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Henry Ford n’avait pas l’intention de créer des « mega-churches ». Mais avant l’arrivée du véhicule personnel, la plupart des chrétiens qui cherchaient une église étaient confrontés à une simple décision confessionnelle : allez-vous fréquenter une église baptiste, méthodiste, presbytérienne, luthérienne ou catholique près de chez vous ? Avec un véhicule, les chrétiens pouvaient soudainement se rendre à l’église qui offrait le meilleur programme pour leurs enfants, les meilleures activités pour leurs jeunes et le culte rock ‘n’roll du dimanche matin, pour autant qu’elle se trouve à 10 ou 30 minutes de route. Nous sommes devenus des consommateurs parce que nous avons eu la possibilité d’être des consommateurs. En effet, les églises ont fait appel à notre consumérisme en offrant un menu de ministères si vaste qu’il pourrait faire rougir un serveur de la « Cheesecake Factory ».

Ce n’était pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, que la technologie a changé l’Église. Mais même si le rythme des changements technologiques a semblé vertigineux et épuisant pour les églises ces dernières années, nous n’avons vu que le sommet de l’iceberg numérique. Le véritable changement, qui transformera véritablement nos paysages intellectuels, spirituels et ecclésiaux, est pour bientôt : le métavers.

Qu’est-ce que le Métavers ?

Pour la plupart des gens, le mot « métavers » est nouveau, et nous ne l’avons entendu qu’à cause de l’annonce récente de Mark Zuckerberg selon laquelle la société mère de Facebook change de nom pour devenir Meta. Ce nouveau nom est un clin d’œil à l’avenir. Meta se positionne comme le premier acteur d’un nouvel univers numérique.

Mais qu’est-ce que le métavers exactement ? Dans sa présentation, Matthew Ball, directeur associé d’un fonds de capital-risque, investissant massivement dans le métavers, écrit :

Le Métavers est un réseau entièrement évolutif et interopérable de mondes virtuels 3D en temps réel qui peuvent être expérimentés de manière synchrone et continue par un nombre illimité d’utilisateurs, et avec une continuité de données, telles que l’identité, l’histoire, les droits, les objets, les communications et les paiements.

Le métavers n’est pas un monde numérique. C’est un monde numérique regroupant des mondes   au sein desquels les gens peuvent voyager de manière fluide, en conservant leur apparence et leurs possessions numériques où qu’ils aillent. Ces mondes n’existent pas seulement dans la VR (réalité virtuelle), mais se superposent également à la réalité physique grâce à l’AR (réalité augmentée).

Le métavers est encore à l’état d’embryon, mais quelques exemples précurseurs laissent entrevoir l’avenir :

Alter Ego, de FOX, présente des artistes musicaux qui se transforment en avatars numériques pour les juges de l’émission. Les concurrents expliquent que l’apparence physique ou l’anxiété sociale les gênaient auparavant, mais l’utilisation d’un avatar leur permet d’être réels. Dans le métavers, les gens auront des identités numériques qu’ils pourront privilégier par rapport à leur identité physique.

– Le jeu Pokémon Go de Niantic permet aux joueurs d’utiliser les caméras de leur téléphone pour voir des Pokémon en réalité virtuelle et les capturer. À l’avenir, les gens seraient en mesure d’utiliser des lunettes de réalité augmentée pour simuler des bureaux et des rencontres avec des amis.

Travis Scott a organisé un concert en direct dans Fortnite, où les joueurs pouvaient participer, danser et se déplacer à travers des mondes. Plus de 30 millions de personnes y ont participé, ce qui en fait un événement plus important que le spectacle de la mi-temps du Super Bowl. À l’avenir, les gens pourraient s’attendre à ce que les événements en direct se déroulent dans des lieux virtuels, voire même préférer cette option.

– Le logiciel de reconnaissance faciale d’Apple utilise l’infrarouge pour analyser 30 000 points sur votre visage. C’est ce qui permet de créer des animojis et des memojis, qui rendent avec précision les expressions de votre visage en temps réel. Dans le métavers, les avatars numériques des gens refléteront de manière transparente leur expression faciale réelle, créant ainsi un simulacre de présence personnelle authentique.

