Enseignants francophones de la Bible, apprenez de la vie de R.C. Sproul (1939-2017)

L’excellent théologien-pasteur R.C. Sproul vient de nous quitter pour la gloire céleste. Voici six leçons puissantes que peuvent – et que devraient – tirer du ministère de Sproul les enseignants francophones de la Bible.

 

Qui était R.C. Sproul ?

S’il a été professeur de facultés de théologie et pasteur d’Églises locales aux Etats-Unis pendant de nombreuses années, R.C. Sproul est surtout connu pour être celui qui, dans les milieux anglo-saxons, a le mieux vulgarisé la théologie réformée (calvinienne) au cours des cinquante dernières années (le ministère Ligonier diffusait les ressources produites par Sproul). Il jetait sans arrêt des passerelles entre les facultés de théologie et les chrétiens ordinaires. Beaucoup d’enseignants de la Bible très connus à travers le monde ont découvert la théologie, dans leur jeunesse, à travers les écrits accessibles et percutants de Sproul.

 

Comme d’innombrables chrétiens et enseignants de la Bible, j’ai moi-même profité de la limpidité et du caractère profondément touchant des exposés de Sproul, et ce dès l’âge de dix-huit ans environ. On m’a remis la cassette (oui, c’était il y a longtemps !) de l’enregistrement d’une conférence théologique réunissant plusieurs intervenants, et pour la première fois de ma vie j’entendais un théologien (plus précisément un « dogmaticien » ou un « théologien systématique ») exprimer avec une simplicité déconcertante les grandes vérités de l’Évangile. Il s’appuyait sur l’Écriture et faisait référence aux grands théologiens de l’histoire, dont il résumait la contribution avec brio (voici un extrait vidéo de cette conférence théologique, la toute première à laquelle je fus exposé [Sproul prend la parole à partir de 2:25 minutes]).

On trouvera une esquisse de la vie de Sproul sur le blog de Justin Taylor (en anglais), et les grandes lignes de son parcours évoquées en français sur ce blog. J’aime bien cette vidéo de deux minutes qui retrace son parcours.

Malheureusement, trop peu de livres de Sproul ont été traduits en français. On trouvera néanmoins les titres suivants :

 

Pourquoi l’exemple de Sproul est si important pour l’Église francophone

Que l’on partage ou non les convictions de Sproul sur des points théologiques précis – je ne suis pas d’accord avec lui sur tout ! –, je considère qu’il nous laisse un héritage qui devrait nous pousser à la méditation, et aussi à l’action.

Et effet, il paraît évident qu’en privilégiant un ministère de vulgarisateur, Sproul a rapproché la théologie de l’Église et du grand public. Des milliers de chrétiens ont fait le choix de se lancer dans des études théologiques et de s’orienter vers le ministère pastoral parce que Sproul leur a montré la splendeur de la sainteté de Dieu, notamment.

Or, en francophonie, il y a parfois (pas dans tous les milieux, fort heureusement) une tendance inverse : on éloigne la théologie de l’Église ! On trouve de nombreux pasteurs (pour ne pas dire des chrétiens encore plus nombreux) qui ne s’intéressent guère à la théologie, et trop peu de théologiens qui consacrent le temps nécessaire à adapter leur enseignement pour un public plus large (cela demande un investissement de temps et d’énergie considérable). Or, comment intéresser les gens à la saine doctrine, dont nous avons tous si désespérément besoin, sinon en leur présentant celle-ci de façon digeste et dynamique, en en démontrant toute la pertinence pour l’existence quotidienne ?

Apprenons donc de l’exemple de Sproul ! Sa vie proclame les six exhortations qui suivent.

 

1. Enseignants de la Bible, travaillez d’arrache-pied jusqu’à ce que votre enseignement soit d’une clarté désarmante !

La simplicité et la clarté ne s’improvisent pas. On y parvient à force d’heures passées à tenter de synthétiser au mieux tel ou tel enseignement biblique ou théologique. Trop souvent, nous nous contentons d’enseigner la vérité au moyen de propos vagues et nous habituons les gens au flou artistique dont nous sommes les auteurs.

Une illustration découverte dans un ouvrage destiné aux pasteurs m’a récemment interpellé : nous servons aux gens de bons aliments (des vérités nutritives qui sont vraiment bibliques), mais sans avoir pris le temps de préparer un véritable repas (c’est-à-dire d’agencer de façon heureuse les diverses composantes alimentaires) ! À l’écoute de certaines prédications, je me dis parfois : trois ou quatre heures de travail supplémentaire auraient permis de parvenir à un résultat très différent. On nous aurait alors servi un repas appétissant plutôt qu’un panier d’épicerie.

Rejetons la médiocrité ! Offrons à l’Église un enseignement clair, que nous aurons passé de longues heures à préparer, à méditer et à formuler avec une précision maximale !

 

2. Enseignants de la Bible, hiérarchisez les doctrines et donnez-vous sans compter pour expliquer les fondamentaux de la foi chrétienne dans la puissance de l’Esprit !

