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Suite à l’article précédent, nous allons clarifier les choses en soulignant huit mots qui résument l’Évangile.

 

1. L’Évangile est centré sur Christ.

Ce n’est pas du théisme insipide, et encore moins du panthéisme impersonnel. L’Évangile est irrémédiablement centré sur Christ. Tout le Nouveau Testament souligne cette vérité.

Quelques exemples :

  • Dans l’évangile selon Matthieu, Christ est Emmanuel, Dieu avec nous; il est le roi davidique promis de longue date, celui qui instaurera le Royaume de Dieu. Par sa mort et sa résurrection, il devient le monarque-médiateur qui déclare avec force que lui seul détient tout pouvoir, dans les cieux et sur la terre.
  • Dans l’évangile selon Jean, Jésus seul est le chemin, la vérité et la vie, et nul ne vient au Père que par lui, car l’intention solennelle du Père est que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père.
  • Dans les sermons que rapporte le livre des Actes, il n’existe aucun autre nom que Jésus qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés (cf. Actes 4.12).
  • Les épîtres aux Romains, aux Galates et aux Éphésiens présentent Jésus comme le dernier Adam, celui auquel la loi et les prophètes rendent témoignage, celui qui, selon le bon vouloir de Dieu apaise la colère divine et réconcilie Juifs et non-Juifs avec son Père céleste, et, par la même occasion, les uns avec les autres.
  • Dans la sublime vision d’Apocalypse 4-5, seul le Fils, sortant du trône du Dieu Tout-Puissant est à la fois l’agneau et le lion; lui seul est habilité à ouvrir les sceaux du rouleau que Dieu tient dans sa main droite, et à faire ainsi aboutir les desseins incomparables de Dieu en matière de jugement et de bénédiction.

John Stott a raison : «L’Évangile n’est pas prêché si Christ ne l’est pas.»Cette position christologique ne se focalise pas seulement sur la personne de Christ; elle englobe avec le même élan sa mort et sa résurrection. Parmi les choses de première importance, il y a le fait que «Christ est mort pour nos péchés» (15.3). Paul lie la mort de Jésus à sa résurrection comme la suite du chapitre le montre (15.4). C’est l’Évangile du Christ crucifié et ressuscité.

 

2. L’Évangile est théologique

Selon 1 Corinthiens 15, «Christ est mort pour nos péchés» et il est ressuscité. La croix et la résurrection sont des événements historiques d’un poids théologique considérable.

Nous ne pouvons saisir la force de cette affirmation que si nous nous rappelons comment le péché et la mort sont liés à Dieu dans l’Écriture. Depuis le commencement, le péché est une offense contre Dieu. C’est le Seigneur qui, dès le début, prononce la sentence de mort (Gn 2-3). Ce n’est pas à proprement parler une surprise puisque Dieu est la source de toute vie; si donc ceux qui portent son image lui crachent au visage, tiennent absolument à suivre leurs propres voies et devenir leurs propres idoles, ils se coupent de leur Créateur. Que reste-t-il alors, sinon la mort ?

Le Dieu de la Bible décrit comme décidé à intervenir et à sauver est aussi le Dieu présenté comme rempli de colère à cause de notre idolâtrie persistante. Il intervient autant en tant que Sauveur qu’en tant que Juge au-dessus de nous, un Juge offensé animé d’une terrible jalousie.

C’est non seulement le message de l’Ancien Testament, mais c’est aussi celui du Nouveau Testament.Lorsque Jésus annonça la venue imminente du royaume, comme Jean-Baptiste, il déclara : « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche » (Mt 4.17; cf. Mc 1.15). La repentance est indispensable car la venue du royaume s’accompagne autant du jugement que de la bénédiction. Jésus incite constamment ses disciples à fuir la condamnation au feu de la géhenne (Mt 7.23). Les images de l’enfer – ténèbres du dehors, étang de feu, pleurs et grincements de dents, ver qui ne meurt pas et feu qui ne s’éteint pas – sont trop insupportables pour les contempler trop longtemps, mais nous ne devons pas passer trop rapidement sur le fait que Jésus lui-même les a utilisées.

Après la résurrection de Jésus, lorsque Pierre s’adresse à la foule le jour de la Pentecôte, il s’efforce de convaincre son auditoire que Jésus est le Messie promis, que sa mort et sa résurrection accomplissent l’Ecriture et que « Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Ac 2.36). C’est une promesse autant qu’une menace. « Que ferons-nous ? » (v.37) demandèrent les auditeurs. C’est ce qui incite Pierre à répondre : « Repentez-vous » (v.38). Dans le point culminant de son sermon à Corneille, Pierre déclare que Dieu a désigné Jésus « comme juge des vivants et des morts » (v.42) et pas seulement des Juifs. « Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés » (v.43). Le sermon de Pierre est d’une clarté absolue : il faut croire en Jésus si nous voulons comparaître devant le Juge et ressortir acquittés (cf. Rm 2.16, 1 Th 1.10, 2 Th 1.7-10, Ph 3.19-20).«Nous étions par nature des enfants de colère comme les autres » (Éphésiens 2.3), car « nous nous conduisions … selon nos convoitises charnelles, nous exécutions les volontés de notre chair et de nos pensées » (v. 3), mais maintenant nous sommes sauvés par la grâce, par le moyen de la foi, créés en Christ-Jésus pour des œuvres bonnes (Ep 2.8-10). Cette grâce nous sauve à la fois des péchés et de leur conséquence autrement inévitable, à savoir la colère à venir (cf Ep 2, Ac 10.36, Rm 1.18, Rm 3.25, Rm 5.1-2).

