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La liturgie… voilà un terme qui évoque deux tendances différentes. Il y a tout d’abord l’attitude commune qui voit dans la liturgie une simple répétition ou lecture de textes préparés à l’avance. La seule responsabilité qui reste au « liturge » est de lire distinctement ce qui est devant lui. Reconnaissons que l’idée même de « liturgie » évoque des choses plutôt négatives comme un traditionalisme desséché et une formalité qui empêchent une adoration vivante. C’est vrai : la structure du culte a parfois enlevé toute vie à ce merveilleux jour d’adoration communautaire. À l’inverse, il y a aussi une tendance au renouveau liturgique. Nous redécouvrons la richesse et la profondeur de la théologie incarnée dans les mots et prières liturgiques.

Ce renouveau, je l’apprécie… mais il reste une question à l’apologète que je suis. Y a-t-il un lien ? Bien sûr, nous pourrions dire que le culte doit aussi parler aux non-chrétiens. Le culte devrait être dirigé vers les chrétiens et les non-chrétiens, et ce, consciemment. Tout, dans le culte, devrait être dirigé vers ces deux types de personnes se trouvant en face de nous le dimanche matin. Peut-être. En même temps, le culte est une adoration communautaire : il s’adresse au peuple de Dieu.

Le culte n’est pas « fermé »… mais il demeure l’adoration des chrétiens.

Cela veut-il dire que nous fermons la porte aux non-chrétiens ? Non, le culte n’est pas « fermé »… mais il demeure l’adoration des chrétiens. Comment alors va-t-il aussi parler à ceux qui ne connaissent pas encore le Seigneur ? Peut-être pouvons-nous repenser la liturgie en tant que formation de disciple communautaire. En tant que telle, elle est à la fois adoration du peuple de Dieu, mais aussi appel à se joindre à ce peuple.

Une déclaration d’identité

L’organisation et la présentation du culte vont au-delà d’une simple structure, ou absence de structure de ce que nous faisons ensemble lors ce rassemblement commun. La liturgie n’est pas seulement, pas d’abord, une suite de choses que nous faisons : des lectures, des prières et des chants. La liturgie, c’est d’abord une déclaration d’identité. C’est pour cela que tout ce que nous faisons lors de ce temps communautaire est important et a une dimension missionnaire.

Oui, la liturgie déclare, proclame même ce que nous sommes. Nous sommes le peuple de Dieu : nous louons donc le Dieu qui nous a créés et sanctifiés. Nous sommes pécheurs : nous reconnaissons que nous sommes trop souvent à l’image du monde dont l’allégeance est à un autre seigneur. Nous sommes restaurés à l’image de Jésus : nous déclarons qu’il est le seul Maître de notre vie.

Nous ne devons donc pas nous satisfaire de lire l’Écriture, mais de la prier, et de la chanter.

C’est pour cela qu’il est tellement crucial que la liturgie soit façonnée par Dieu lui-même, à travers sa Parole, et que nous y répondions. Nous ne devons donc pas nous satisfaire de lire l’Écriture, mais de la prier, et de la chanter. Toutes les parties de la liturgie vont faire cela, pas seulement les « temps d’adoration ». La confession des péchés proclame que nous sommes tous pécheurs, et que Dieu est riche en compassion et qu’il veut faire grâce à tout être humain. La confession de foi est elle aussi, c’est évident, une proclamation de notre identité, de notre foi. C’est le résumé de ce que croit, et donc est, le peuple de Dieu. Il y a une grande pertinence ici à utiliser les confessions de foi qui rassemblent tous les croyants, de tous les âges. Voilà notre identité. Nous sommes disciples de Jésus-Christ, nous sommes ses « suiveurs », marchant sur sa Voie.

Il n’y a donc pas nécessairement besoin de consciemment parler à de potentielles personnes non-chrétiennes lors du culte pour s’adresser à elles. La déclaration de notre identité suffit. Nous sommes des êtres humains qui se savent pécheurs, reconnaissants envers leur Dieu sauveur, et qui suivent une voie nouvelle. Voilà qui suffit à déployer une dimension profondément missionnaire. La liturgie est une formation de disciples : elle proclame l’identité des disciples que nous sommes. La liturgie est une affirmation missionnaire : elle attire à Jésus ceux qui entendent la proclamation d’identité du peuple de Dieu auquel ils sont appelés à se joindre.

Une re-création communautaire

La liturgie est aussi missionnaire à cause de sa dimension communautaire. Elle ne s’adresse pas à des croyants isolés qui se trouvent justement être là en même temps. Le culte n’est pas l’assemblement de personnes, c’est le rassemblement d’un peuple, c’est l’adoration de l’épouse de Jésus-Christ. Du fait qu’elle est adoration, la liturgie devrait aussi manifester l’œuvre de re-création que Dieu se propose de faire à travers Christ et en l’Esprit.

C’est ici aussi que l’adoration communautaire des disciples de Jésus-Christ a une dimension profondément missionnaire. La liturgie répond en effet de manière apologétique aux problèmes de notre société.

Elle est réponse au matérialisme en mettant au cœur de la vie du disciple l’adoration d’une personne, le Dieu trinitaire, et non des choses qui encombrent notre vie. La liturgie re-crée en nous le désir de Dieu et non des biens de ce monde.

Elle est réponse à l’individualisme en dé-centrant de l’être humain : le centre de son identité n’est plus lui-même, mais son Dieu et le peuple auquel il appartient. La liturgie devrait alors nous aider à laisser de côté notre obsession individuelle et regarder à Dieu et aux autres, nourrissant ainsi l’amour de Dieu et du prochain.

Elle est réponse au « thérapeutisme » qui veut que nous devrions toujours « nous sentir bien », et que tout est jugé à la lumière de cela. La liturgie va modeler la vie chrétienne : une vie de sanctification et d’obéissance, où nous souffrirons à la suite du Seigneur, et au cours de laquelle nous porterons les fardeaux les uns des autres.

Un appel à entrer dans la foi

Ces « réponses » que doit offrir la liturgie s’adressent non seulement au peuple de Dieu, d’une manière consciente et directe, mais aussi à celui qui ne croit pas… ou pas encore. La liturgie mettra en évidence que toutes les réponses et tous les désirs que nous présente la société pâlissent en comparaison de la beauté, de la bonté et de l’amour de Dieu manifesté dans la liturgie. La liturgie doit donc être à la fois adoration du peuple de Dieu, et appel à venir à la foi.

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