– Les manettes de la Playstation 5 sont dotées d’une technologie haptique révolutionnaire (technologie basée sur le sens du toucher et de la proprioception), qui permet aux créateurs de jeux de créer des sensations physiques sinistrement réalistes. À l’avenir, les gants haptiques vous permettront de ressentir une poignée de main numérique, de tenir une tasse numérique ou de taper un « High Five » numérique.

– PlayFab de Microsoft et GameLift d’Amazon utilisent l’intelligence artificielle pour accueillir et jumeler les joueurs à la recherche d’une expérience multi-joueurs. Les jeux restent ainsi amusants, car vous n’affrontez que des joueurs aux compétences similaires. Dans le métavers, les services de jumelage pourraient utiliser des tests de personnalité alimentés par l’IA (intelligence artificielle) pour créer des groupes d’amis numériques basés sur des intérêts communs.

– Les jetons non fongibles (NFT – non-fungible token – donnée stockée et authentifiée rattachée à une identité numérique) vous permettent de posséder un élément de propriété numérique. Dans le métavers, les gens achèteront des produits numériques de créateurs, qu’ils porteront ou utiliseront sur différentes plateformes en VR (réalité virtuelle), voire dans le monde réel via l’AR (réalité augmentée). Mettez vos lunettes de réalité augmentée et une personne ou un lieu devient une œuvre d’art (ou une publicité) vivante et mobile.

– Le dernier Flight Simulator de Microsoft contient plus de 2,5 millions de giga-octets de données, car Microsoft a cartographié le monde réel et l’a intégré au jeu. Il comporte 2 trillions d’arbres uniques et 1,5 milliard de bâtiments uniques. Le simulateur correspond à l’activité du monde réel, y compris la météo (certaines personnes ont même volé dans un ouragan juste pour voir). C’est ce qu’on appelle un « monde miroir ». À l’avenir, les gens seraient en mesure d’utiliser ces actifs numériques pour concevoir des bâtiments destinés à être construits dans le monde réel ou à un usage numérique uniquement. Vous pourriez acheter une propriété numérique hyperréaliste dans laquelle vous vivriez, interagiriez ou partiriez en mini-vacances.

Aucun de ces exemples ne constitue à lui seul le métavers. Mais collectivement, ils donnent un aperçu du futur bébé que le métavers pourrait produire.

Comment les chrétiens peuvent s’y préparer ?

Que signifie le métavers pour l’Église et les chrétiens ?

Lorsque Facebook a fait ses débuts en 2004 et que l’iPhone est sorti en 2007, nous ne savions pas ce que l’avenir nous réservait. Quatorze ans plus tard, nous le savons. Et aujourd’hui, l’Église ne fait que rattraper son retard. Nous ne pourrons pas rattraper le retard dix ans après que le métavers aura remodelé la culture. Nous devons préparer les disciples dès maintenant, sachant que le métavers ne fera qu’exacerber les problèmes actuels créés par un Internet (croyez-le ou non) moins envahissant.

Heureusement, le métavers ne sera opérationnel que dans cinq à dix ans. Nous pouvons anticiper les changements à venir et préparer les disciples de Jésus à vivre comme des témoins fidèles dans ce monde futur. Voici trois thèmes sur lesquels nous devrions commencer à mettre l’accent aujourd’hui, afin de former les disciples résilients de demain.

1) Le caractère donné de l’identité dans un monde fait sur mesure

Si vous pensez que la société se débat actuellement avec les questions d’identité, préparez-vous. Les individus pourront s’exprimer comme ils le souhaitent grâce à des avatars entièrement personnalisables dans le métavers. Par exemple, lors de la présentation de Mark Zuckerberg, un ami est apparu sous la forme d’un robot installé dans une pièce spatiale.

Que se passe-t-il lorsque nous nous identifions davantage à une version virtuelle de nous-mêmes qu’à notre moi réel ? Les gens peuvent commencer à confondre leur identité donnée par Dieu avec l’identité qu’ils ont créée dans le métavers. Le débat sur le transhumanisme est à nos portes. L‘imago Dei est sur le point de rencontrer l’imago meta.

Le débat sur le transhumanisme est à nos portes. L‘imago Dei est sur le point de rencontrer l’imago meta.

Dans un monde où chaque aspect de notre identité sera entièrement personnalisable, célébrer une identité reçue – donnée par Dieu pour être ses porteurs d’image humaine, faits de chair et d’os, homme et femme, pour cultiver le monde – sera radicalement contre-culturel. Mais ce sera aussi vivifiant. L’angoisse de l’auto-création paralyse déjà la génération Z et les Milléniaux.

