Obtenez gratuitement votre accès aux 8 plénières et 12 ateliers de la conférence "L'Exode, un peuple libéré"

×
Parcourir

Je ne possède pas un seul commentaire, écrit au cours des 100 dernières années, qui plaide en faveur de la fin allongée de l’Évangile de Marc.

Pas un seul.

«Il est pratiquement certain que les versets 9 à 20 du chapitre 16 sont un ajout postérieur et non la fin originale de l’Évangile de Marc.»[1]

«Les premières preuves grecques, versions et sources provenant des Pères de l’Église, soutiennent la conclusion que Marc a terminé son Évangile au chapitre 16, verset 8.»[2]

«Les faits incontestés sont que ce qui suit le verset 8, dans toutes les versions manuscrites qui ont survécu, peut être déclaré en toute confiance comme n’étant pas de Marc, pour des raisons d’attestation, de style et de contenu. Ainsi, l’Évangile, dans sa forme la plus ancienne, dont nous pouvons retrouver la trace, s’est terminé au chapitre 16, verset 8.»[3]

R.T. France ne considère même pas qu’il s’agisse d’une question ouverte. Il explique simplement pourquoi il ne la pose pas : «Le but de ce billet n’est pas d’argumenter à nouveau en faveur de ce qui est le verdict pratiquement unanime de la recherche textuelle moderne, à savoir que le texte authentique de Marc, dont nous disposons, se termine à 16.8, mais plutôt d’exposer aussi simplement et clairement que possible (ce qui signifiera inévitablement une simplification extrême) les données qui ont contribué à ce consensus.»[4]

Robert Gundry conclut simplement son commentaire avec 16.8 et ne prend même pas la peine de discuter de la fin longue.

Néanmoins, lorsque j’ai prêché sur la fin de l’Évangile de Marc hier à mon église et que j’ai expliqué pourquoi je ne prêchais que sur les versets 1 à 8, la réaction récurrente que j’ai reçue a été plus ou moins la suivante : «Comment se fait-il que nous n’ayons jamais entendu parler de cela auparavant?»

C’est une bonne question. En tant que pasteurs, il y a peu de choses plus importantes que d’aider nos gens à comprendre ce qui est, et ce qui n’est pas la Parole de Dieu. J’aurais dû le faire plus tôt. Mais pour le meilleur ou pour le pire, je l’ai fait hier. Ce n’est peut-être pas le meilleur exemple, mais pour savoir comment j’ai abordé la question : cliquez ici.

Bien que les érudits de tous les horizons théologiques soient aujourd’hui pratiquement unanimes pour comprendre que l’Évangile de Marc se termine au verset 8 du chapitre 16, la plupart des imprimeurs et éditeurs bibliques continuent d’inclure les versets supplémentaires. La Nouvelle Edition de Genève et Semeur le font après un saut de paragraphe. Elles placent ensuite les versets 9 à 20 entre crochets.

Mais d’une manière ou d’une autre, ils figurent toujours dans la plupart des versions modernes de la Bible. Par conséquent, même si vous n’avez pas l’intention de prêcher un sermon sur la fin de l’Évangile de Marc, vous devez savoir comment ces versets doivent être traités.

À cette fin, je vous propose les trois suggestions suivantes:

1. Lisez-les, mais ne les considérez pas comme des Saintes Écritures

Je pense que vous devriez traiter la fin de l’Évangile de Marc exactement comme vous traitez «la Didaché» ou «l’Évangile selon Thomas» – écrits intéressants mais pas inspirés.

La lecture de la fin de l’Évangile de Marc est très utile d’un point de vue historique, principalement parce qu’elle nous renseigne sur certaines des premières controverses théologiques au sein de l’Église primitive. Les versets 17-18, par exemple, semblent plaider en faveur d’une conception plus charismatique de la vie et de la mission chrétiennes. À propos de ces versets, James Edwards déclare:

«L’importance accordée aux signes charismatiques dans les versets 17-18 contraste fortement avec la réserve de Jésus dans Marc, à l’égard des signes et des sensations (cf. 8,11-13)».[5]

Tout au long du texte de l’Évangile de Marc, Jésus semble être très prudent en ce qui concerne les signes et les prodiges. Il guérit les gens parce qu’il les aime, mais presque chaque fois qu’il le fait, il les avertit fermement de ne rien dire à personne – Jésus est conscient que les signes et les prodiges peuvent devenir une énorme source de distraction. Apparemment, tous les membres de l’Église primitive n’ont pas adhéré à son sens de la prudence. Cela se reflète certainement dans les préoccupations de Paul dans 1 Corinthiens. Paul veut limiter les signes et les prodiges, sans pour autant les condamner.  Il souhaite que l’accent soit mis davantage sur l’amour et moins sur les dons particuliers de l’Esprit. La fin de l’Évangile de Marc nous révèle que ce problème n’était pas isolé à l’Église de Corinthe. Vraisemblablement, les distorsions charismatiques de l’Évangile existent depuis presque aussi longtemps que l’Évangile lui-même.

