu a créé comporte des cycles naturels, et notre gestion de la création, y compris la manière dont nous vivons nos vocations, est marquée par des cycles de travail et de repos. Ce sont de tels cycles qui rendent visible le service que nous rendons à Dieu et à la création.
  • Enfin, le sabbat encourage une distinction entre l’œuvre de Dieu et les œuvres humaines. Dieu est le seul qui ne se repose pas. Il ne sommeille, ni ne dort (Ps 121.4). Par distinction avec le Créateur, ses créatures limitées, elles, doivent se reposer. Le sabbat est ainsi une marque de la distinction entre le Créateur et les créatures.

En quoi ces trois points nous aident-ils à avancer sur cette question de société ?

Travail le dimanche, ou pas ? Les trois dimensions évoquées nous engagent à évaluer la vie économique de notre monde à la lumière de ce que le sabbat signifie. Nous devons ainsi constamment nous demander ce qui est au cœur des propositions économiques qui sont faites. Que ces propositions soient « de droite » ou « de gauche ». Cela engage aussi l’Église de Christ à vivre de manière différente, à servir Dieu et sa création d’une manière juste et fidèle.

Le sabbat est aussi un appel à vivre de manière plus humaine, à l’image de ce que Dieu souhaitait de nous. Le sabbat, c’est une manière de dire que nous plaçons Dieu à la place qui lui revient : il est le bon et généreux Créateur. Vivre le sabbat, c’est aussi une manière de parler de la foi que nous avons placée en Christ. C’est aussi une manière de proclamer cette parole de Christ : « Venez, vous qui êtes fatigués, et chargés, car je vous donnerai du repos. » (Mt 11.28)

[1]    Rodrigo de Sousa, « Sabbat et travail dans la spiritualité biblique : Leçons du Pentateuque », La Revue réformée, à paraître.

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