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Vous aurez beau avoir lu dix livres de 200 pages sur la marche à suivre pour le cas où vous rencontreriez un lion, le jour où vous serez devant le lion sur un chemin, vous serez probablement très désemparé. Est-ce à dire que les livres sont inutiles ? Certes pas. Mais on n’apprend pas à combattre en lisant des livres.

Ne pas fuir la confrontation

Comment apprend-on à combattre alors ? En se confrontant aux lions. Jésus l’a fait.

Le mal n’est pas une réalité abstraite. Jésus a vécu un contact avec des personnes assujetties aux puissances du mal. Il n’a pas esquivé. C’est aussi pour cela qu’il enseignait avec autorité. C’est aussi pour cela que Pierre dira :“Nous devons nous appliquer à la prière et au ministère de la Parole” (Ac 6.4). Pourquoi pas au ministère de la Parole seulement ? A cause de l’autorité nécessaire, qui découle de la soumission à l’autorité de Dieu.

Si les sociétés animistes voient des esprits derrière tout ce qui existe ou tout ce qui arrive, nous risquons, a contrario, de ne voir de la réalité que ce que la pensée rationnelle peut observer ou déduire. Est-ce réaliste ? Pas à l’échelle de la révélation biblique. La bonne doctrine est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Et il se pourrait que nous soyons, en maintes circonstances, à la fois très instruits et très démunis. L’instruction est-elle donc inutile ? Pas du tout. Mais il faut autre chose.

Nous n’avons pas appris à combattre

Nous avons souvent évité les situations où il était nécessaire de combattre. Nous n’avons pas appris à combattre. L’Evangile est une bonne nouvelle ; combattre est un mot négatif. Nous avons pensé que les deux ne s’associaient pas bien. De plus, aujourd’hui, la notion de combat renvoie aux comportements religieux extrêmes ou fanatiques. Par peur d’être assimilés, nous avons collectionné les termes doux, positifs, apaisants, consensuels. Tout cela convient à peu près tant que la confrontation peut être évitée.

Nous n’avons pas appris à combattre. Un jour, cependant, le chemin est barré ; impossible de poursuivre la route sans déloger un adversaire qui est d’autant plus redoutable que son identité n’est pas bien dévoilée. Beaucoup conçoivent le monde sans Dieu. Nous, nous le concevons souvent sans le Prince des ténèbres, appelé par Jésus Prince de ce monde. Ainsi, nos armes sont au placard. Quand il est l’heure de combattre, nous faisons un discours de plus ou nous nous esquivons.

La moquerie, l’impureté, l’orgueil, la colère, le mensonge, la peur, l’oppression, sont bien des postures relationnelles ou psychologiques ; mais ce n’est pas que cela. Ces attitudes peuvent aussi être l’effet d’agissements de nature démoniaque. Le diable est-il toujours en cause ? Non, mais il n’est jamais bien loin, cherchant des failles, des occasions. Jésus a été confronté à cela. L’épisode de son jeûne au désert le montre clairement (Mt 4.1ss). Sa confrontation avec Pierre aussi (Mt 16.23). Que fait Jésus ? Il cite l’Ecriture, mais il ne fait pas que cela : il prend position, il résiste. Le fait qu’il ait dû le faire à trois reprises montre la ténacité de l’Ennemi et la nécessité d’une forte détermination de notre part.

La peur doit changer de camp

En réalité, la peur doit changer de camp. “Soumettez-vous donc à Dieu. Résistez au diable et il fuira loin de vous”, écrit l’apôtre Jacques (4.7). Ainsi, demander à Dieu de résister au diable est une prière inutile ; nous devons le faire nous-mêmes, au nom de Jésus qui a vaincu le diable. “Les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas seulement humaines, mais elles sont  puissanes de par Dieu, pour renverser des forteresses” écrit Paul (2 Co 10.4). N’importe quel chrétien peut résister au diable, dès lors qu’il connaît le Seigneur et qu’il marche avec lui (1 Jn 2.6). Cela donne envie de bien comprendre ce que signifie ‘marcher avec lui’, n’est-ce pas ?

Dans le Nouveau Testament, les mots épreuve et tentation traduisent le même terme grec. Effectivement, toute tentation constitue une épreuve et toute épreuve est porteuse d’une tentation. Dans les deux cas, nous pouvons sortir vaincu ou vainqueur, ce qui ne produira pas les même fruits.

Revêtir les armes de Dieu

Tout le monde comprend ce qu’est une épreuve. Tout le monde ne saisit pas les enjeux d’une tentation. Dans les deux cas notre responsabilité, nos ressources sont sollicitées, mais pas exactement de la même manière. La tentation renvoie à la conscience, mais aussi au tentateur. Dans le livre de la Genèse, c’est l’homme qui a péché, mais à l’instigation d’un autre.

Derrière le tentateur se cache la mort. Pas seulement la mort naturelle, comme on dit, mais la mort ténébreuse qui est la séparation d’avec Dieu, la mort glacée où l’amour n’est plus… Percevoir cela, même confusément, est sans doute à l’origine de l’anxiété, de l’angoisse, de l’oppression qui peuvent saisir les hommes en certaines circonstances. Mais avons-nous appris à combattre ?

On comprend que les mots de consolation ou d’encouragement qu’on pourra dire ou entendre ne suffiront pas nécessairement. Derrière l’oppression, il y a un oppresseur, un ennemi sans scrupule qui se tient en embuscade, “cherchant qui il dévorera”, écrit l’apôtre Pierre (1 Pi 5.8) qui ajoute : “Résistez-lui avec une foi ferme” (5.9).

Les armes de Dieu ne constituent pas un déguisement pour s’amuser. Il s’agit d’un équipement pour ne pas être vaincu. Tout ne se passe pas au niveau des neurones. La vérité pour ceinture, la cuirasse de la justice, le zèle que donne l’Evangile pour chaussures, le bouclier de la foi, le casque du salut, et l’Epée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu, rien de superflu dans tout cela (Ep 6.13-17).  En revenant d’un lieu de conflit, un jour, je me suis dit qu’en réalité, c’est partout la guerre ; il y a seulement des endroits ou des moments où cela se voit plus.

Deux attitudes empêchent de combattre : l’ignorance et la passivité. Ne soyons pas ignorants ; ne soyons pas passifs. En tant que chrétiens, soyons des hommes et des femmes de paix ; soyons aussi des hommes et des femmes qui apprennent à combattre et qui font reculer l’oppresseur au nom du Seigneur vivant.

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