"Redécouvrir l'Église locale" nous invite à revenir à la case départ et à nous interroger sur notre conception de l’Église. Il nous oblige à réfléchir à notre rôle en tant que membre, à notre rapport avec l’autorité, à notre besoin de relations significatives, ainsi qu’à notre responsabilité envers un monde en souffrance.

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Une famille, c’est une maisonnée, un nid douillet où l’amour, la joie et l’harmonie règnent. Jamais de discorde, d’attente ni de déception.

Chaque personne est accueillie, aimée, considérée. Tous se sentent en sécurité. Mais hélas, nous ne choisissons pas nos parents ni nos frères ni nos sœurs ni même le moment de notre naissance. Cependant, en tant que couple, le désir d’ajouter des petits êtres à la famille devient un choix réfléchi et enthousiasmant. L’anticipation de voir le visage de notre enfant, de pouvoir le cajoler, le bercer, l’aimer est à son apogée

Je peux dire que pour moi une famille ne ressemblait pas du tout à cela. Dès mon jeune âge, l’instabilité, la peur, la honte, l’abandon ont fait partie de mon quotidien. Mes parents étant eux-mêmes souffrants, se blessant mutuellement, ils ont choisi de divorcer alors que je n’avais que 7 ans.

Je n’ai donc pas connu les belles tablées, les discussions joyeuses, un papa ou une maman qui me borde le soir ou qui vient sécher mes larmes pour me rassurer. J’ai donc grandi en convoitant le bonheur de mes amies.

Quant à mon mari, enfant unique, il a vécu sans frère ni sœur, avec une mère dévouée mais préoccupée et épuisée de devoir s’occuper seule de son fils. Un père absent, alcoolique, peu communicatif. Les jours étaient sombres et inquiétants, l’humeur du père changeant d’un jour à l’autre. C’est donc dans ce contexte qu’il a grandi, et c’est ce contexte qui a laissé des failles dans lesquelles stress et insécurité se sont engouffrés.

Nous avons tout de même décidé de fonder une famille malgré tous nos manquements émotionnels et avons donc eu la joie d’avoir deux enfants, une fille et un garçon. Quelle bénédiction, Dieu nous accordait la joie d’être parents !

Nous voulions le meilleur pour eux : de bonnes valeurs, une bonne école, une bonne éducation, des bonnes manières, de bons amis, bref tout ce que nous pouvions faire pour qu’ils grandissent en maturité et en sagesse. Nous avons invoqué Dieu dès leur jeune âge, chaque jour ou presque, le temps du culte familial faisant partie de nos bonnes habitudes. Nous y mettions tout notre cœur par la diversité, la créativité, la participation. Nous voulions réellement leur donner le maximum afin qu’ils connaissent Christ et fassent les meilleurs choix.

Tout allait bien, les enfants respectaient ce que nous demandions, ils allaient à l’église, aux rencontres des jeunes et servaient même dans un camp chrétien pendant l’été.

Nous étions une belle petite famille avec des enfants obéissants… jusqu’à ce qu’un jour notre fils nous annonce qu’il voulait partir à l’aventure. Faire le tour du monde. Mais quelle surprise ! J’étais bouche bée, tout se passait si vite dans ma tête, le stress de ne plus être au contrôle de rien, la peur qu’il lui arrive quelque chose ou qu’il vive des choses qui pourraient l’éloigner de Dieu.  Mais que pouvais-je faire ? Il était majeur et vacciné ! Je ne pouvais pas l’attacher à une chaise à cause de mes craintes. J’ai donc dû abdiquer et accepter son choix en l’encourageant et en priant pour lui. Il est donc parti en nous disant qu’il était dans les mains de Dieu, que nous n’avions pas à nous inquiéter, que tout irait bien. Durant son escapade, nous avions très peu de contact car là où il allait, c’était difficile de pouvoir communiquer, le réseau internet n’étant pas de bonne qualité.

Après 10 mois loin du nid familial, il est revenu !  C’était un nouveau jeune homme, étiré, amaigri, avec des idéaux et avec des pensées transformées. Oui, il avait découvert le monde et ses attraits, vécu des aventures et des mésaventures ! Ce fut une expérience inoubliable. J’étais très heureuse de le revoir : enfin, il était de retour !!! Mais, à mon grand désarroi, j’ai eu de la difficulté à l’accueillir à bras ouverts, simplement parce que son apparence et son odeur me freinaient. J’ai regretté mon attitude, j’étais déçue de pas avoir profité de ces instants si précieux de retrouvailles …

Les jours ont passé et, un soir, il a pris son courage à deux mains et nous a dit, à son père et à moi, que la foi chrétienne n’était pas pour lui. Il ne croyait pas en Dieu. Il était conscient qu’il nous décevait, nous attristait. Il savait que, pour nous, selon nos croyances, il irait en enfer. Il était prêt à assumer sa décision. Ce fut un choc ! Un coup de poignard dans le cœur. Mon rêve volait en éclats. Je ne m’étais jamais préparée à cette éventualité ! C’est étrange, j’avais conscience rationnellement que ce n’est pas moi qui sauve et que, même si mon mari et moi-même nous étions impliqués à instruire nos enfants dans les voies du Seigneur, il n’y avait aucune garantie… Mais le savoir est une chose, le vivre en est une autre !

