Être parent à l’heure de l’addiction aux écrans

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« Éteignez vos écrans ! »

Si vous étiez une petite souris dans ma maison, vous entendriez sans cesse cette phrase, encore et encore. Et ça ne fait qu’empirer pendant les vacances d’été. En raison de l’absence d’une routine scolaire, l’ennui se transforme en boulimie des écrans.

Je me sens comme un hypocrite de première classe d’écrire un article sur le sujet des écrans, mais ma famille et moi ne sommes pas les seuls à éprouver de la difficulté à bien appréhender ce sujet. À maintes reprises, il apparaît au cours de séances de coaching, d’appels téléphoniques, de messages et de conversations discrètes dans les couloirs de l’église. Qu’est-ce que cela signifie d’être un bon parent pour des enfants issus d’une génération qui dispose de tout « à la demande » ?

Devons-nous choisir entre un mode de vie interdisant totalement la technologie, ou existe-t-il un moyen d’ « utiliser » les écrans pour faire mûrir nos enfants ?

Le nouveau voisinage

Tout le monde connaît les plaintes incessantes du type « Je m’ennuie ! ». Cela fait partie du paysage de l’été au même titre que les glaces, les barbecues et les sorties à la plage. Pourtant, certains systèmes sociaux ont dans le passé contribué à atténuer l’ennui : nos voisins.

Les quartiers étaient vivants avec des enfants qui jouaient au basket, faisaient du vélo ou d’autres activités, dans le but de combattre ensemble le spectre de l’ennui. Ce système n’était certes pas parfait, mais il réunissait des enfants de tous âges et de diverses capacités pour lutter contre un ennemi commun.

Ces jours-ci, il semble que les jeux improvisés dans nos quartiers aient presque disparu. En conséquence, les besoins de divertissement et de jeu d’un enfant (et oui, il s’agit bien de besoins pour un enfant) incombent désormais aux parents, au lieu d’être en partie délégués à un voisinage pourtant rempli de ressources.

À la fin du mois, le budget des parents finit par être épuisé. Alors l’une des solutions les plus simples pour distraire l’enfant consiste à le mettre devant un écran. Et là, immédiatement, les enfants sont à la fois contenus (ils ne crient plus) et divertis (ils s’amusent). C’est presque trop facile ! Et nos cœurs aiment ça.

Notre disposition pour le plaisir facile

Le temps que nous passons avec les médias a augmenté et quelles qu’en soient les causes sociologiques, il y a toujours un enjeu de fond. Entre les chapitres 6 et 26, le livre des Proverbes parle quatorze fois des « paresseux ». En fait, la paresse est l’une des principales choses décriées par la littérature dite « de sagesse ».

Le cœur humain veut la quantité maximale de plaisir pour une quantité minimale de travail. C’est ce qu’on appelle le « principe de plaisir ». Quand nos enfants se retrouvent face à un écran, ils peuvent gagner beaucoup, en vertu de ce principe.

Ils gagnent beaucoup au change, car ils n’ont rien à faire : ni le dur travail de socialisation avec les autres, ni apprendre à partager, ni faire des compromis ou respecter les règles. Le monde leur appartient, et le monde c’est partout où Netflix, Amazon ou YouTube les emmèneront.  Nous aussi, nous gagnons beaucoup dans cette solution de facilité. Nous n’avons plus à nous soucier de leur harcèlement constant pour être divertis, ni de la coordination entre horaires et rendez-vous, et encore moins du désordre d’une salle ayant servi pour jouer — puisqu’il n’y en a plus !

Notre monde rendu malade par le péché nous invite constamment à céder à notre cœur lui aussi malade. Mais la bonne nouvelle, c’est que la puissance du ministère de la Parole nous permet de surpasser notre penchant pour la facilité (Hébreux 12:1).

L’objectif dans le divertissement

Il est important de créer un objectif. Si vous n’avez aucune idée de l’objectif que vous essayez d’atteindre à travers l’utilisation des écrans par vos enfants, il vous sera extrêmement difficile de déterminer quel comportement est approprié vis-à-vis desdits écrans.

Il peut sembler étrange de parler d’ « utilisation d’écran » comme s’il pouvait s’agir d’un outil permettant de développer des traits de caractère positifs. Mais c’est pourtant le cas : presque tous les comportements peuvent être façonnés en quelque chose qui honore Dieu (Colossiens 3:17). Par exemple, dans le cas de ma famille, les objectifs sont la responsabilitéet le contrôle de soi.

