Comment évangéliser dans une société de plus en plus séculière ?

NDE : Les points suivants reposent sur une étude menée aux Etats-Unis. Ces points sont aussi pertinents pour le contexte Européen. Nous avons traduit “secularism” par “laïcisme” qui est une déformation de la laïcité.


Les discussions et débats autour des résultats de la dernière enquête du centre de recherche Pew Research sur l’évolution de la composition religieuse des États-Unis n’en finissent pas. La plupart des chercheurs sont d’accord sur le fait que le christianisme en tant qu’identité est en déclin alors que la foi évangélique est soit stable, soit en augmentation. Pendant que les amoureux des chiffres discutent de la santé de cette dernière, nous pouvons tous clairement observer que le laïcisme grandit. La vieille convention sociale qui voyait le christianisme comme favorable au bien commun n’est plus au goût du jour. Même si le christianisme évangélique continue à grandir grâce à Christ qui construit son Église, elle est aussi de plus en plus étrange aux yeux du reste du monde.

Beaucoup de choses ont été écrites à propos de la signification de cette tendance pour notre témoignage public. Mais nous n’avons pas beaucoup pensé à ce que cela veut dire pour l’évangélisation personnelle. Je pense que nos stratégies d’évangélisation vont changer de trois façons pendant l’âge postchrétien.

1. Nous ne devons plus avoir trop d’attentes sur les connaissances bibliques des gens.

Beaucoup de nos méthodes d’évangélisation pendant les derniers siècles se basaient sur une compréhension minimum du protestantisme ou du catholicisme romain. L’évangélisme cherchait à montrer le contraste entre la religion, dépendante des œuvres, et la foi basée sur la grâce par le biais de l’œuvre accomplie par Christ. Les évangélistes pouvaient se passer d’explications sur la plupart de l’histoire chrétienne et aller directement à quelques versets dans l’Évangile de Jean ou dans l’épître aux Romains pour clarifier les confusions sur la bonne nouvelle biblique. C’est sûrement pour cela que des méthodes telles que celle de l’explosion, du parcours de Romains ou des quatre lois spirituelles, étaient aussi efficaces.

Dans une société laïcisée par contre, les croyances chrétiennes clefs ne peuvent pas être présupposées connues. Nous avons toujours à prêcher la justification par la foi au travers de la mort et la résurrection de Christ, mais il vaut peut-être mieux commencer par la Genèse que par l’épître aux Romains. De plus en plus, les personnes à qui nous annonçons l’Évangile ne sont plus d’anciens enfants de chœur catholiques ou des luthériens non pratiquants, mais des personnes pour qui toute l’histoire chrétienne est inconnue. Avant de leur parler de ce que Paul raconte à propos du péché, il vaut peut-être mieux expliquer ce qu’est le péché et en quoi Paul est important.

D’une certaine manière, ces changements sont libérateurs. Cela nous permet de faire ce que nous aurions dû faire depuis le début : raconter l’histoire de la Bible dans son entier, de la création à la chute, à la rédemption, à la consommation de toute chose. Dans un sens, la Bible dans son entier, l’unique bonne nouvelle de l’éÉvangile retire la tentation de conclure trop vite et de produire de fausses conversions ou d’offrir une sorte d’assurance incendie qui ne sert pas vraiment. Les laïcs ne s’intéressent pas à une assurance contre ce qu’ ils ne croient pas.

2. Il faut laisser aux vérités de l’Évangile le temps de prendre racine.

De même que nos méthodes d’évangélisation changent, nos attentes doivent aussi changer. Le temps entre la présentation et la conversion est souvent plus court pour ceux qui sont capables de faire le lien entre les différentes doctrines que pour ceux pour qui l’histoire de l’Évangile est toute nouvelle. Le Saint-Esprit opère toujours des miracles de nos jours. Mais les expériences où des masses de personnes religieuses lisent un tract sur l’Évangile et se repentent à genoux sont probablement plus rares qu’avant. Dans une société postchrétienne, notre mission ressemble peut-être plus à celle de William Carey, qui a attendu sept ans avant de voir la première conversion en Inde, qu’à celle de Billy Graham ou de D. L. Moody. Ce genre de ministère requiert patience et confiance dans le travail du Saint-Esprit. Cela amène les pasteurs à comprendre leur époque (1 Chroniques 12:32) et prépare les chrétiens à être des témoins de l’Évangile dans la réalité postchrétienne. Les stratégies d’évangélisation seront moins centrées sur la conclusion et plus sur le long terme et la construction intentionnelle de relations.

3. Nous devons nous engager dans des relations à long terme avec des non-croyants.

Un modèle d’évangélisation dans lequel les non-croyants sont considérés comme des « projets » est encore moins efficace lorsque la proclamation de l’Évangile ne marche plus. Les évangéliques ont besoin de retrouver l’idée d’amitié, de construire intentionnellement des relations véritables, normales et sources de vie avec des non-croyants. Il ne s’agit pas d’une évangélisation relationnelle qui évite toute conversation sur l’Évangile. Les relations impliquent de partager l’Évangile d’autant plus que le christianisme n’est pas réduit à une réunion le jeudi soir, mais un mode de vie. Nous ne parlons pas seulement de Jésus de manière obligatoire, pour cocher les cases de notre liste de choses à faire, nous parlons de l’Évangile de manière naturelle, car notre vie est cachée avec Christ en Dieu. Nous devenons comme Pierre et Jean, qui ont dit aux autorités de Jérusalem : « Nous ne pouvons pas ne pas annoncer ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4:19-20).

Deux défis

Notre environnement changeant nous propose des défis à deux niveaux.

Premièrement, nous devons être motivés, renouvelés pour suivre Christ de manière à ce que notre amour pour lui abonde dans tous les domaines de notre vie. Les ennemis des apôtres disaient qu’ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus (Actes 4:13). Nos prochains, qu’ils soient musulmans, bouddhistes, mormons ou athées, diraient-ils de nous : « Il est évident qu’ils étaient avec Jésus » ? La proclamation de l’Évangile est une conséquence d’une vie centrée sur l’Évangile.

Deuxièmement, cette tendance doit nous motiver à chercher à lier intentionnellement des amitiés avec des personnes qui sont différentes de nous, mais qui vivent ou travaillent dans nos sphères d’influence. Nous sommes ceux que Dieu envoie pour leur annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile. Il n’y en a pas d’autres. Si nous prenons notre mission au sérieux, nous mourons intentionnellement à nous-mêmes et vivons pour les autres en développant des relations à long terme. Nous cultivons des relations avec des personnes qui ne sont pas comme nous, non pas en voyant ces gens comme des « projets » à cocher sur notre liste, mais comme des personnes créées à l’image de Dieu. Nous nous intégrons dans nos communautés de manière à les aider à prospérer grâce à notre présence. Non seulement ce comportement remplit le dessein pour lequel nous avons été créés et démontre à quoi le royaume de Dieu ressemble, mais il nous place aussi en tant qu’ambassadeurs de la réconciliation dans les vies des personnes que Dieu veut sauver.

Ne passons pas nos journées à nous tourner les pouces ou à penser avec nostalgie au temps qui passe. Au contraire, comme toutes les générations d’Églises, nous avons à embrasser notre mission avec joie, en sachant que Dieu nous a appelés au ministère, non pas dans la société où nous aimerions être, mais dans celle où nous sommes.


Traduction : Myriam Legrand

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