C’est à partir de ce moment qu’on pourrait dire que je me suis éteinte à petit feu. Je ne réalisais pas que je vivais les étapes du deuil. Je pense être passée par la gamme de toute ses émotions.

Au début, ce fut le choc, ensuite le déni, je tentais de minimiser, de me dire que c’était seulement passager, qu’il allait revenir à lui-même, que c’était impossible que ça arrive… Par la suite, ce furent la frustration et la colère qui firent leur entrée …

Il venait de faire éclater mon rêve de famille idéale marchant dans les voies du Seigneur, le summum que tout parent chrétien désire ! Ce n’est pas mal en soi d’espérer cela pour sa famille à moins que cela ne devienne une sorte d’idolâtrie. Une idole, c’est ce qui prend trop de valeur dans nos vies et lorsque cela nous est enlevé ou est détruit, on devient anéanti et angoissé… L’ennemi me gardait dans ce mensonge. Alors, quand tout s’est écroulé, ce fut la catastrophe, la honte et mon orgueil en a pris un coup… Je craignais de dire aux gens que mon fils ne vivait pas pour le Seigneur. Par peur du jugement, je tentais d’éviter la question. J’en étais venue à me distancer de mon fils car j’avais trop mal et j’étais déçue de ses choix.

La tristesse devient malheureusement un obstacle à la relation, une sorte de paralysie qui nous empêche de faire ce qui est bien. Tout ce que je désirais, c’était une belle relation mère-fils mais au lieu de cela, je creusais mon trou, je m’enlisais.

Un week-end, nous avons payé tous les frais pour que notre fils, sa copine et même son chien viennent au Québec (car il a choisi de s’installer très très loin de la maison, c’est à dire dans le Yukon, au Canada) et notre famille complète (ma fille et mon gendre inclus) est partie dans un chalet.

Au départ, ce n’était pas évident car nous étions tous un peu maladroits et mal à l’aise, mais mon mari et moi désirions réellement démontrer de l’amour et reconstruire des ponts. Ce fut la meilleure décision, un rendez-vous divin nous attendait. J’ai eu l’occasion d’être seule avec mon fils dans l’auto pour le retour à la maison, belle occasion pour m’ouvrir et lui demander pardon de l’avoir mal accueilli lorsqu’il était revenu de son tour du monde… Il m’a dit qu’il ne s’était pas du tout rendu compte de cela… les perceptions diffèrent tellement d’une personne à l’autre !  Je gardais, moi, cette culpabilité et ces mauvaises émotions et lui, pourtant, n’avait pas été affecté… J’étais tout de même heureuse de pouvoir clarifier cela avec lui car de mon côté, je savais que mon cœur n’avait pas été pur. Quel soulagement ! Quel poids tomba de mes épaules à ce moment-là ! Nous avons discuté en toute franchise, sans barrière. Je crois que ce fut un nouveau départ pour moi et pour lui. Il s’est senti accepté, aimé même s’il savait que nous n’étions pas en accord avec ce qu’il devenait. Lorsque nous repensons à l’histoire du fils prodigue, ce qui l’a poussé à retourner vers son père, c’est simplement qu’il s’est rappelé l’amour du père. Nous voulions donc poser ces gestes qui font la différence. Aimer, donner, sans rien attendre en retour.

Dieu dans sa grâce a opéré des changements en moi, il a fait tomber des jugements. Mon cœur a cru en la souveraineté de Dieu, même si pour l’instant c’est toujours « statu quo », je sais que Dieu m’aime et qu’il aime mon fils plus que moi je ne puis l’aimer. Ses plans sont parfaits. Oui, la souffrance bouleverse mon quotidien mais elle m’amène à ressentir mon besoin du Dieu de l’univers, mon Père Céleste. Sa providence attendrit la panique de ma vie et mon désespoir s’évanouit.

Cela a notamment attendri mon cœur envers ceux qui vivent la même chose que nous, je peux les comprendre, ne pas les juger et prier pour eux. On ne connaît pas réellement les tréfonds de l’autre mais on peut compatir et combattre avec lui dans la prière. Quel encouragement de savoir que d’autres soldats sont aux pieds du Père pour intercéder pour nos enfants, car quand vient le désespoir, le découragement ou le manque de persévérance, nous savons que nos frères et sœurs prennent le flambeau. Merci Seigneur pour la grande famille.

J’espère en l’Éternel et je m’attache à ses promesses. Mon fils est un amoureux des montagnes, dans la nature, il s’épanouit. Dieu a très souvent parlé à des hommes lorsqu’ils étaient sur la montagne. Je souhaite qu’un jour, au sommet d’une montagne au Yukon, Samuel ait cette rencontre divine, un face-à-face avec son créateur.

Dieu est le même hier, aujourd’hui et demain. Je m’attends donc à l’Éternel : priant qu’un jour, notre fils nous racontera son histoire de son indifférence, sa fuite et son retour. Oui l’Éternel est Grand et Tout-puissant, il est capable de tout faire, à Lui soit la gloire !

Je veux donc prier ses promesses…

 

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