Il est bon de le savoir.

Ainsi, lisez la fin de l’Évangile de Marc, mais ne la considérez pas comme une Écriture Sainte.

N’essayez pas de prouver votre bonne foi spirituelle en manipulant des serpents venimeux.

N’insistez pas sur le fait que tous ceux qui croient doivent être capables de parler en langues.

Lisez la fin de l’Évangile de Marc comme un témoignage décrivant certaines des choses que les gens voulaient faire dire à la Bible et que, heureusement, elle n’a pas dit.

2. Ne niez pas le problème – et n’ignorez pas la solution

Si vous voulez partager l’Évangile avec des personnes vivant sur la planète Terre à l’ère d’Internet, vous devez être au moins un peu équipé pour défendre l’autorité et la fiabilité de la Bible. Les étudiants en première année de philosophie et les passionnés d’Internet racontent une histoire à propos de la Bible qui ressemble à ceci : «La Bible ne nous renseigne pas vraiment sur ce que Dieu a dit, ni sur ce que Jésus a dit, ni sur ce que les apôtres ont dit. Elle nous raconte plutôt ce que l’Église primitive voulait que Dieu, Jésus et les apôtres aient dit. Après tout, ces documents devaient être copiés et reproduits tous les 20 à 30 ans. Pensez-vous vraiment qu’ils n’ont pas retiré ou ajouté, en cours de route, quelques éléments qui servaient leurs propres intérêts? Bien sûr qu’ils l’ont fait. La Bible a évolué au fil du temps.»

Telle est l’histoire, mais comme beaucoup de bonnes histoires de nos jours, elle n’a pas grand-chose à voir avec les faits d’aujourd’hui.

La vérité est que le texte de la Bible est le document le plus rigoureusement attesté de toute l’histoire de la littérature mondiale. La vérité est que lorsque nous comparons les milliers de fragments du Nouveau Testament provenant de toute la Méditerranée, à tous les stades de la chaîne de reproduction, il y a remarquablement peu de variantes textuelles significatives. La seule exception à cette heureuse règle est la fin plus longue de l’Évangile de Marc.

Vous devez être au courant de ce problème, mais vous ne devez pas en être alarmé.

Vous devez savoir que les érudits et les linguistes sont au courant de cette problématique depuis plus de mille ans. Il faut savoir que certains des scribes qui ont rédigé les premières copies de la fin longue ont signalé qu’elle n’était probablement pas originale. Depuis lors, les chercheurs se sont penchés sur ces versets. Et vous devez également savoir que des chercheurs de tous horizons théologiques – autant ceux qui affirment l’historicité de la résurrection que ceux qui l’infirment – s’accordent aujourd’hui à dire que le verset 8 est en fait la fin originale de l’Évangile de Marc. Il n’y a pas de dissidence sérieuse à cette position.

De ce fait, contrairement à ce que vos amis internautes peuvent dire, cette controverse prouve le contraire de ce qu’ils prétendent. Elle prouve que la communauté chrétienne a fait preuve de rigueur, de minutie, de transparence et d’acharnement dans la préservation et la reproduction du texte original. Toute insertion potentielle a été signalée, documentée, recherchée, révisée et, si elle a été jugée non originale, supprimée. Nous pouvons donc être certains que ce que nous avons entre les mains est la Parole de Dieu, pure et simple, non modifiée et non retouchée.

La Bible est un miracle et vous n’avez pas à en avoir honte.

3. Aimez et utilisez ce qui existe

Que Marc ait eu l’intention d’écrire plus, ou qu’il ait écrit plus et que cela ait été perdu ou obscurci, le fait est que ce que Dieu a préservé est tout à fait approprié aux objectifs de Marc. L’Évangile de Marc ressemble à bien des égards à une dissertation scolaire bien rédigée. Il présente sa théorie dès le premier verset :

Le commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, le Fils de Dieu. (Marc 1.1)

L’objectif de Marc est de nous convaincre que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.

Il commence alors à rassembler et à présenter des preuves irréfutables.

Il nous dit que Jésus a pardonné les péchés, qu’il a nourri 5 000 personnes dans le désert, qu’il a marché sur les eaux, qu’il a dominé le vent et les vagues, qu’il a eu autorité sur les démons, les maladies et même la mort. Tout ce que Jésus a fait et tout ce qu’il a dit plaide en faveur de son caractère unique.

Marc nous rapporte également ce que Jésus a dit de lui-même lorsqu’il a prêté serment devant le grand prêtre d’Israël. Ce dernier lui a demandé : «Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni?» (Marc 14.61).

Jésus lui répondit : «Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel.» (Marc 14.62).

Marc nous a également rapporté les paroles du centurion romain. Alors qu’il n’était ni chrétien, ni juif, ni au courant de ce que Jésus avait dit et fait – au moment de sa mort, il dit : «Assurément, cet homme était le Fils de Dieu!» (Marc 15.39).

