Disciple de Jésus-Christ et vote Rassemblement National

L’un des meilleurs témoignages de la foi chrétienne est l’amour que se portent ceux qui se sont attachés à la personne de Jésus-Christ. Lui-même l’a dit en des mots restés difficiles à accomplir : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13.34-35) Ou alors en Jean 17.20-21 : « Je ne prie pas seulement pour eux, je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi : que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient un en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » L’amour et l’unité. Deux marques de la présence bienveillante de Dieu en Christ. Deux marques qui sont toujours un défi à relever.

À l’issue des élections européennes, et avec le score du Rassemblement National, ce défi est d’autant plus important. Nous pouvons lire sur internet des réactions comme « Il est impossible de se dire disciple de Jésus-Christ et de voter RN (Rassemblement National) ». Je reconnais que le sentiment qui anime ce genre de réactions est plus que compréhensible. Je suis convaincu que l’attitude générale du RN et de nombreux points de son programme me semblent opposés aux grandes affirmations de l’Écriture. Et pourtant cette réaction pose problème.

 

La reconnaissance de nos fautes

Le premier problème, c’est que de toute évidence, il y a de nombreux chrétiens qui votent pour le Rassemblement National. C’est un fait. Beaucoup le regrettent, d’autres non. Dans tous les cas, certains disciples de Jésus-Christ votent RN. Comme je l’ai dit plus haut, je pense que de nombreuses positions du RN sont en contradiction avec ma foi. Je crois qu’il y a une certaine incohérence à voter RN et suivre Jésus-Christ. Pourtant, je ne pourrais pas dire : « On ne peut pas se dire disciple de Jésus Christ et voter RN ». En effet, je ne pourrais dire cela qu’à l’une des deux conditions suivantes :

  1. Je lis dans leurs cœurs, et je vois qu’en fait, ils ne sont pas vraiment des disciples de Jésus-Christ. A priori peu d’entre nous sommes capables d’un tel discernement.
  2. Je crois qu’un disciple de Jésus-Christ est toujours entièrement et parfaitement fidèle à sa foi. Et donc forcément il serait impossible d’être disciple et de voter RN.

Nous tomberons tous rapidement d’accord pour dire que le (1) est impossible.  Quant au (2) l’humilité à laquelle m’exhorte la Bible me fait reconnaître mes propres fautes. Je suis impatient, égoïste, et orgueilleux. Et je commets de graves erreurs de jugement. Comme tous les chrétiens. Malgré tous mes errements, malgré mes réactions inacceptables, je suis disciple de Jésus-Christ, et je reconnais le même « droit à l’incohérence » à mes frères et sœurs chrétiens. Nous ne sommes pas définis par la cohérence entre nos actes et notre foi. Bien sûr, il faut être à l’image de Christ. Nous devons toujours plus agir selon la foi que nous avons reçue de Lui. Mais la foi n’est pas définie par nos actions. Sinon il y aurait un total impressionnant de zéro disciple de Jésus-Christ dans l’histoire de l’humanité.

Des disciples très connus, comme George Whitefield ou Jonathan Edward (voir cet article), ont « possédé » des esclaves. D’autres disciples, moins connus, ont voté RN. Regardant l’histoire de l’Église, nous devons apprendre l’humilité et la grâce. Nous pouvons continuer à penser que le vote RN compromet l’intégrité de l’Évangile. Je le pense. Je ne peux cependant retirer l’identité « christique » à ceux de mes frères et sœurs qui ont voté RN parce qu’un jour, je peux moi aussi faire des choix difficilement conciliables avec ma foi. Je prie que Dieu m’en préserve… mais c’est possible car je suis pécheur !

 

Foi et politique

Le deuxième problème avec cette phrase, c’est qu’elle disqualifie des chrétiens sur la base d’une position politique. Oui je sais, il s’agit plus que de « politique ». Il s’agit de l’accueil des étrangers au nom de Christ. Il s’agit d’une attitude sociale de grâce et de générosité. Ce sont des choses cruciales. En fait c’est précisément en grande partie la raison pour laquelle je ne pourrais pas voter RN. Le problème c’est que si cette phrase était vraie, tout chrétien qui aurait voté RN serait de fait disqualifié… il ne serait pas vraiment un disciple de Jésus-Christ. Là nous tombons dans le « politique ». Il ne pourrait pas y avoir de vrai disciple votant RN.

En disant cela, nous identifions en un parti politique en particulier une attitude qui serait plus problématique que celles des autres partis. Je m’explique. Des partis politiques défendent et promeuvent activement l’avortement. Et pourtant, personne n’a « tweeté » qu’il est impossible de voter X et se dire disciple de Christ. Certains partis ferment les yeux sur l’esclavage économique de millions de personnes dans le monde. Et pourtant, personne n’a clamé sur les réseaux sociaux qu’il est impossible de se dire disciple de Jésus-Christ et voter Y. L’accueil de l’étranger, l’avortement, l’opposition au consumérisme forcené de notre société : tout cela fait partie de ces sujets que la Bible aborde, directement ou non. Et tous les partis promeuvent, sur l’un ou d’autre de ces sujets, des attitudes en tension avec la foi en Christ. Tous les partis politiques défendent des attitudes et des choix qui sont en tension, ou contraires, à la foi chrétienne. Des millions de chrétiens votent. Des millions de chrétiens choisissent de voter. Et cela nous met souvent en tension avec notre foi. C’est presque une conséquence obligatoire de la vie civile dans un monde déchu. Alors ne soyons pas trop prompts à condamner certains pour leur choix politique sans nous soumettre aussi à la même critique.

Je ne défends pas le RN. Ni son vote. Je ne dis même pas qu’un disciple de Jésus-Christ peut voter RN sans ré-évaluer ce qu’il croit. Mais nous devons tousle faire. Nous devrions aussi constamment nous demander comment démontrer l’amour et l’unité que nous donne Jésus-Christ, y compris face à nos divergences politiques qui peuvent être radicales. C’est un enjeu apologétique : « À ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »

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