Toute vérité ne devrait pas devenir un cheval de bataille. Sproul a su se concentrer sur l’essentiel. Quel aura été son apport le plus marquant ? Sans aucun doute son insistance sur la sainteté de Dieu. Regardez avec quelle passion (vidéo de moins de deux minutes) il défendait le Dieu trois fois saint jusque dans les dernières années de son ministère. Combien d’enseignants parmi nous laisseront derrière eux un tel héritage : « Sa passion était la sainteté de Dieu » ?

Sproul était en outre, pour ne citer que ces exemples, un champion de la souveraineté de Dieu, de la doctrine de l’Écriture et de l’Évangile de Jésus-Christ, notre substitut à la croix.

 

3. Enseignants de la Bible, imprégnez-vous de la vérité jusqu’à ce que votre être entier en soit habité !

Un enseignant en feu pour Dieu, voilà ce qu’était R.C. Sproul. On avait l’impression que ce qu’il transmettait était une question de vie ou de mort – et c’était bien le cas !

Parfois, nous enseignons l’Écriture comme si nous donnions un simple cours d’histoire. Je n’ai rien contre l’histoire qui, bien racontée, est toujours passionnante. Mais le contenu transmis appartient ici à un autre registre. Les mots qui sortent de notre bouche, quand nous communiquons le message biblique, ont un impact potentiel sur la destinée éternelle des gens ! Cela devrait se ressentir dans le ton que nous adoptons et dans la passion avec laquelle nous parlons de notre Dieu.

Soyons des enseignants habités par la Parole de Christ.

 

4. Enseignants de la Bible, ne négligez pas la forme de votre présentation !

Même si vous ne comprenez pas l’anglais, regardez Sproul s’exécuter ici. Détaché de ses notes, il regarde ses auditeurs droit dans les yeux. Ses mouvements, ses gestes, tout participe du processus de communication. Ce point (sur la forme) est la conséquence directe du point précédent (sur le fond). Si notre être entier est habité par la vérité, nous soignerons la forme de notre présentation afin qu’aucun obstacle n’empêche la Parole de pénétrer dans les cœurs.

Convaincus de la puissance du message, nous nous disons parfois : « Si le fond y est, la forme importe peu… » C’est faux ! Au contraire, la forme doit être au service du fond, et s’accorder avec lui en excellence.

 

5. Enseignants de la Bible, développez une approche pastorale lorsque vous transmettez des connaissances bibliques !

Sproul était maître dans l’art de l’illustration. Il tirait des exemples de la vie courante, de l’univers sportif, de la vie pastorale. Il développait des applications proches des gens et évoquait parfois sa vie personnelle (sans tomber dans le piège de trop parler de lui).

L’étape de l’interpellation, aboutissement concret de nos développements, nous la négligeons souvent. Nous avons expliqué le texte biblique, ou la vérité théologique, et nous considérons notre tâche accomplie. Mais au moins 95% de nos auditeurs se posent en silence la question : « Et alors ? Qu’est-ce que cela est censé changer dans ma vie ? » C’est à nous d’y répondre ! Sproul le faisait immanquablement et admirablement.

Si nous ne le faisons pas, nous transmettrons malgré nous le message suivant : la théologie est intéressante comme le sont d’autres sujets académiques (l’histoire, la science, la littérature), mais elle est détachée de nos préoccupations quotidiennes et de celles de nos contemporains.

 

6. Enseignants de la Bible, formez les responsables chrétiens à un niveau théologique qui se situe (typiquement) entre l’enseignement de l’Église locale et celui de la faculté de théologie !

Tous ne sont pas appelés à faire des études en faculté de théologie (même si, à mon avis, une telle formation [p. ex. quelques cours suivis à la carte] pourrait servir bien des chrétiens qui ne le soupçonnent pas). Pourtant, de nombreux chrétiens aspirent à une nourriture spirituelle plus substantielle que celle qu’on leur sert habituellement dans le cadre de leur Église locale. C’est le cas d’un bon nombre de responsables d’activités dans nos communautés.

Nous avons donc besoin de « théologiens-pasteurs » et de « pasteurs-théologiens » : d’enseignants qui, à l’instar de R.C. Sproul, aideront les chrétiens motivés et engagés à aller plus loin dans leur connaissance de Dieu et à s’équiper pour le service dans l’Église locale.

Encourageons les personnes qui démontrent un potentiel de vulgarisation intéressant à se former théologiquement (les facultés sont là pour cela), et créons des espaces qui leur permettent d’exercer leurs dons dans l’Église locale et dans le cadre d’initiatives inter-Églises. C’est souvent à ce niveau « inter-Églises » que se transmet la passion de l’étude de l’Écriture, qui peut même déboucher sur des vocations. Cela dit, pour que les vulgarisateurs excellent, ils doivent eux-mêmes bénéficier d’une formation plus poussée, reçue par exemple dans une faculté de théologie.

 

Merci, Père, pour ton serviteur R.C. Sproul. Comme tu l’as fait pour lui, donne-nous d’être émerveillés par ta sainteté, et d’apprendre à parler de toi d’une manière qui t’honore véritablement et te représente fidèlement.

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