Pâques approche. Depuis des siècles, on a coutume dans plusieurs traditions d’obédience chrétienne, de se remémorer la « Via Dolorosa » que Jésus a empruntée, ce « chemin de croix » qu’il a suivi depuis la condamnation prononcée par Pilate jusqu’à la mise au tombeau par Joseph d’Arimathée, une sorte de rituel en 14 étapes. C’est important, on ne peut en faire l’économie, c’est ce sacrifice qui donne au christianisme sa valeur rédemptrice. Mais pourquoi ne fait-on pas commencer ce « chemin du Calvaire » avant le verdict du Romain influençable ? Pourquoi ne pas faire commencer ce chemin de souffrance dès le début de l’agonie, à savoir dès le jardin de Gethsémané, lors de ce fameux « jeudi soir » ???? Poser son regard sur les récits et détails présentés par les quatre évangélistes met en lumière l’amour incroyable du Fils de Dieu et son incomparable sacrifice. Cela devrait remplir notre cœur d’une gratitude authentique : le cadeau du salut a un prix inestimable. Penchons-nous sur les épreuves subies de plein fouet… et de plein gré.
1. Jésus était seul. Très seul. Vraiment et désespérément seul.
Lorsque Jésus s’est posé dans le jardin de Gethsémané, il a délibérément laissé les disciples assis à « un jet de pierre » (Luc 22.41), tout en leur demandant de « veiller » (Marc 14.34). C’est là qu’il a imploré son Père, espérant pouvoir échapper aux heures qui allaient suivre. Sa souffrance intérieure était telle que sa sueur devint comme des grumeaux de sang (Luc 22.44). Âme triste jusqu’à la mort, cœur rempli de tristesse et d’angoisse… il a choisi à ce moment précis de faire la volonté de son Père, et de boire la coupe de douleur. Et, même si Dieu dans sa grâce a envoyé un ange pour le fortifier (Luc 22.43), Jésus était seul, bien seul. Seul devant ce futur proche dans lequel il allait subir des châtiments corporels, endurer des humiliations, être meurtri dans son corps. Mais seul aussi devant l’impossible à supporter : être victime de la pire des injustices, porter les péchés du monde (et Dieu sait si leur poids est lourd !) et vivre en tant qu’homme la colère et l’abandon de Dieu… et l’abandon des autres ! C’est normalement dans les moments compliqués de la vie qu’on a besoin du soutien de nos amis, du réconfort de nos proches, de leur écoute, de leurs conseils, de leur étreinte, du rappel de leur affection… mais là, RIEN. Juste des disciples endormis et le noir de la nuit. Jésus était seul. Et c’est dans cette solitude qu’il a pris la décision qui nous rouvrait la communion : offrir sa vie en sacrifice.
Jésus était seul. Et c’est dans cette solitude qu’il a pris la décision qui nous rouvrait la communion : offrir sa vie en sacrifice.
Mais la solitude de Jésus ne s’arrête pas aux portes du jardin. Elle l’enlace encore lorsque la foule arrive, bâtons et torches à la main, pour se saisir de lui sans préavis et lui ouvrir le chemin vers les pires heures qu’un humain allait vivre dans l’histoire de l’humanité. Alors oui, il y a eu ce baiser. Mais un baiser teinté d’hypocrisie, à l’amer saveur de la mort et de la trahison. Oui, il y a eu cette intervention musclée de Pierre. Mais une intervention inutile qui ne faisait que révéler que les desseins de Dieu n’étaient pas encore clairs dans la tête de l’apôtre (« A Dieu ne plaise, cela ne t’arrivera pas ! »). Jésus était seul. Seul chez Anne, seul devant le sanhédrin, seul devant Hérode, seul devant Pilate. Offert en pâture aux pharisiens jaloux, aux soldats excités, au roi curieux ou au gouverneur lâche. Même Pierre l’a abandonné, renié. Pas d’avocat pour Jésus, pas d’amis qui oseraient braver les autorités en demandant une révision du procès, pas de foule qui brandirait des bannières telles « Non à l’injustice, libérez Jésus ! N’emprisonnez pas le Juste ! ». RIEN. Juste Jésus seul et des « A mort ! », « Crucifie-le ! » à tout-va. Quel sacrifice pour un être aussi relationnel que lui, vivant dans la Trinité divine depuis toute éternité, cherchant les humains, supportant les humains, aimant les humains ! Mais cette souffrance ne s’arrête pas à cette cruelle solitude.
