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Si vous m’avez suivi dans les deux derniers articles (voir ici et ici – anglais), j’ai décrit le besoin qu’on rencontre au sein du monde évangélique d’avoir des dirigeants qui peuvent parer aux menaces qui assaillent l’église depuis de multiples directions. Nous avons été exercés à veiller aux menaces qui nous viennent d’un seul côté (habituellement de la gauche ou de la droite) et, du fait que nous n’avons pas une vue d’ensemble, nous laissons nos congrégations vulnérables exposées à des dangers qui surgissent d’autres endroits.

Dans l’article précédent (anglais) nous nous sommes intéressés au rôle d’internet et des médias sociaux qui rend plus difficile pour les dirigeants le fait de donner des avertissements à leur propre « tribu » quant aux dangers qui se présentent dans leur contexte particulier. Ainsi, que peut-on faire ? Si nous avons besoin d’une « direction multidirectionnelle » (c’est à dire, une direction qui relève des défis venant de directions multiples, et non d’une seule), que pouvons-nous faire pour lutter contre les forces qui rendent ces talents si rares ?

Des suggestions pour les conducteurs d’églises

Si vous êtes un pasteur, vous êtes un dirigeant. Vous pouvez ne pas avoir une influence dans tout le pays ou dans le monde entier, mais en tant que pasteur, vous exercez l’autorité dans la sphère et sur le troupeau que Dieu vous a confiés. Comme berger vous êtes responsable de la protection des brebis contre les dangers, et même si votre œil est exercé à repérer les loups qui approchent le troupeau d’un coin du champ, vous devriez souhaiter être le type de berger qui peut voir les dangers qui peuvent menacer votre troupeau depuis d’autres points d’entrée.

En tant que conducteurs, que nous ayons des sphères d’influence plus ou moins larges, nous devrions souhaiter être meilleurs dans le ministère multidirectionnel de conduite du peuple de Dieu, et la façon dont nous pouvons le faire c’est en reconnaissant un certain nombre de tentations et en leur résistant. Voici la première.

Tentation #1: Ignorer le vrai besoin du peuple de Dieu et favoriser ses préférences.

La première tentation est de prescrire à nos congrégations le remède qu’elles préfèrent plutôt que celui dont elles ont besoin. Nous avons été accoutumés à diagnostiquer un ensemble de maladies spirituelles à mêler un petit ensemble de prescriptions, et à être sensibles à un petit ensemble de dangers potentiels. Le troupeau peut être heureux, mais il n’est pas en sécurité.

Des prescriptions différentes

En 1 Thessaloniciens 5, Paul exhorte la famille de Dieu à « avertir ceux qui vivent dans le désordre, consoler ceux qui sont découragés, aider les faibles, » et « être patients avec chacun. » Cela fait quatre prescriptions différentes. Pour savoir quand vous êtes supposés avertir, consoler et aider, vous avez besoin de la sagesse et de la direction de Dieu.

Notez que Paul ne donne pas un type d’ordre général : « Voici la façon dont vous devez traiter tout le monde ». Pourquoi ne le fait-il pas ? Parce que nous n’avons pas tous besoin des mêmes choses. Il faut de la sagesse pour savoir ce dont votre congrégation a besoin. Il se peut qu’une personne désordonnée et légère ait besoin d’une parole ferme d’avertissement au sujet de la dérive spirituelle. Mais il se peut aussi que quelqu’un d’autre ait besoin de l’encouragement qui vient d’un pasteur qui sait comment consoler utilement les personnes. Quelqu’un qui est faible physiquement ou spirituellement peut avoir besoin d’aide dans d’autres directions. Des problèmes différents demandent des remèdes différents.

Matt Smethurst formule cela ainsi :

Paul est un médecin des âmes, prescrivant différents remèdes pour différentes maladies, et il s’attend à ce que les membres d’églises ordinaires fassent de même.

Une variété de menaces, une variété de besoins

Les conducteurs multidirectionnels reconnaissent les menaces qui viennent vers leur troupeau de plus d’une direction. Ils reconnaissent aussi la variété des besoins parmi leurs frères et sœurs et, ayant la Parole de Dieu comme leur médication, ils formulent différents avertissements et différentes prescriptions. Le contraire de cette approche est de donner aux gens juste ce qu’ils souhaitent – le goût qui va les faire se sentir mieux à court terme ou qui va les conforter dans la direction qu’ils préfèrent déjà.

Ne pas renforcer la démangeaison des oreilles

Dans une autre lettre, Paul avertit Timothée au sujet de la tentation de donner satisfaction à des oreilles qui démangent. Nous pouvons penser qu’une « forte prédication » est la solution pour éviter cette tentation. Mais souvenez-vous, il est possible de formuler de forts avertissements au sujet de dangers spécifiques et d’être toujoursun prédicateur qui ne fait que chatouiller les oreilles. Comment ? Parce que des oreilles qui démangent veulent des enseignants qui leur diront ce qu’elles veulent entendre. Et nombreuses sont les congrégations qui espèrent entendre chaque semaine un prédicateur leur dire ce qui ne va pas chez tous les autres.

Un exemple du passé

Un des fameux prédicateurs revivalistes du siècle passé, Billy Sunday, était connu pour ses prédications ardentes contre les péchés variés d’immoralité, de vice personnel et pour sa vigoureuse opposition à l’alcool. Il n’avait pas peur de s’en prendre aux péchés des gens. Certains péchés, s’entend. Manquait curieusement à sa litanie de maux, le racisme de cette époque qui protégeait la résurrection du KKK et allait conduire, dans les années suivantes, à la Grande Migration.

Avant une visite dominicale à Washington, D.C., en 1918, le pasteur Francis Grimké le pressa de parler prophétiquement au sujet du racisme. Sunday choisit de ne pas le faire. Réfléchissant plus tard sur cet événement, Grimké écrivit:

Les membres de notre église blanche sont maintenant, sans aucun doute, en train de se taper mutuellement sur l’épaule, rigolant dans leurs manches et se congratulant mutuellement quant au fait qu’ils sont passés sains et saufs au travers de l’épreuve des diatribes de M. Sunday, ses critiques et dénonciations cinglantes, sans avoir été un seul instant confrontés par lui pour ce péché [de préjugé racial].

L’avertissement multidirectionnel

Nous qui sommes des propre-justes chroniques, nous aspirons à un message qui nous gonfle de fierté. La prédication qui chatouille les oreilles peut être ardente ; elle peut être sonore ; elle peut marcher sur les orteils, mais ce ne sont jamais les orteils des gens de l’assistance ou du pasteur en chaire.

Si nous émettons régulièrement des avertissements quant aux dangers qui viennent sur le troupeau, mais d’un seul côté, il se peut que nous recevions une appréciation des membres de notre église à court terme, mais nous les laisserons vulnérables aux dangers et aux défis qui viennent d’autres directions. Nous devons être assez courageux pour poursuivre une direction multidirectionnelle, même si notre médication peut être impopulaire.

Telle est la première tentation à laquelle nous devons résister. J’ai d’autres suggestions pour les conducteurs, que je présenterai dans les prochains articles.

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