Le lien entre les thèmes – Dieu, péché, colère, mort et jugement – est ce qui rend les paroles simples de 1 Corinthiens 15.3 si profondément théologiques: c’est un thème de « première importance » que « Jésus est mort pour nos péchés.» Des textes parallèles viennent immédiatement à l’esprit: Il a été « livré pour nos offenses, et ressuscité pour notre justification » (Rm 4.25). « Christ … est mort pour des impies » (Rm 5.6). Le Seigneur Jésus-Christ « s’est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher au présent siècle mauvais » (Ga 1.4). « Christ aussi est mort une seule fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de vous amener à Dieu » (1 P 3.18). Ou comme le dit Paul en 1 Corinthiens 15.2 : par cet Evangile « vous êtes sauvés. » Etre sauvé des péchés, ce n’est pas seulement être délivré de leur pouvoir asservissant, mais également de leurs conséquences, lesquelles sont intiment liées à la sentence solennelle de Dieu, à sa sainte colère. Une fois ces choses comprises, on ne peut manquer de voir qu’en plus de tout ce que la croix opère, elle doit effacer la juste sentence divine, satisfaire parfaitement la colère de Dieu, sinon elle n’accomplit rien.

 

3. L’Évangile est biblique

« Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (1 Co 15.3-4). Paul ne dit pas à quels textes précis de l’Écriture il fait référence. Peut-être pense-t-il à la même chose que Jésus qui, après sa résurrection « expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait » (Lc 24.27; cf. v. 44-46). Peut-être pensait-il à des textes comme le Psaume 16 et Esaïe 53, que Pierre a utilisés le jour de la Pentecôte ou au Psaume 2 que lui-même cite à Antioche de Pisidie, et dont l’interprétation repose sur une typologie profondément évocatrice mais bien délimitée. Ailleurs en 1 Corinthiens, Paul dit que « Christ, notre Pâque, a été immolé » (5.7). L’apôtre ancre l’Évangile, ce qui est de première importance, dans les Écritures, ce que nous appelons l’Ancien Testament et dans le témoignage des apôtres, notre Nouveau Testament.

 

4. L’Évangile est donc apostolique

L’Évangile est donc apostolique. Certes, Paul insiste avec bonheur sur le fait qu’il y avait plus de cinq cents témoins oculaires de la résurrection du Seigneur Jésus. Néanmoins, il attire plusieurs fois l’attention sur les autres apôtres : Jésus « a été vu par Céphas, puis par les douze » (v. 5); « ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres… Il s’est fait voir à moi… le moindre des apôtres » (v. 7-9). Notez bien ensuite la séquence des pronoms personnels au verset 11 : « Ainsi donc, que ce soit moi, que ce soient eux, voilà ce que nous prêchons, et c’est ce que que vous avez cru. » La succession des pronoms moi, eux, nous, vous devient un puissant moyen de connecter le témoignage et l’enseignement des apôtres à la foi de tous les chrétiens des siècles suivants.

 

5. L’Évangile est historique

Il nous faut apporter quatre précisions :

  1. La croix et la résurrection sont irréfutablement et historiquement liés. Toute approche, que ce soit en théologie ou dans l’évangélisation, qui tente d’opposer la mort de Jésus à sa résurrection est insensée.
  2. Notre accès aux événements historiques est le même que tous les événements historiques : c’est le témoignage et les écrits de tous ceux qui étaient présents. La Bible est, entre autres choses, un compte rendu écrit de ces premiers témoignages.
  3. Contrairement aux autres religions, les affirmations chrétiennes centrales sont historiques. Peu importe que Bouddha ait existé ou non pour maintenir les doctrines bouddhistes. Il en va de même pour l’hindouisme et l’Islam. Si Jésus n’est pas historiquement ressuscité, vous pouvez croire jusqu’à la St Glinglin, votre foi n’en serait pas moins vaine et vous êtes parmi «les plus malheureux de tous les hommes» (15.19).
  4. Même si le mot «historique» dans la discussion moderne ne s’applique qu’aux événements ayant des causes et des événements entièrement situés dans une séquence d’événements ordinaires, nous considérons que la résurrection se situe dans l’Histoire même si elle a pour cause le pouvoir spectaculaire de Dieu qui a ressuscité l’homme Christ-Jésus.

 

6. L’Évangile est personnel

L’Évangile indique la voie du salut individuel et personnel (1 Co 15.1-2). S’il n’est pas reçu par la foi et ne transforme pas, il est une pure abstraction.

 

7. L’Évangile est universel

Selon Paul, Christ est le nouvel Adam (v. 22, 47-50). La nouvelle humanité formée en lui est une communauté internationale. L’Évangile n’est pas universel dans le sens où il transformerait ou sauverait tout le monde sans exception. Cet Évangile est merveilleusement universel dans l’étendue de son appel. Il ne comporte aucune trace de racisme.

 

8. L’Évangile est eschatologique

Certains des bienfaits que les chrétiens reçoivent aujourd’hui sont des bénédictions appartenant essentiellement à la fin, même si elles anticipent ce temps et sont déjà nôtres. Par exemple, nous sommes déjà justifiés : le verdict final de la fin des temps a déjà été prononcé sur le peuple de Dieu en raison de ce que Christ a accompli. En 1 Corinthiens 15.50-54, Paul attire notre attention sur la transformation finale : « il faut en effet que ce (corps) corruptible revête l’incorruptibilité, et ce (corps) mortel revête l’immortalité. » Il ne suffit pas d’entretenir une vision myope des bienfaits dont les chrétiens jouissent dans le temps présent.

A suivre…

Note éditoriale : il s’agit du résumé d’un article paru dans le Forum de Genève. Reproduit avec autorisation.

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