Islam : les enjeux du témoignage chrétien

Le laboratoire d’idée (think tank) Institut Montaigne a publié en septembre un rapport intitulé « Un islam français est possible ». Le rapport commence par deux points, tous deux aussi évidents l’un que l’autre. Ils méritent cependant d’être mentionnés.

Premièrement, pourquoi travailler sur l’islam en 2016 ? Pression électorale ? Non. Tout simplement « parce que la violence qui s’est déchaînée en son nom en France, contre des Français, ne peut rester sans réponse. »

Deuxièmement, les évènements dramatiques des deux dernières années, les polémiques interminables sur « islam et laïcité », et les incompréhensions dont l’islam fait l’objet, ont une conséquence importante. Un sentiment de peur, d’angoisse, et même d’impuissance. Cela, bien sûr, peut se comprendre.

Etre témoin du Christ, c’est comprendre la société

Voici d’ailleurs ce que doit d’abord être un apologète, ou un témoin de Christ. Quelqu’un qui arrive à comprendre. Parfois, nous donnons l’impression d’être au-dessus des autres. Parfois, nous jugeons trop rapidement nos contemporains : « il n’y a pas de raisons de craindre les musulmans ». Nous donnons l’impression que nos contemporains sont ignorants, faibles, irrationnels.

Il y a deux problèmes.

Tout d’abord, nous ne voyons pas que notre attitude manque parfois de compassion et de compréhension.

C’est vrai, nous mettrons l’accent sur la compréhension de l’islam, sur la relation que nous devons avoir avec nos amis, voisins et collègues musulmans.

Cependant, j’ai souvent été frappé cette année passée par le manque de compréhension que nous pouvons avoir de nos autres contemporains. Nous aurions raison de dire qu’il ne faut pas réagir par peur de l’islam. Nous aurions raison de rappeler que croire que les intégristes sont « à notre porte », c’est presque céder à une peur incontrôlée. Ne ridiculisons pas nos contemporains. Nous devons chercher à comprendre pourquoi beaucoup de nos contemporains, y compris dans l’Église, peuvent éprouver ces sentiments, et avoir des idées trop négatives concernant l’islam.

Voilà une leçon apologétique. L’un des objectifs du témoin de Christ c’est, pour pouvoir être témoin radical de la grâce, comprendre ses contemporains. Nous devons comprendre leurs peurs, leurs espoirs, leurs fausses attentes.

Un islam de France ?

Le rapport de l’Institut Montaigne fait de nombreuses précisions quant à l’islam en France.

Tout d’abord, cet islam religieusement revendiqué n’est pas aussi grand que nous ne pourrions le croire. Environ 5,6% de la population de plus de 15 ans. Le rapport fait ensuite état de trois grands courants dans l’islam de France.

Premièrement, il y a des musulmans tout à fait modérés et intégrés à la société française (46%) – y compris quant à l’acceptation des principes laïques.

Deuxièmement, il y a deuxièmement des musulmans (25%) qui, tout en souscrivant aux valeurs laïques, expriment une plus grande revendication religieuse et cultuelle.

Enfin, il y a un troisième « groupe » dont l’équilibre entre appartenance française et religieuse est plus précaire. Attention cependant ! Il ne faudrait pas croire que ce groupe est celui des extrémistes et des terroristes. Ce troisième type rassemble plutôt les musulmans pour lesquels la gestion d’une double identité, française et religieuse, se révèle crispée, pleine de tensions.

Il est impossible de résumer l’intégralité du rapport ici. Je me contente de souligner quelques points importants.

Par exemple, le « découpage » évoqué ci-dessus doit nous faire réfléchir à la manière dont nous allons adapter notre témoignage chrétien à diverses personnes. Notre apologétique devra répondre à des questions et attentes différentes selon l’appartenance à l’un ou l’autre de ces trois groupes.

Il faut aussi mentionner que les annexes de ce rapport contiennent des informations intéressantes et pertinentes quant à la diversité des traditions musulmanes, y compris salafistes. Il nous est par exemple rappelé que le salafisme n’est pas nécessairement synonyme de djihadisme, mais que ce dernier n’est que l’une des trois formes de salafisme. Une fois encore, notre témoignage, évangélisation, apologétique, pourront bénéficier de la lecture de ce rapport.

Les propositions

À la suite de son étude, l’Institut Montaigne fait plusieurs recommandations qu’il est bon de résumer :

  • L’intégration de l’islam au concordat d’Alsace-Moselle. Bien sûr cette proposition, qui n’est pas nouvelle, se heurterait à des questions constitutionnelles. Cependant, ces modifications constitutionnelles ne devraient pas rendre impossible la mise en oeuvre de cette proposition.

  • Assurer le financement du culte musulman par l’intermédiaire de revenus indépendants de sources étrangères.

  • Élire un grand imam de France afin de conduire le travail intellectuel et théologique destiné à poser les jalons d’un islam français.

  • Former les aumôniers musulmans par l’intermédiaire de la création d’un Institut français des aumôniers. Bien sûr le rapport ne mentionne pas que pour certaines aumôneries, une formation à la laïcité est déjà obligatoire.

  • Rediscuter certains privilèges. Le rapport mentionne comme exemple les baux emphytéotiques, les carrés confessionnels, et les garanties d’emprunt. Ceci a, pour le rapport, le but de clarifier la loi pour les « communautés publiques ».

  • « Enseigner l’arabe classique à l’école publique pour réduire l’attractivité des cours d’arabe dans les écoles coraniques et dans les mosquées. »

  • Promouvoir la connaissance de l’islam, à travers une meilleure connaissance de la population musulmane (sondages, etc.) et à travers des ouvrages scolaires adaptés.

  • « Créer un Secrétariat aux Affaires religieuses et à la Laïcité, placé sous la tutelle du Premier Ministre, et lui rattacher le Bureau central des cultes. » Ce secrétariat aurait comme tâche principale de garantir le respect de la loi 1905, de lutter contre le discours « fondamentaliste », de mieux gérer l’accord de visas aux imams étrangers, etc.

Il est intéressant de noter que dans ce rapport, ce n’est pas seulement le « fondamentalisme » ou l’intégrisme qui est remis en cause. C’est aussi le fonctionnement structurel et institutionnel de la France qui est en cause, d’où certaines propositions de nature politique assez importantes.

Certainement, plusieurs de ces mesures pourraient affecter les Églises protestantes. Cela pourrait inquiéter.

Cependant, rappelons-nous les paroles de paix et de confiance qui rythment la Bible. Elles nous donneront la paix, et nous encouragerons à partager cette paix avec tous nos contemporains.


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