Et enfin, comme si cela ne suffisait pas, Marc nous donne une dernière chose. Il nous donne la preuve que le tombeau est vide. Lorsque les femmes arrivent pour s’occuper du corps, elles trouvent la pierre roulée et un ange qui monte la garde et qui leur dit : «Ne vous inquiétez pas, vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié. Il est ressuscité, il n’est pas ici. Voyez le lieu où on l’avait mis.» (Marc 16.6)

Il est ressuscité.

Il n’est pas ici.

Voyez le lieu où on l’avait mis.

Le tombeau vide est la DERNIÈRE MENTION de Marc à propos de l’identité de Jésus-Christ.

Si vous ne croyez pas ce que je dis, si vous n’êtes pas satisfait des paroles et des œuvres de Jésus, si vous n’accordez pas de crédit à ce que Jésus a dit sous serment, si vous n’êtes pas impressionné par le témoignage du soldat romain, alors considérez au moins l’évidence du tombeau vide. Considérez la parole de l’ange : «Il est ressuscité, il n’est pas ici. Voyez le lieu où on l’avait mis» (Marc 16.6).

Qu’en dites-vous?

Comment peut-on contester un tombeau vide?

Le tombeau vide est la DERNIÈRE MENTION de Marc à propos de l’identité et la mission de Jésus.

S’il avait terminé son histoire ici, personne ne pourrait reprocher à son Évangile d’être incomplet. Il a dit et fait tout ce qu’il avait projeté de faire. Il a présenté des preuves pour appuyer son affirmation selon laquelle Jésus-Christ est bien le Fils de Dieu.

Vous n’avez pas à être embarrassé par la fin de l’Évangile de Marc.

Et il n’y a pas lieu d’être perplexe concernant la réaction des femmes.

De nombreux lecteurs modernes pensent que Marc aurait dû présenter les femmes en train de danser, chanter ou applaudir, ou quelque chose de plus positif que ce qu’il nous raconte. Marc écrit qu’elles étaient terriblement effrayées. Il dit qu’elles tremblaient et qu’elles étaient complètement bouleversées.

Et cela nous semble étrange – mais ne le devrait peut-être pas.

Dans l’Ancien Testament, lorsque les gens réalisaient qu’ils avaient parlé et communiqué avec Dieu, ils se comportaient généralement comme ces femmes; ils tremblaient de peur et d’effroi. Lorsque le père de Samson s’est rendu compte que lui et sa femme avaient parlé à Dieu, il a failli avoir une crise cardiaque. Il a dit : «Nous allons mourir, car nous avons vu Dieu» (Juges 13.22).

En fin de compte, la réaction des femmes n’était peut-être pas étrange, mais plutôt sage. Dans le Psaume 2, il est dit :

«Et maintenant, rois, conduisez-vous avec sagesse! Juges de la terre, recevez instruction! Servez l’Éternel avec crainte, Et réjouissez-vous avec tremblement. Baisez le Fils, de peur qu’il ne s’irrite, Et que vous ne périssiez dans votre voie, Car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se confient en lui!»  (Psaumes 2.10-12)

La Bible nous dit de servir L’ÉTERNEL – de servir le FILS – avec crainte et tremblement. De nous prosterner et de baiser ses pieds, de peur de périr en chemin. Car sa colère est prompte à s’enflammer.

Heureux tous ceux qui se confient en lui!

Alors, peut-être que leur réaction n’était pas étrange finalement.

Peut-être était-elle tout à fait pertinente.

Ce n’est peut-être pas la fin de Marc qui est étrange, mais davantage nous.

Peut-être sommes-nous devenus un peu trop familiers avec la personne et la majesté du Christ.

C’est peut-être nous qui devons faire preuve de sagesse.

Parce que si Jésus est celui qu’il a dit être, et s’il a accompli ce qu’il a dit qu’il accomplirait, alors le temps est venu, le Royaume de Dieu est proche et tous ceux qui sont sages à salut doivent se repentir et croire en cet Évangile.

Parce que C’EST la Parole du Seigneur.

Rendons grâce à Dieu !




1. James R. Edwards, The Gospel According to Mark, Pillar New Testament Commentary. Accordance electronic ed. [Grand Rapids : Eerdmans, 2002], 497.
2. William Lane, The Gospel of Mark, The New International Commentary on the New Testament. [Grand Rapids: William B. Eerdmans, 1974], 601.
3. Dennis Nineham, Saint Mark, The Penguin New Testament Commentaries. [Londres: Penguin Group, 1992], 439.
4. R.T. France, The Gospel Of Mark, The New International Greek Testament Commentary. [Grand Rapids : William B. Eerdmans, 2002], 685.
5. James R. Edwards, The Gospel According to Mark, Pillar New Testament Commentary. Accordance electronic ed. (Grand Rapids: Eerdmans, 2002), 499.
EN VOIR PLUS
Chargement