Cela signifie que si je veux guider mes enfants vers la responsabilité et la maîtrise de soi dans leur utilisation de l’écran, alors non seulement le contenu, mais aussi la quantité de temps dépensée et leur attachement émotionnel devront être appropriés. En d’autres termes, il est possible de guider les enfants pour qu’ils apprennent à protéger leurs yeux, leur appétit et leur cœur lorsqu’ils utilisent des appareils numériques.

1) Le contenu passe par les yeux

Voici l’une des facettes les plus délicates (et peut-être l’une des plus dangereuses aussi) des appareils interconnectés et « à-la-demande » que nous utilisons. C’est facile pour un enfant de s’emparer d’un téléphone, d’une tablette ou d’un ordinateur et de rester seul dans n’importe quelle pièce de la maison, à regarder du contenu tout seul. Dans ce cas de figure, les enfants peuvent rechercher ou tomber sur toutes sortes de contenus inappropriés.

Je préfère que les enfants soient sur un écran uniquement lorsque d’autres personnes sont présentes. La raison en est qu’ils ne peuvent alors pas cacher ce qu’ils regardent, et sont donc moins susceptibles de se perdre dans un océan de contenus inappropriés.

Cependant, même avec cette précaution, il ne faut pas grand-chose pour que l’enfant se retrouve devant un contenu préjudiciable. Si cela arrive, je m’attends à ce que mon enfant arrête immédiatement de regarder ledit contenu et en informe un adulte. Par conséquent, avant d’autoriser mon enfant à sélectionner par lui-même des émissions à regarder, il doit pouvoir me démontrer qu’il comprend la limite entre ce qui est approprié et ce qui ne l’est pas.

2) Le temps traduit l’appétit

Mes enfants et moi-même pouvons rester assis toute la journée à regarder un écran. Mais ce n’est pas sain (voir Proverbes 13:4). Pendant des années, l’Académie américaine des pédiatres a recommandé de ne pas dépasser plus de deux heures d’écran par jour. Mais cette restriction semble être sur le point d’être abandonnée au profit d’une approche « équilibrée » qui met l’accent sur le jeu physique et la socialisation, et ce afin de s’aligner sur les réalités d’une génération née dans le numérique (Brown, Shifrin, & Hill, 2015).

Les limites, quelles qu’elles soient, aident les enfants à développer des habitudes saines lorsqu’elles sont bien communiquées. Leur faire savoir que regarder des vidéos n’a pas sa place dans la matinée (ou dans la soirée) les aide à apprendre la gestion de leur temps et de leur appétit. Pour casser la frénésie, il faut définir un temps d’écran clairement limité.

Ensuite, il faut faire autre chose à la place : lire, jouer, faire les tâches ménagères, s’allonger dans le lit et regarder le plafond… Peu importe ce que vous faites, mais ne laissez pas vos enfants tomber dans l’addiction des écrans — car cette addiction ne les encourage non pas à contrôler leur appétit, mais à y céder.

3) Le cœur exprime l’attachement

Qui n’a pas jamais été impatient de regarder le prochain épisode d’une émission préférée ? Tout le monde, bien sûr. Mais pour ce qui est des enfants, quand leurs émotions commencent à être liées à l’écran, c’est qu’il est temps de faire une pause.

Recherchez des signes d’irritabilité, de troubles du sommeil, ou de pensées obsessives chez votre enfant. Traquez tout signe de désintérêt pour d’autres activités récréatives, d’envie de sauter des repas ou encore de difficultés relationnelles accrues. Vous connaissez votre enfant : si vous remarquez un « retrait » de sa personnalité ou une diminution de sa capacité à réguler sa personnalité, alors il est peut-être temps d’éteindre l’écran et d’envoyer l’enfant à l’extérieur.

Faire du divertissement une opportunité

Pour résumer, l’utilisation des écrans, même si elle peut être problématique, est également une opportunité d’aider les enfants à apprendre quelques éléments de base sur la façon de protéger leurs yeux, leur appétit et leur cœur. Néanmoins, cela nécessite des parents qui soient prêts à investir de la réflexion, de l’énergie et du temps pour avoir eux-mêmes une consommation raisonnable des écrans.  En effet, si un berger veut aider un enfant à garder son âme, il doit savoir comment protéger sa propre âme.

Lorsque le sujet des écrans est abordé, nous sommes souvent enclins à paniquer. Mais nous ne devrions pas. Tout va bien.Le fait même que vous soyez disposé à lire un article sur le sujet est un bon signe. Aimez vos enfants. Essayez d’être comme Jésus pour eux, confessez-vous quand vous ne l’êtes pas, et amusez-vous.

Alors que nous voulons aimer davantage Jésus et nos enfants, gardons à l’esprit que la question de l’obsession et de l’utilisation des moyens de divertissement à la demande doit absolument être abordée dans notre foyer.

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