L’Église est peut-être le dernier endroit qui vous accepte tel que vous êtes fait, et non tel que vous êtes projeté.

2) La bonté de la création dans un monde désincarné

Nous commencerons à vivre une plus grande partie de notre vie de manière désincarnée, sous forme d’avatars dans des espaces VR ou d’hologrammes grâce à la technologie AR. La séparation que nous ressentons – entre nos corps physiques et leur environnement, et notre conscience virtuellement élargie – va s’accentuer. Il sera facile de commencer à considérer les possibilités infinies de notre monde et de nos corps virtuels comme meilleurs et plus réels que le monde physique.

L’Église est peut-être le dernier endroit qui vous accepte tel que vous êtes fait, et non tel que vous êtes projeté.

La laïcité a désenchanté le monde et l’a dépouillé de son sens transcendant et sacramentel. Le métavers offre une contrefaçon de la transcendance en répondant, comme le dit un   , « à l’aspiration humaine à très long terme d’être capable d’entrer dans un monde complètement imaginaire ». En tant que disciples de Jésus, nous insistons sur la bonté de notre monde physique et de nos corps. Le premier travail d’Adam, le plus fondamental, était de cultiver un jardin. Jésus appelle ses disciples à soigner les malades, à rendre visite aux personnes isolées, à relever les opprimés et à être gestionnaires de l’environnement. Nous savons qu’un monde virtuel créé par des sociétés cotées en bourse ne sera jamais plus réel ou plus important que le monde que Dieu a créé et qu’Il a qualifié de « très bon ».

Les disciples de Jésus doivent résister à cette constante connexion numérique, en formant des communautés où les gens se déconnectent intentionnellement de la réalité virtuelle pour être présents avec les autres : les regarder dans les yeux, les embrasser, et simplement être avec eux. Ce sera contre-culturel de la meilleure façon qui soit.

3) Les limites, comme une grâce dans un monde sans limites

Le métavers nous donnera l’occasion d’expérimenter des aperçus du pouvoir que seul Dieu possède. La disponibilité de l’information nous donnera un aperçu de ce qu’est l’omniscience. La capacité de créer des mondes et des identités nous donnera un aperçu de ce qu’est l’omnipotence. La conquête des frontières géographiques nous permettra d’être partout où nous voulons être à tout moment, ce qui se rapproche de l’omniprésence. L’abolition des barrières spatio-temporelles, grâce à la possibilité de voyager dans le temps par le biais d’expériences de VR, nous donnera un aperçu de l’éternité. Notre tour de Babel futuriste nous attire avec des promesses d’illimité.

Notre tour de Babel futuriste nous attire avec des promesses d’illimité.

Les disciples de Jésus devront résister en embrassant les limites données par Dieu. Nous pouvons être présents dans nos communautés locales, nous concentrer sur la croissance lente et progressive des systèmes et des structures qui conduisent à l’épanouissement des personnes (à la fois physique et virtuel), et adopter la phrase de moins en moins à la mode « Je ne sais pas ». Nos vies peuvent manifester la vérité selon laquelle nous ne pouvons pas être partout et que nous ne pouvons pas être tout, et c’est un cadeau du Dieu qui est celui qui est.

La fidélité, une nouvelle frontière

Si nous ne pouvons pas prédire toutes les façons dont le métavers va nous changer, nous savons que le témoignage chrétien est toujours contre-culturel. Le métavers peut promettre des pouvoirs et des connaissances divins, mais comme toutes les idoles, il prendra plus qu’il ne donnera. Malgré son attrait, le métavers pointera finalement au-delà de lui-même vers le Roi transcendant dont les paroles ont fait de la réalité non virtuelle une réalité.

Comme toute innovation technologique, le métavers apportera à la fois des opportunités et des menaces. Mais si nous commençons aujourd’hui le dur labeur du discipulat, nous pourrions trouver des disciples de Jésus résilients, se dirigeant fidèlement vers la limite d’une nouvelle frontière, travaillant pour l’épanouissement de chacun – physiquement et virtuellement – avec une humilité confiante face à un changement monumental.

Note de l'éditeur : 

L’article original est doté d’une multitude de liens proposés par les auteurs donnant davantage d’informations sur le métavers. Il est consultable en VO ICI

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