2. Jésus a été victime de procès foireux. Injustes. Vraiment injustes.
Cette nuit du jeudi et la matinée qui a suivi ont été pavées d’injustice. Alors oui, Jésus n’a pas été crucifié sur le champ (les pharisiens et autres religieux n’allaient pas prendre ce risque-là, appliquer la peine de mort leur était interdit sous la domination romaine !). D’ailleurs, une mort en catimini n’aurait pas de sens, Jésus étant un homme public, il fallait agir publiquement ! On aurait pu se dire qu’un procès honnête allait l’affranchir de toute accusation. On aurait pu espérer qu’un regard intègre sur la particularité de sa vie allait clamer son innocence et le restaurer dans sa position de Dieu-fils de Dieu. Mais non. Le procès, que dis-je, les procès ont bien eu lieu. Un souverain sacrificateur, un groupe de pharisiens (pourtant habitués au sein du sanhédrin à exercer la justice), un roi de passage à Jérusalem et un gouverneur romain ambitieux : aucun n’a su défendre le défendable, libérer l’innocent, gracier le prétendu coupable injustement détenu. AUCUN. Dieu dans sa finesse, les évangélistes dans leur complémentarité et dans le souci du détail évoqué à travers leurs lignes, n’ont fait que confirmer que la condamnation de Jésus ne pouvait être qu’injuste. L’ensemble des autorités alors en exercice en ce premier siècle ne pouvait que se mettre d’accord sur un point : Jésus était, reste et sera toujours PARFAIT. Les religieux ? Ils l’accusent de blasphème ! Mais quand Jésus confirme qu’il est fils de Dieu, il ne ment pas ! Ses actes et ses paroles l’attestent ! Les malades guéris, les apôtres éblouis, les perdus restaurés, les boiteux sur leurs jambes et même la mer apaisée si elle avait pu le faire, auraient clamé haut et fort que Jésus est Dieu ! Ses œuvres le démontraient, ses paroles le confirmaient. Les dignitaires romains ? Pilate, « digne » représentant de l’autorité romaine suprême, se défait de l’affaire, envoyant la patate chaude vers le roi Hérode, son confrère responsable de la Galilée (comme ‘par hasard’ présent à Jérusalem ce jour-là) qui, confus, le lui renvoie… et Pilate d’en conclure : « Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort » (Luc 23.22) … Nous avons sous nos yeux, au travers du récit des évangiles, un récit objectif, simple et factuel qui pousse le lecteur à constater que les procès étaient bâclés (faux témoins déboutés, innocence clamée mais lavée lâchement, foule manipulée). Dieu, dans sa sagesse, a permis que le lecteur des Écritures ne puisse faire qu’un simple constat : Jésus était innocent. Aucune autorité de l’époque, politique ou religieuse, de Judée ou de Galilée, n’avait de raison valable de condamner Jésus à la chaise électrique, à l’échafaud, au bûcher, à la croix. Aucune. Jésus était pleinement INNOCENT. Et son procès, ses procès, étaient donc, de ce fait, pleinement INJUSTES. Mais l’injustice ne s’arrête pas à la condamnation seulement…
Jésus était pleinement INNOCENT. Et son procès, ses procès, étaient donc, de ce fait, pleinement INJUSTES.
3. Jésus a enduré des souffrances physiques violentes. Violentes. Vraiment violentes.
Si Jésus avait été condamné aujourd’hui dans un pays occidental, sa condamnation à mort aurait été autre : arrestation, procès (bâclé et sans défense), condamnation et mise à mort. Une injection létale ou un coup de chaise électrique et on n’en parle plus. Jésus serait mort après tout, c’est ce qui compte, non ? Seulement, Dieu, dans sa souveraineté, a choisi le premier siècle après JC. Le siècle où la barbarie embrasse le quotidien des humains, le siècle où le supplice de la croix est commun. Cruel. Teinté de violence, de cruauté, d’horreur. Lors de son arrestation, Jésus a été ligoté (Jean 18.12) (comme s’il allait s’enfuir, alors qu’il avait décidé lui-même d’accepter cette issue-là !). Ensuite, il a été giflé par l’huissier devant le souverain sacrificateur (Jean 18.22) et par les autres (Luc 22.63, Matthieu 26.67, il est même question de soufflets, ce qui rajoute une notion de mépris à l’humiliation). On lui a craché dessus et donné des coups de poing (Marc 14.65). Et là, il ne s’agit que des heures qui ont précédé le verdict de Pilate !!!! La suite, la terre entière la connaît, puisque c’est justement là le début du « chemin de croix » : coups de bâton, couronne d’épines, mise à nu, soufflets de nouveau, port de la croix… et crucifixion. Toute cette souffrance. Intolérable, odieuse, vertigineuse tant elle parait disproportionnée par rapport aux incroyables qualités de Celui qui l’a endurée. Mais souffrance nécessaire. « Sans effusion de sang, pas de pardon » (Hébreux 9.22).
Le chemin du Calvaire ne commence pas au moment où Barabbas a été relâché et Jésus condamné. Le chemin du Calvaire a commencé bien avant. Jésus a supporté ce qu’aucun de nous n’aurait pu vivre. Et il est allé jusqu’au bout ! Il aurait pu faire venir une armée d’anges qui l’auraient libéré avec fracas de la main des soldats. Il aurait pu, lui, le meilleur avocat, se défendre avec audace au moyen d’un plaidoyer qui aurait fait taire les détracteurs. Il aurait pu transformer les fouets des bourreaux en bâtons de plume ou priver de leur voix les gens qui criaient « Crucifie-le ! ». Mais rien de tout ça. Jésus est allé jusqu’au bout de ce chemin. C’est grâce à ce sang versé que je suis sauvée. Mais c’est aussi grâce à ce chemin de souffrance que je sais que le Très-Haut, le seul et unique Dieu qui vient vers les hommes, compatit à mon humanité. Solitude, injustice, souffrance : ce ne sont pas des concepts pour lui, c’est une réalité. Mon cœur déborde de gratitude envers Celui qui a osé. Osé suivre le chemin qui mène à la mort pour que je marche sur celui qui mène à la vie. Loué soit son Nom !
Il était celui qu’on dédaigne, celui qu’on ignore, la victime, le souffre-douleur.
Nous l’avons dédaigné, nous l’avons compté pour rien, comme quelqu’un qu’on n’ose pas regarder.
Or il supportait les maladies qui auraient dû nous atteindre,
il subissait la souffrance que nous méritions.
Mais nous pensions que c’était Dieu qui le punissait ainsi, qui le frappait et l’humiliait.
Pourtant il n’était blessé que du fait de nos crimes,
il n’était accablé que par l’effet de nos propres torts.
Il a subi notre punition, et nous sommes acquittés ;
il a reçu les coups, et nous sommes épargnés.
(Esaïe 53.3-5 BFC)

